Karlo a écrit :Par contre si on participe au flou entre réalité et fiction, par exemple en leur présentant des fictions comme des réalités, on risque de les rendre très naïfs et de les préparer à avoir des visions fictionnelles de la réalité. Comme c'est le cas avec les dieux.
Non, j'en doute ! Le processus de croyance en dieu est différent. Le Père-Noël n'a rien à voir avec les questions existentielles. Les dieux oui ! Les gens croient en Dieu (aux dieux) parce que ça leur donne une réponse sur leur propre existence (d'où vient-on ? où va t-on ?).
Si on arrête de croire au Père-Noël et aux histoires de princesse, c'est tout bonnement parce que ça ne colle plus avec notre réalité. On comprend que les loups ne mangent pas les petites filles, et que le Père Noël ne se promène pas avec des rennes volants. Pour la croyance en Dieu, ça correspond pour beaucoup à la réalité qu'ils vivent. Ca leur permet d'expliquer ce qui se passe autour d'eux. Le mal, la maladie, la mort. On leur a servi une histoire de péché originel et de méchant Satan et ils ont besoin d'y croire pour comprendre leur réalité. Et évidemment, pour espérer mieux dans un avenir aussi hypothétique qu'illusoire.
Karlo a écrit :Pas un "mensonge" si on n'aime pas ce mot. A moins de considérer qu'il puisse y avoir des mensonges de bonne foi.
C'est une question de point de vue. Un mensonge est l'introduction volontaire d'une information fausse. Ce ne semble pas être le cas des récits sumériens pour qui les dieux sont simplement venus du ciel. Ce sont des dieux qu'ils côtoyaient et qui vivaient parmi eux.
Karlo a écrit :Mais il s'agit bien de présenter une fiction comme une réalité, et de brouiller les cartes entre réalité et fiction.
Mais c'est ce que nous faisons tout le temps. Nous fabriquons des fictions. Quelqu'un nous porte moins d'attention, on va se créer une fiction : il/elle ne m'aime plus, se détourne de moi, etc. La réalité peut être tout autre, mais notre fiction inventée devient pour nous la réalité.
Que ce soit la réalité ou une fiction, ça reste des constructions mentales. Tu peux présenter une réalité comme une fiction, et une fiction comme une réalité. Le résultat sera exactement le même. A un enfant malade, tu diras « ça va aller, tu vas vite guérir » pour le rassurer. Et bien, tu présentes une fiction comme une réalité.
L'effet placebo : une fiction comme une réalité. Donc, on use aussi bien de l'un que de l'autre.
Karlo a écrit :En cela, un enfant qui croit au père noël se prépare (non-consciemment... Evidemment...) psychologiquement à croire en des dieux qui seront extrêmement proches du père noël comme les dieux abrahamiques (sortes de pères cosmiques qui récompensent les gens gentils et punit les gens méchants. Une sorte de père noël pour adulte qu'on prend beaucoup plus au sérieux).
La réalité, c'est qu'il s'agit d'un fonctionnement purement humain, qui n'a strictement rien à voir avec la croyance ou pas au Père-Noël. Les enfants musulmans en pays strictement musulmans ne connaissent pas noël, et pourtant seront demain les plus grands adorateurs d'Allah. Nous créons tous des fictions que nous faisons passer pour la réalité, et des réalités que nous voudrions faire passer pour des fictions.