eric121 a écrit :
Rappel :
- Tu n'as pas démontré que le Coran c'est lui-même qui fixe les standards de la langue arabe
Je te rappelle que le début de cette discussion, tu l'as eue avec @Akenoï, il t'a dit, comment le coran peut comporter des erreurs alors que c'est lui qui sert à fixer la grammaire arabe. Ce que tu contestes. Et cela m'étonne énormément de la part quelqu'un ayant un minimum de culture arabe comme, c'est quelque chose que tout locuteur arabe sait sans connaître exactement les sources de ce savoir.
Les grammairiens arabes se servent du coran et de la poésie pré-islamique pour fixer les règles, mais il faut se diriger vers les orientalistes pour trouver des références claires au coran comme étant la source et le gardien de la langue arabe :
Voici un témoignage en se sens d'André Miquel Professeur au Collège de France :
"4-Chronologiquement parlant, le Coran n’a créé ni la langue ni les lettres arabes. Et pourtant, dans l’éclat formidable de son coup de tonnerre et par les échos infiniment multipliés qu’il déchaîna, il a renouvelé, structuré, diffusé le vieux langage, exalté sa littérature et créé, au plein sens du terme cette fois, une civilisation, si bien que, pour l’histoire, tout ce qui naît ou explose, en ce viie siècle de J.-C., au cœur de la Péninsule jusque-là marginale, peut être confondu, sous le double signe de musulman et d’arabe, dans la même aura d’un véritable avènement.
5-Ainsi en fut-il pour la langue. Transcendant les variations dialectales, le Coran, soucieux, parce que divin, de communication large et de majesté, puise — mais en la transfigurant par la foi — à la vieille tradition d’une koiné déjà utilisée pour les grandes occasions de la déclamation, poétique surtout. Même réduit à ses implications linguistiques, le fait est d’une portée considérable, et ce d’autant plus que ses effets reçoivent toujours, de leur cause même, la sanction du sacré. Le texte fondamental de la littérature arabe revient en effet à proposer et sanctifier, d’entrée de jeu, un triple modèle. Au delà des idiomes, il affirme les droits et devoirs d’une compréhension mutuelle entre Arabes (je ne parle pas ici du contenu religieux, dicté, comme le dit le Coran lui-même, dans une langue claire à tous ceux qui, de par le monde, sont appelés à devenir croyants). En outre, cette communication nouvelle est posée, de par ses origines, historiques ou, à plus forte raison, divines, comme échappant au langage courant ; dialecte et expression quotidienne sont ainsi, dès l’abord, privés de toute lettre de noblesse possible : la noblesse, en matière de savoir, passera par la seule langue qui la confère, par cette langue idéalement proposée à tout homme de bonne volonté ou, dans la réalité de l’histoire, maîtrisée en fonction des dons personnels, de l’imprégnation familiale, de la position dans la société. Enfin (et ici le sacré, s’il est possible, réaffirme ses droits avec plus de force encore), l’arabe, par le fait même qu’il se pose comme le véhicule idéal de la Révélation, va façonner toute une science normative du langage, assigner à ses expressions futures l’obligation de se fonder sur cette voix de la vieille Arabie que le Coran porta à sa forme suprême : la philologie, la lexicographie, la grammaire, l’art de la lecture et de la prononciation vont fixer ainsi, à partir du phénomène coranique, ce que notre tradition orientaliste, fidèle sur ce point à l’idéal musulman lui-même, appellera l’arabe littéral, ou littéraire, mieux encore : classique."
Le reste de son article se trouve ici :
http://books.openedition.org/cdf/978