Je te rassure, Tancrède, j'ai lu attentivement le long message que tu as posté plus haut. Tu es libre de penser que les Témoins de Jéhovah ont un "esprit étroit et obtus". Cela n'engage que toi. Mais je vais néanmoins t'expliquer pourquoi je ne partage pas ton point de vue.
Tu écris:
Il n'y a qu'un seul passage qui dit que le peuple de Dieu était Elohim.
Le psaume dit cela dans un contexte filiale et familiale.
C'est carrément un hyperbole d'ailleurs.
Comme un mari qui dit à son épouse: Tu es une élohim(déesse) de beauté.
En Psaume 97:7, nous lisons: " Prosternez-vous devant lui, tous les dieux " (
Bible de Jérusalem). La
Septante met " anges " à la place de " dieux " (comparer avec Hébreux 1:6). En Psaume 8:5, nous lisons: " A peine le fis-tu moindre qu'un dieu ". Paul citera ce passage, à partir de la
Septante, pour l'appliquer au Christ: " Tu l'as un moment abaissé au dessous des
anges " (Hébreux 2:7). Pourquoi les anges sont-ils qualifiés de " dieux "? C'est parce qu'ils sont de condition, ou de nature, divine, étant des êtres spirituels
'puissants' (selon le sens étymologique du mot 'dieu').
Dans le cas des anges, penses-tu réellement que le terme "elohim" est employé, en Ps. 97:7, dans le sens d'une "hyperbole"? N'est-ce pas plutôt pour traduire la "puissance" et la condition divine de ces êtres spirituels?
En Ps. 82:6, ce sont des juges humains imparfaits qui sont qualifiés de "dieux". Non pas qu'ils sont réellement de condition divine, mais parce que de par leur position élevée, leur statut, ainsi que leur
pouvoir, ils sont
comparables à ces êtres spirituels que sont les anges. Le Targoum araméen donne d'ailleurs, dans ce passage, la leçon "comme des anges" à la place du mot 'dieux".
Tu poursuis:
Le verbe Proskénia est assez expéditif également. Seul Dieu recoit le Proskénia. Et Jésus l'a reçu plusieurs fois. Si les humains peuvent se tromper, pas les anges.
Et tu sais très bien que je ne parles pas du verbe honorer. Honorer dans le NT est un autre verbe.
Une fois ressucité, Jésus retrouvait sa condition Théos. C'est pour cela que les anges l'ont adoré.
Les anges se sont prosterné devant le Théos.
En Hébreux 1:6, c'est le verbe 'proskunéô' que Paul emploie pour décrire l'attitude des anges. Comme les Témoins de Jéhovah l'expliquent, "
Hébreux 1:6 a trait à la position de Jésus, qui est subordonné à Dieu (Philippiens 2:9-11). Quelques versions rendent proskunéô par ‘se prosterner devant’ (Osty, TOB), ‘rendre hommage’ (Traduction du monde nouveau), ou ‘rendre hommage et se prosterner’ (Kuen). Celui qui préfère le terme ‘adorer’ doit se souvenir que cette adoration est relative, car Jésus a dit à Satan: “C’est Jéhovah, ton Dieu, que tu devras adorer [forme de proskunéô], et c’est lui seul que tu devras servir par un service sacré.” — Matthieu 4:8-10. Bien qu’en Hébreux 1:6 il applique au Christ le Psaume 97:7, où il est question d’adorer Dieu, Paul montre juste avant que Jésus, ressuscité, est “le reflet de [la] gloire [de Dieu] et la représentation exacte de son être même”. (Hébreux 1:1-3.) Par conséquent, tout culte que les anges rendent au Fils de Dieu est relatif et a pour objet Jéhovah, par l’intermédiaire de Jésus. " –
La Tour de Garde 15/01/92; p. 23
Le verbe 'proskunéô' est-il toujours employé pour désigner l’adoration d’une divinité ? Quelles idées ce verbe emporte t-il?
Selon le
Vine's Expository Dictionary of New Testament Words,
proskunéô vient de la préposition
pros signifiant "
vers, à l'égard de, en direction de ", et du verbe
kunéô, "embrasser". "
Il est utilisé [, entre autre, à propos] d'un acte d'hommage ou de révérence :
(a ) à Dieu (Mat. 4:10; Jean 4:21-24; 1 Co. 14:25; Révélation 4:10 etc...),
(b) au Christ (Mat. 2:2,8,11; 8:2; 9:18 etc...),
(c) à un homme (Mat. 18:26)"
Dans l'appendice de sa traduction de la Bible, Pierre de Beaumont reconnaît: "
La Bible, A[ncien] et N[ouveau] T[estament], exprime souvent une telle adoration par le geste de 'se prosterner' (Ex. 34/14, Mt 4/10); mais le verbe s'emploie aussi pour exprimer le respect témoigné à certains personnages (Gn 33/3, 42/6, Mt 8/2, Mc 15/19, etc...)".
Il semblerait que tu n'es pas encore compris que lorsque Jésus était sur la terre, il était inférieur à son Père. Cela est bien clair. Il était venu en serviteur. C'est l'une des manières que Esaïe a parlé de Jésus.
Si cette infériorité du Fils vis à vis du Père n'existait que lorsque Jésus était sur terre, cela devrait transparaître dans les Ecritures. Or, cela est loin d'être le cas. Si Jésus appelle son Père "mon Dieu", une fois de retour au ciel (Révélation 3:2, 12), c'est qu'il le considérait toujours comme supérieur à lui. C'est pourquoi Paul a pu parler du Père comme du "Dieu de notre Seigneur Jésus Christ " (Ephésiens 1:17). Commentant Jean 14:28, Irénée (vers 130-200 de notre ère) déclara: “
Le Seigneur voulait que nous sachions, par lui, que le Père est au-dessus de tout. Car ‘le Père’, dit-il, ‘est plus grand que moi’. (...) Donc le Père a été présenté par le Seigneur comme supérieur sous le rapport de la science.” — Contre les hérésies, Livre II, chapitre 28, 8-9.
Mais Philippiens, ainsi que beaucoup d'autres passages, affirme que Jésus avait la condition du Théos(ou théos), mais non d'un théos, avant d'être serviteur.
En Philippiens 2:5, 6, Jésus a montré l'exemple dans la "pensée" ou l'"attitude mentale" qu'il a manifestée dans ses relations avec son Père. En fait, il " n'a pas regardé comme un objet à ravir d'être égal à Dieu", autrement dit, il n'a pas cherché à "ravir" ou à "saisir" de force une position qu'il considérait ne pas lui revenir de droit, à savoir l'égalité avec Dieu . Ainsi, loin de montrer que Jésus est "Dieu", ce passage explique que, bien qu''en "forme de Dieu", il considérait son Père comme "supérieur" à lui.
Si quelqu'un croit que Jésus était l'égal de Dieu, avant qu'il ne vienne sur la terre, il doit aussi reconnaître qu'il reçut, à son retour au ciel, une position supérieure à celle qu'il occupait durant sa préexistence (Phil. 2:9). Autrement dit, Jésus serait devenu
supérieur à Dieu, son Père, à son retour au ciel ! La Bible n'enseigne pas une telle incohérence. Au contraire, elle nous fait comprendre que si Dieu " l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom " (Phil. 2:9;
TOB), c'est
qu'il ne possédait pas cette position, avant qu'il ne devienne un être humain. Cependant, la " plus haute place " (
Bible en français courant) que Jésus reçut après son ascension au ciel, ne faisait pas de lui l'égal de Dieu. Son élévation au rang de " Seigneur " (au nom duquel " tout genou ", " dans les cieux, sur la terre et sous la terre ", devait fléchir), était " pour [grec:
'eis'; marquant la direction, le but] la gloire de Dieu " (Phil. 2:11;
Nouveau Testament interlinéaire grec francais, M. Carrez). Ainsi, même après sa résurrection, Jésus continua de glorifier son Père, tout comme il l'avait fait quand il était sur la terre (Jean 7:18). C'est pourquoi il continua de l'appeler " mon Dieu ", le reconnaissant comme son " chef ", celui à qui il 'appartenait' (Révélation 3:2,12; 1 Corinthiens 3:23; 11:3).
Notons également que la " position ", ou le " nom qui est au dessus de tout nom ", que Jésus reçut à son retour au ciel, Dieu lui donna "
par grâce " (Phil. 2:9;
Nouveau Testament interlinéaire Grec – Français; M. Carrez). Le verbe qu'emploie Paul dans ce verset,
'charizomai', emporte l'idée d'accorder une faveur, ou une " grâce ", à quelqu'un. Si donc Jésus a reçu une position élevée dans toute la création,
c'est parce que Dieu l'a bien voulu, montrant ainsi que
celui qui accorde une faveur est supérieur à celui qui la reçoit .
Bien cordialement,
Didier