shaena1 a écrit :Comment se fait-il qu'en Occident, on ne peut s'empêcher de blesser les autres peuples au nom de la liberté d'expression.
Y-a tellement à faire afin d'aider à la compréhension entre les peuples, entre les religions (et ya du boulot) que je ne comprends pas pourquoi certains ne pensent qu'à ridiculiser la Foi des autres.
Shaena1 tu fais tellement d'amalgames que c'en est décevant de ta part (en tout cas à mes yeux, qui te prêtaient plus de discernement que ça).
Passons sur les amalgames personne/peuple, peuple/religion et religion/foi, qui ont déjà fait énormément de mal mais pour lesquels je pense que tu as suffisamment d'esprit critique pour prendre toi-même conscience de la peut-être trop grande rapidité avec laquelle tu t'es exprimée. Il est un autre amalgame, moi perceptible au premier abord.
Quelle que soit ce que tu appelles la "blessure", justifie-t-elle la menace de mort et le fait de forcer l'individu à rester caché le restant de ses jours ? N'y vois-tu pas une injuste disproportion, accusant gravement un manque très flagrant d'une notion qui est la
réciprocité ? Le musulman "blessé" part du principe qu'il n'y a qu'une vérité : la sienne. S'il y a quelque chose qui ne lui plaît pas (par exemple l'enseignement de l'évolution), c'est forcément une agression destinée qu'à une seule chose : le ridiculiser. À aucun moment il ne se dit que peut-être il n'a pas la vérité absolue et que d'autres personnes peuvent être détentrices de cette vérité.
La tolérance, apprendre à vivre ensemble, ce n'est pas "exiger des autres qu'ils s'adaptent à mes convictions", c'est "faire en sorte que mes convictions ne m'empêchent pas de vivre avec ceux qui en ont d'autres". Appeler au meurtre de celui qui
semble avoir insulté l'Islam montre que c'est la première définition qui est dans les esprits. Mais même se sentir blessé par un blasphème et exiger réparation c'est ressortir de la première définition.
Lorsque j'informe des créationnistes de leurs erreurs, certains me disent parfois que je n'ai aucun respect et que je cherche à les ridiculiser.
C'est un amalgame que tu as manifestement fait toi aussi, Shaena1 : entre la personne et ses croyances.
Je respecte profondément mon prochain, me moquer de quelqu'un est quelque chose qui me gène beaucoup, ma sensibilité va jusqu'à être gêné quand quelqu'un (par exemple dans un jeu télévisé où le présentateur lui demande de parler de sa sexualité) perd sa dignité, je souhaite pour mon prochain toujours plus d'élévation intellectuelle. En revanche, pour moi, les croyances ne sont pas des personnes et ne méritent aucun respect. Lorsque je me montre très critique quant aux croyances de quelqu'un, ce n'est pas la personne que j'attaque mais ses croyances (dont la personne est victime). Je le fais avec toujours à l'esprit que je peux me tromper, aussi mes assertions sont-elles toujours transmises avec les outils qui m'ont permis de parvenir à ces conclusions.
Si un croyant se sent blessé par quelque chose qui va à l'encontre de sa croyance, la tentation est en effet grande de détruire cette chose. Mais la sagesse est de prendre en compte l'existence de cette chose et de se demander objectivement ce qui la fait exister.
Dis-toi bien, Shaena1, que chaque jour tu peux blasphémer sans t'en rendre compte :
- Lorsque tu regardes celui qui te parle dans les yeux,
- Lorsque tu ne regardes pas celui qui te parle dans les yeux,
- Lorsque tu enterres un mort,
- Lorsque tu manges de la vache,
- Lorsque tu manges un poisson qui contient des œufs,
- Lorsque tu te maquilles,
- Lorsque tu t'adresses à un homme alors que tu as tes règles,
- Lorsque tu passes près d'un arbre sans le saluer,
- etc.
Si, alors que tu accomplis une de ces actions, une personne vient te vociférer dessus et te menacer de mort parce que tu insultes sa religion, quelle est ta réaction ? Trouver ça normal (car après tout il se comporte comme tu penses qu'il est normal que se comportent les musulmans qui se sont sentis "blessés" par Rushdie) ? Ou au contraire dire que ce n'est pas ta croyance et qu'il faut apprendre à vivre ensemble (ce qui est ma conception du "vivre ensemble" que tu invoquais) ?