le lien foncionne.
je te met tout l'article.
Après les attentats de Bali, New York, Madrid et Londres qui signèrent le retour sanglant des "fous de Dieu", nous autres - Français ou Européens élevés dans la laïcité - avons exprimé notre effarement, sans trop chercher à en certifier l'origine. Jusqu'au 11 septembre 2001, quel quidam, croyant ou athée, aurait soupçonné qu'un jour des musulmans fanatiques parleraient de lui, l'Occidental postmoderne, comme d'un "croisé", l'impie qui retarde l'installation du royaume d'Allah sur la terre?
Ce n'est pas en expert de la géopolitique qu'on comprendra ce que signifie le mot "croisé" mais en anthropologue. C'est tout notre système de perception qu'il faut entièrement reparamétrer. Raison de plus pour accepter la main tendue par des historiens de la trempe d'Elie Barnavi et Anthony Rowley. Passant au crible les guerres de religion du VIIe siècle à nos jours, les auteurs de Tuez-les tous! * ont choisi les conflits où domine la dimension religieuse, incluant les guerres civiles "lorsque l'Etat moderne offre aux combattants de la foi un cadre et un objectif clairement définis" ou "les guerres à caractère ethnique, où la religion sert de pôle identitaire à des nations en quête d'Etat". Du premier parti révolutionnaire que fut la Sainte Ligue (catholique) du duc de Guise jusqu'à sa chute, ratifiée par le couronnement - après cinq à six "conversions" - du huguenot Henri de Navarre, le récit des circonstances et des rebondissements est saisissant. Pour la France du XVIe siècle, qui voit les ligueurs exiger du prochain souverain qu'il satisfasse au critère de "catholicité", au mépris de la loi salique invoquée par les protestants, il s'agit de dissocier enfin César et Dieu, le politique et le religieux. Sur cet épisode charnière, qui préfigure la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Elie Barnavi revient, seul, dans un précis, Les religions meurtrières, au ton enlevé et singulièrement éclairant.
"De la religion vous ignorez à peu près tout, estime l'ex-ambassadeur d'Israël. En fait, la religion est l'angle mort de votre regard d'Occidental." L'historien s'abstient d'indiquer pourquoi Nietzsche est mort, et pas Dieu. Pour réduire l'angle mort, il préfère expliquer d'abord d'où vient, entre autres effets, la violence meurtrière commise au nom de Dieu. En neuf thèses, aussi efficaces qu'un collyre, Barnavi aiguise ou corrige notre vision.
Tous les peuples ne considèrent pas la religion comme un objet séparé. Beaucoup la perçoivent de l'intérieur. ""Religion" en arabe se dit din, la Loi [...]; l'hébreu a dû emprunter un concept persan, dat, qui revêt le même sens. [...] Ni le judaïsme ni l'islam ne conçoivent la religion comme un domaine distinct des autres formes d'activité sociale [...]." Les deux traditions ignorent le terme "laïc". Trêve de malentendus, l'auteur rappelle que toute religion est une auberge espagnole. Les comportements dont l'Histoire porte témoignage font autorité. Aux textes, en revanche, on fait dire ce qu'on veut. Sans parler du revers des clichés. C'est avec une sérénité toute zen qu'un moine, même bouddhiste, peut décapiter cent têtes.
Cependant, le monothéisme est bien la religion la plus tentée par la violence fondamentaliste. Car soumettre le relatif ici-bas à l'absolu du Très-Haut, c'est ouvrir la porte à l'utopie meurtrière: du despotisme au sacrifice de boucs émissaires. Faut-il redouter les fondamentalismes juif ou chrétien? Certes, le contexte et l'échelle diffèrent amplement. Toujours est-il qu'à l'un et à l'autre, la majorité modérée, à qui suffit la "religion civile", et l'Etat ont coupé les jambes.
Des trois monothéismes, c'est aujourd'hui le fondamentalisme musulman à portée politique, et donc révolutionnaire, qui menace le plus résolument la liberté et la paix. D'où viennent son influence et son prestige? Ce qui est en son pouvoir, l'islamiste le promet et le tient auprès de populations abandonnées par des Etats défaillants et corrompus. Alors, que faire face au terrorisme? L'insuccès de Bush est flagrant. Des Européens, Barnavi attend fermeté et cohésion. Le multiculturalisme est une chimère, pas l'aide enfin massive à l'intégration et au développement, et encore moins l'héritage des Lumières.
*Tuez-les tous! par Elie Barnavi et Anthony Rowley, 152 p., Tempus/Perrin, 6 euros
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