J'm'interroge a écrit : 23 mai26, 20:47
Justement non : je ne tranche pas ici sur une “réalité ultime”, ni sur ce qu’il y aurait “en soi”. Je pars simplement de ce que tu décris toi-même quand il y a un état méditatif : “une absence de pensée particulière”.
Nous parlions de la pratique de la méditation. Il se passe bien quelque chose durant cette pratique. En effet, même s'il s'agit de ne penser à rien en particulier, ce n’est pas un état d'indétermination dans le sens où rien ne se présente.
Quand j’utilise le mot “apparaître”, je ne parle pas forcément d’un objet fixe, d’un concept, ni d’une pensée déterminée.
Je parle simplement du fait qu’il y a encore du vécu, des modalités, des variations, même diffuses. Elles ne sont peut-être pas interprétées mais elles sont pourtant présentes.
Donc je ne “tranche” pas métaphysiquement, je désigne simplement par le mot “apparaîtres”, ce qui continue de se présenter même durant la pratique méditative.
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Bizarre les idées arrêtées que tu as .
je ne comprends pas comment tu arrives à prendre un "rien de particulièrement vécu" comme un vécu JM .
On ne vie pas vraiment particulièrement quelque chose ou pas .
Personne ne peut saisir un vécu pour en rendre compte .
C'est comme saisir l'instant présent , au moment où tu cherches à le saisir , il n'est déjà plus là .
L'idée de vécu est un concept illusoire . Tout comme le concept de non vécu , idem .
Le piège de la conceptualisation
Dès que l'on nomme, que l'on analyse ou que l'on essaie de "rendre compte" de ce que l'on vit, on n'est plus dans l'expérience brute. On est dans la représentation de l'expérience.
L'instant présent est insaisissable : vouloir attraper l'instant, c'est comme essayer d'attraper de l'eau entre ses doigts. Le temps que le cerveau formule la pensée "je suis en train de vivre ceci", l'événement est déjà une trace mnésique, un souvenir, donc du passé.
L'illusion des étiquettes : Décréter que l'on vit un "grand vécu" ou, à l'inverse, un "non-vécu" (le vide, l'ennui, l'absence), c'est superposer un concept mental sur une réalité qui est simplement en train de couler.
Au-delà du mot, la présence
Si le concept de "vécu" est effectivement une illusion narrative " une histoire que l'on se raconte après coup", cela ne signifie pas qu'il n'y a rien.
Cela suggère plutôt que la véritable nature de notre existence ne se laisse pas mettre en cage par les mots. On ne "possède" pas un vécu, on est traversé par lui. C'est l'idée que le sujet (nous) et l'objet (le moment) ne font qu'un tant qu'on ne cherche pas à les séparer par l'analyse.
Le mot "savoir " suggère qu'on accumule des expériences dont on devient le propriétaire :
Quand on cherche à "savoir"ultimement , on fige le mouvement de la vie pour le transformer en concepts morts.
C'est pour cela que le "je ne sais pas" dans un cadre ultime est si puissant : il n'est pas une preuve d'ignorance, mais un doute sur l'objectivité de transformer l'immédiateté de l'existence en une marchandise intellectuelle ou en une propriété privée.
j'ai l'impression que c'est souvent là que commence peut être la dualité .
Au moment précis où l'on extrait un morceau du flux continu de l'existence pour en faire un "savoir" ou une "propriété", on crée instantanément une rupture. Pour qu'il y ait un propriétaire, il faut séparer le monde en deux.
La naissance du "Deux"
Avant le langage et le concept, il y a juste ce qui est. Une unité immédiate. Mais dès que le mécanisme du "savoir" s'enclenche, la réalité se fracture probablement en couples d'opposés .
Le "Je ne sais pas quand il est question de l'ultime " comme dissolution
Le « je ne sais pas » n'est pas le contraire du savoir (ce qui serait encore de la dualité : ignorance vs connaissance).
C'est le sol sous leurs pieds qui se dérobe.