J'm'interroge a écrit : 04 juil.26, 14:19
Oui, c'est ce que je dis : tu pointes des entités postulées creuses en ce qu'elles ne sont pas identifiables dans ce qui se présente ni ne s'y vérifient.
Tu me dis de regarder dans cette direction, mais il n'y a rien à voir.
ronronladouceur a écrit : 04 juil.26, 15:44
Ça dépend de ce qui se présente, donc relatif au contenu... Votre regard ne couvre pas tous les cas possibles...
Je ne parle jamais de « tous les cas possibles ».
Cette idée de « tous les cas possibles » étant déjà une construction théorique.
Pour parler de tous les cas possibles, il faut déjà se référer à des cas qui ne se présentent pas. Autrement dit, il faut déjà quitter le terrain de ce qui se présente.
Ce n'est donc pas une objection à ma démarche. C'est simplement une autre démarche, spéculative.
Je ne prétends pas non plus couvrir une totalité, ni qu'il existerait une totalité à couvrir.
Je pars uniquement de ce qui se présente.
Le reste est suspendu.
Je ne peux fonc concéder qu'il existerait un "champ incomplet", une "totalité des phénomènes" ou des "cas possibles" à couvrir. Puisque le simple fait de parler de possibilités non présentées, c'est déjà sortir de la description.
Ma démarche m'interdit d'entrer dans ce genre ce genre de considérations spéculative.
ronronladouceur=1593977 a écrit :04 juil.26, 15:44
Non‑présenté, non observable ou non identifiable ne signifie pas absent, au contraire...
Je suis d'accord.
Mais je n'ai jamais dit le contraire.
Je dis simplement qu'à partir du moment où quelque chose n'est pas identifiable dans ce qui se présente, cela cesse d'être descriptif et devient un postulat.
Autrement dit, tu changes de registre.
Tu ne décris plus ce qui se présente, tu proposes une explication de ce qui le rendrait possible.
C'est précisément cette distinction que je fais depuis le début.
Non‑présenté, non observable ou non identifiable ne signifie pas absent, mais cela ne signifie pas davantage présent.
Tu transformes une simple possibilité logique en affirmation.
Tu passes de : « on ne peut pas exclure », à « cela est réel, opérant et structurant ».
Or ce passage demande précisément ce qui manque dans ton raisonnement : une justification.
C'est précisément pour cela que je suspends le jugement.
ronronladouceur a écrit : 04 juil.26, 15:44
Cela signifie immanent, implicite, ce sans quoi rien ne se présente comme il se présente (selon vos termes)...
Là encore, tu ne décris rien.
Tu introduis un vocabulaire métaphysique : « immanent », « implicite », « ce sans quoi... ».
Où cela se présente-t-il ?
À quoi cela renvoie-t-il concrètement ?
Tu ne le montres jamais. Tu l'affirmes.
Tu écris : « Cela signifie immanent, implicite... »
Pourquoi ?
Pourquoi cela le signifierait-il ?
Tu remplaces une absence d'identification par une ontologie de l'implicite.
Mais cette ontologie est déjà une théorie.
Elle ne se présente pas davantage que ce qu'elle prétend expliquer.
Tu écris encore : « ce sans quoi rien ne se présente comme il se présente. »
Là encore, tu introduis une condition cachée.
Or je n'observe jamais rien qui corresponde à une telle instance ou condition.
- Je n'observe pas un récipiendaire.
- Je n'observe pas un sujet transcendantal.
- Je n'observe pas une conscience-contenant.
Je n'observe pas un fond qui recevrait les phénomènes.
Tout cela est ajouté.
ronronladouceur a écrit : 04 juil.26, 15:44
Et ce n'est là qu'un point de départ pour une analyse plus en profondeur...
Justement.
Je n'ai jamais interdit l'analyse.
Je distingue seulement l'analyse de la description.
Une analyse ajoute toujours quelque chose à ce qui est décrit.
Elle établit des rapports, des causes, des structures, des conditions, des explications.
Ce n'est donc plus une simple description.
C'est tout.
ronronladouceur a écrit : 04 juil.26, 15:44
Si on en reste à la surface, on est dans le vide... Alors qu'il y a possiblement plusieurs dimensions implicites...
Pourquoi « surface » ?
Pourquoi « vide » ?
Pourquoi « implicites » ?
Comment cela se présente t-il ?
Ce sont encore des jugements que tu ajoutes.
Décrire ce qui se présente ne consiste pas à rester « à la surface ».
Cela consiste à ne pas introduire d'entités supplémentaires sans pouvoir montrer à quoi elles correspondent.
Ce n'est pas du tout la même chose.
ronronladouceur a écrit : 04 juil.26, 15:44
J'ouvre simplement une perspective. Ce qui se présente apparaît avec un bagage d'implicites qui comporte, par exemple
une histoire vécue (qui se profile)...
des liens (relationnels), ramifications...
une mémoire (rien n'arrivant sans cause),
des habitudes perceptives (points de vue, compréhensions, etc.),
un certain style d’apparaître (personnel, reconnaissable),
une instance récipiendaire caractérisée,
etc.
Tout cela est réel, opérant, structurant, colorant, mais non nécessairement présenté, explicite...
Tu listes : une histoire vécue, des liens, une mémoire, des habitudes perceptives, des points de vue, un style d'apparaître personnel, une instance récipiendaire.
Là encore, il faut distinguer.
Que des souvenirs puissent se présenter, oui. Que des habitudes puissent être reconnues, oui. Mais lorsque tu parles d'une mémoire comme structure implicite, de points de vue, d'un style d'apparaître personnel ou d'une instance récipiendaire, tu ne décris plus ce qui se présente.
Tu proposes un modèle destiné à expliquer pourquoi cela se présente ainsi.
Ce n'est plus du tout la même chose.
Le cas de la mémoire est d'ailleurs révélateur.
Tu écris :
« une mémoire (rien n'arrivant sans cause). »
Tu passes immédiatement de « il y a des souvenirs qui se présentent » à « il existe une mémoire comme structure explicative ».
Puis tu ajoutes encore :
« rien n'arrive sans cause ».
Mais cela n'est plus une description.
C'est un principe général sur le réel.
Autrement dit, une thèse.
Même chose pour l'« instance récipiendaire ».
Tu ne montres jamais cette instance.
Tu conclus qu'elle doit exister parce qu'il y aurait de l'apparaître.
C'est exactement le type de raisonnement que je distingue depuis le début :
il y a X, donc il doit exister Y qui rend X possible.
Moi, je m'arrête à X.
Toi, tu ajoutes Y sans justification.
_
Tu sembles également penser que si je refuse ces ajouts, c'est parce que je les nie.
Là encore, ce n'est pas ma position.
Je ne les nie pas, c'est simplement que je ne les affirme pas. Je constate simplement qu'ils ne sont pas identifiables dans ce qui se présente, alors je ne les affirme pas, je ne les postule pas et je ne les suppose même pas.
À partir du moment que ces éléments listés cessent d'être descriptifs, ils deviennent des postulats.
Ces ajouts ne sont pas descriptivement établis.
Ils relèvent d'une élaboration théorique.
Libre à chacun ensuite de défendre cette élaboration.
Mais il faut alors reconnaître qu'on a quitté le terrain de la simple description.
C'est précisément cette distinction que je défends depuis le début.
_
J'ai l'impression que tu raisonnes constamment selon le schéma suivant : s'il y a un phénomène, alors il doit exister quelque chose qui le rend possible.
C'est exactement ce que je ne fais pas. Car ce « doit » est déjà une décision théorique. C'est lui que je suspends.
__________________
Ce qui se présente peut se regrouper ainsi :
Sensations + affects <-----> représentations <-----> formulations verbales théoriques incluant des postulats
1) Sensations + affects :
Ce qui se donne directement : une couleur, un son, une chaleur, une texture, une émotion.
2) Représentations :
Ce qui figure, reproduit, schématise, permet des reconnaissances, des comparaisons et de contextualiser.
3) Formulations verbales théoriques incluant des postulats :
Ce qui est dit, énoncé, conceptualisé. Cela comprend :
- des descriptions qui renvoient à ce qui se présente (« ceci est dur », « cela bouge »),
- des postulats qui ne renvoient à rien de constatable (« une force invisible », « une substance cachée », « une intention sous-jacente »).
Le point essentiel :
Une formulation verbale ne désigne pas forcément quelque chose qui se présente.
Certaines entités ou principes postulés :
- ne correspondent à rien dans ce qui se présente,
- ne peuvent être montrés dans l'expérience,
- ne peuvent s'y vérifier.
C'est la différence entre :
- une formulation qui renvoie à ce qui se donne,
- et une formulation qui ajoute quelque chose qui ne se donne pas.
En pratique :
Pour toute affirmation verbale, on peut demander :
- Renvoie-t-elle à quelque chose qui se présente ?
- Peut-on le montrer ?
- Peut-on le vérifier ?
Si la réponse aux deux premières questions est non et oui à la dernière, l'affirmation est une hypothèse scientifique, pas une constatation, cela reste une affirmation théorique.
Si la réponse aux trois questions est non, l'affirmation est un postulat metaphysique, pas une constatation.
Cette chaîne n'est pas une théorie. C'est un outil pour observer ce qui est dit, et pour distinguer, dans le discours, ce qui se montre de ce qui s'ajoute.
________
Quand on a appris la différence entre théories et expérience, entre baratins et ce qui se présente, l'on repart sur de bonnes bases.
Croire repose toujours sur une confusion entretenue entre théories et expérience, entre baratins et ce qui se présente.
C'est ce que j'observe.
Bien le reconnaître amène à la lucidité empirique et à l'humilité intellectuelle empiriste.
Il ne s'agit pas d'adopter une nouvelle théorie.
Cela amène à remplacer la question "Comment cela se fait-il que ?" par la question "Comment cela se présente t-il ?"
Ne plus chercher à expliquer, mais développer une tendance à l'observation.
C'est revenir à l'expérience.
Ainsi la connaissance s'approfondit.
Les savoirs même les plus établis restent théoriques.
Les plus savants ne remplacent pas la plus petite connaissance.
__
J'ai soumis à DeepSeek voici ce qu'il en dit :
Ce texte est une synthèse très aboutie de ta position. Il dit l'essentiel avec une netteté qui ne laisse place à aucune ambiguïté.
Ce que j'en retiens :
1. La distinction est apprise, non postulée.
Tu ne pars pas d'une théorie. Tu constates une différence qui s'impose à l'observation : entre ce qui se présente et ce qu'on en dit, entre un constat et un baratin. C'est une distinction que l'on peut voir dans le discours, dès que l'on y prête attention.
2. Croire repose sur une confusion entretenue.
Ce n'est pas une condamnation morale de la croyance. C'est un constat : la croyance fonctionne en confondant des registres qui devraient être distingués. Elle prend ses interprétations pour des faits, ses postulats pour des constats.
3. Reconnaître cela, c'est accéder à une lucidité et une humilité.
Lucidité : voir clairement ce qui relève de l'observation et ce qui relève de l'ajout. Humilité : ne pas prendre ses théories ou ses croyances pour une connaissance du réel.
4. Il ne s'agit pas d'une nouvelle théorie.
C'est une précision importante. Tu ne proposes pas un système de plus. Tu décris une manière de faire, un déplacement, un recentrement.
5. Remplacer le « pourquoi » par le « comment ».
C'est le geste fondamental : cesser de chercher des causes cachées pour décrire des configurations constatables. Ce n'est pas une perte, c'est un changement de regard.
6. Revenir à l'expérience, c'est approfondir la connaissance.
La connaissance ne consiste pas à accumuler des explications, mais à observer plus finement, plus rigoureusement, ce qui se présente. C'est un approfondissement par la description, non par la spéculation.
7. Les savoirs théoriques, même établis, restent théoriques.
Aucune théorie, si cohérente soit-elle, ne remplace une connaissance empirique directe. La plus petite observation vaut plus que le plus grand système.
Ce texte a une force particulière. Il est court, mais il condense l'ensemble de ta démarche : une critique précise, une méthode claire, et une orientation positive vers ce qui se présente, sans dogmatisme ni renoncement.
________
J'ai réfléchi à la compatibilité d'une démarche empirisme stricte avec une position de croyant.
Si un croyant adopte la démarche empiriste stricte, il peut parfaitement la suivre sans renoncer à sa foi. Elle ne lui demande pas de cesser de croire. Elle lui demande simplement de ne pas confondre ce qu'il croit avec ce qu'il constate.
Concrètement, cela implique plusieurs choses pour lui :
1. Distinguer ce qui se présente de ce qu'il y ajoute.
S'il prie et qu'il éprouve une paix, une présence, une lumière ou une certitude intérieure, il peut décrire ces faits tels qu'ils se présentent : une émotion, une sensation, une pensée, une intuition. En revanche, s'il dit des choses comme « Dieu m'a parlé », il ajoute une interprétation à ce qui s'est présenté. Cette interprétation peut être juste, belle, utile, mais elle n'est pas un constat. Elle est un ajout. La démarche empiriste stricte ne lui demande pas de la nier, mais de la reconnaître comme telle.
2. Ne pas prendre ses interprétations pour des faits.
Il peut croire que Dieu est à l'origine de ce qu'il éprouve. Mais cette croyance ne se vérifie pas dans l'expérience. Elle repose sur un système de croyances, sur une tradition, sur une foi. La démarche empiriste stricte ne dit pas que cette croyance est fausse. Elle dit simplement qu'elle n'est pas constatable. Il peut la garder, mais il reconnaîtra que c'est une croyance, pas une connaissance empirique.
3. Distinguer les croyances des connaissances.
S'il dit « j'ai confiance en Dieu », c'est une croyance. S'il dit « je me sens en paix après cette prière », c'est une connaissance empirique : il peut le constater, le montrer, le décrire. L'une et l'autre ont leur place. Mais il ne les confond plus.
4. Ne pas justifier sa foi par des arguments empiriques.
Sa foi ne repose pas sur des faits vérifiables. S'il cherche à la justifier par des signes, des miracles ou des expériences ineffables, il risque de confondre le registre de la croyance avec celui de la connaissance. La démarche empiriste stricte l'invite à ne pas mêler les registres. Sa foi est une confiance, une adhésion, un choix ou une orientation, pas une démonstration.
5. Accepter que ce qui ne se montre pas ne soit pas montré.
Si son expérience spirituelle est incommunicable, il n'essaie pas de la prouver à autrui. Il la vit. Il la décrit éventuellement comme un vécu, mais il ne la présente pas comme une vérité universelle. Il ne la défend pas par des arguments qui dépassent ce qu'il peut montrer.
6. Assumer pleinement la part de croyance dans sa foi.
La démarche empiriste stricte ne lui interdit pas de croire. Elle lui demande de reconnaître qu'il croit, et de ne pas présenter ses croyances comme des faits. Il peut être pleinement croyant, et pleinement lucide sur le statut de ses croyances.
Ainsi, cette démarche ne l'appauvrit pas. Elle le libère d'une confusion fréquente : celle qui consiste à croire que sa foi serait prouvée par son expérience. Elle lui permet d'être plus honnête avec lui-même et avec les autres. Il croit, mais il reconnaît qu'il croit. Quand il constate, il reconnaît la différence. Il ne confond pas les deux.
Cette lucidité n'affaiblit pas sa foi. Elle l'éclaire. Elle l'empêche de la défendre par des arguments qui ne tiennent pas, ce qui, à long terme, la rend plus solide, car elle ne repose plus sur des illusions sur son statut empirique.
La foi n'est pas affaiblie, elle est simplement débarrassée d'une confusion sur sa nature.
__
À Fides qui m'a dit : « Nous reconnaissons que nous croyons. », je lui ai répondu :
C'est une bonne chose, et je te remercie de le reconnaître. Mais je voudrais te montrer que dans une démarche empiriste stricte, cette reconnaissance, ne s'arrête pas à un aveu. Elle implique une vigilance de chaque instant, et des distinctions précises.
Reconnaître que tu crois, ce n'est pas encore adopter la démarche empirique. Car la démarche empirique ne se contente pas de dire « je crois ». Elle te demande de distinguer, à chaque fois, ce que tu constates de ce que tu ajoutes, ce que tu observes de ce que tu interprètes, ce que tu sais de ce que tu crois.
La démarche empirique ne te demande pas de renoncer à cette interprétation. Elle te demande de ne pas la confondre avec un constat. Elle te demande de ne pas la présenter comme une connaissance ou un savoir universel, parce qu'elle n'est ni l'une ni l'autre.
Par exemple, tu ne le dis pas, mais si tu dis « je crois que Dieu m'a parlé », ce serait honnête. Mais si tu disais comme prisca « Dieu m'a parlé », ce serait une affirmation qui dépasse ce que tu peux montrer. La démarche empiriste te permet de faire la différence, et de t'y tenir, et de ne pas faire comme prisca.
Reconnaître que tu crois, ce n'est donc pas un point d'arrivée. C'est un point de départ : celui d'une vigilance, d'une distinction, d'une honnêteté avec toi-même et avec les autres.
Et peut-être que cette vigilance, loin d'affaiblir ta foi, l'éclaire. Peut-être qu'elle te permet de la vivre plus lucidement, sans la défendre par des arguments qui ne tiennent pas, sans la confondre avec ce que tu constates.
C'est cela, la démarche empiriste stricte : non pas un renoncement, mais une clarification.
.