Bonjour à toute et à tous,
Vais-je répondre sur l'essentiel ?
Pas facile...
Coemgen a écrit : 09 janv.26, 02:18
Sous quelle forme pré-existe tout ?
…
Alors sous quelle forme était l'humain Jésus en attendant la conception de la jeune femme Marie ?
Selon moi, il était dans la pensée de Dieu, aucune vie antérieure, un être humain que D.ieu va faire vivre. C'est lui le fils de Dieu et le messie promis.
…
Des dénominations religieuses vous diront que le Logos/Fils, d'essence divine, était une créature préexistante qui partageait la divinité avec le Père, sans pour autant être Dieu. C'est la raison pour laquelle je m'interroge sur cette essence...
Personnellement, je tends vers une théologie minimale.
En deux mots, l’Univers me suggère une instance Créatrice. Et par souci d’économie, mon dualisme se résume à «
Créé vs Incréé »
Dans la Création, le réel en soi est hors de notre portée alors combien plus le réel en Soi de l’Incréé. Le plus simple est de se figurer le néant comme le suggère Maître Eckhart.
De même, dans notre Création l’écoulement du temps est difficile à conceptualiser alors peut-on effleurer cette question pour l’Incréé ? Dès lors la question de la préexistence ou de la prédestination n’a guère de sens dans une éternité qui dépasse notre entendement.
Certes, on peut se plaire à distinguer dans l’Incréé une pensée, une mémoire, une omniscience, une intelligence, une sagesse, une parole, un esprit, une gloire… voire une dizaine de Sephiroth. Mais pour quel motif Lui prêter tout ça ?
Il faut y être invitée…
Le Testament Premier m’invite à songer que l’instance Créatrice peut être dénommée D.ieu, béni soit-Il. Dès lors, à mes yeux, "
divin" et "
incréé" sont synonymes. Il m’est impossible de conceptualiser une "
créature divine". Je sais que c'est personnel.
La Bible affirme que D.ieu, béni soit-Il, peut interagir avec Sa Création.
Il peut prendre la forme d’une pensée pour s’introduire parmi nos pensées, prendre la forme d’un rêve parmi nos rêves, la forme d’une vision parmi nos visions, la forme d’une créature parmi les créatures (cf. la brise de 1 Rois 19:12)…
Bref ! Il peut adopter la "forme" adéquate pour intervenir dans Sa Création.
En tant qu’élément de la Création, cet "intervenant" ne peut pas exister dans l’Incréé, mais il y "
est" sans doute comme tout le reste.
Vous parlez de "pensée", j’ignore le sens de ce mot dans l’Incréé car notre pensée est discursive et liée à notre temporalité.
Coemgen a écrit :
Pour moi, le logos de Jean 1:1, par définition, n’est absolument pas le fils, ce n'est pas en vain que Jean a employé le terme "verbe" à la place de "fils".
Le fils n’apparaît qu’au v14
Oui !
Le saint apôtre et évangéliste Jean évoque successivement le Logos, la Vie, la Lumière incréée et le Fils monogène. Et vous avez raison de souligner qu’en Jean 1:14 l'apôtre n’affirme pas
stricto sensu que le Logos incarné qui habite chez nous, autrement dit qui apparaît comme le rabbi Jésus, est absolument identique au Fils Monogène.
Néanmoins Jean 1:18 situe le Fils Monogène dans le sein du Père. Et Jean 8:58 situe Jésus avant Abraham ou encore Jean 17:24 qui le situe avant la Création.
J’en déduis qu’il y a sans aucun doute une nuance (Logos / Fils) mais qu’elle n’est pas une question ni de temporalité, ni de "nature".
Coemgen a écrit :Des dénominations religieuses vous diront que le Logos/Fils, d'essence divine, était une créature préexistante qui partageait la divinité avec le Père, sans pour autant être Dieu.
Comme je vous l’ai écrit, une "
créature préexistante" n’a aucun sens pour moi, elle brouille l’opposition « Incréé/Créé » qui me paraît fondamentale.
J’accepte volontiers l’idée qu’en D.ieu, béni soit-Il, réside le projet de toutes les créatures et même le projet de toutes les histoires de la Création, mais les créatures n’existent pas dans l’Incréé, elles ne peuvent l’être qu’en tant que potentialité.
Dans cette perspective, une créature qui n’existe pas dans l’Incréé ne peut pas partager la divinité avec qui que ce soit. L’idée même de "
partager la divinité" me met mal à l’aise.
Il faut se rappeler que l’enjeu de saint Jean n’est sûrement pas de parler d’ "
êtres divins".
Dans la controverse de Jean 10:34+, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ cite le psaume 82 pour rappeller que D.ieu, béni soit-Il, S’accorde le droit personnel d’appeler "
dieux" certains de Ses délégués, donc
de facto Jésus S’arroge implicitement ce droit. Notons en outre que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ne conteste en rien l’accusation «
Toi, qui es un homme, tu te fais Dieu. »
Coemgen a écrit :si nous avons déjà un "fils" qui est d'essence divine dans le ciel, c'est qu'il a été engendré du Père ? Si oui, où se trouvait-il avant d'être engendré ?
Autrement dit «
Quand le Père est-il devenu Père ? » Cela me rappelle la question des athées «
Si un dieu a tout créé qui a créé dieu ? »
À quel moment un aimant engendre-t-il un champ magnétique ?
À quel moment une masse génère-t-elle une déformation de l’espace-temps ?
Y a-t-il des débuts et des fins en l’Incréé ? Je ne sais pas, mais j’ai le sentiment que c’est absurde. Je n’imagine pas qu’il puisse y avoir des changements dans l’Incréé.
Coemgen a écrit :Je ne crois pas en l’incarnation d'un fils préexistant. Et je ne le conçois pas sans l'intégralité de son être (100% humain).
Ma petite ontologie personnelle m’oblige à certaine nuances.
Je ne crois pas à l’existence de créatures
avant la Création sous quelque forme que ce soit, hormis sous la forme d’une énigmatique potentialité.
Coemgen a écrit : je vois une union de D ieu le Père, l’Unique, avec adam, la petite créature. Il ne s'agit pas d'une union entre un fils divin qui change de forme et une chair, la grandeur de D ieu réside, selon moi, dans le fait qu'il partage (l'amour, la vie, la vie éternelle...etc) avec le petit, le simple, le pauvre, la chair, sans aucun changement D ieu.
Je ne suis pas contre l’idée qu’il n’y a qu’un seul Adam qui récapitule toute l’humanité, i.e. le Fils de l’Homme.
Avec votre «
Sans aucun changement » voulez-vous dire qu’il n’y a pas de début à l’incarnation ?
Dans cette perspective, l’épisode «
Vie terrestre de Jésus » serait-il donc simplement la manifestation d’une réalité éternelle ?
Mais pourquoi dans ces curieuses circonstances-là ?
Je suis convaincue que le Père n’a pas besoin de l’Incarnation pour tout partager avec nous, et même avec toute la Création. Pourquoi nos sensations, sentiments, souffrances, joies… Lui seraient étrangers ?
À Lui qui nous a créés et qui sait tout de nous. Découvrirait-Il la vie de Sa Création ?
Je reconnais que c'est une idée à la mode que d'imaginer une divinité qui voudrait bien savoir comment c'est de ne pas l'être... mais je ne partage pas.
Coemgen a écrit : Cette piété se manifeste par son oint : le fils, Jésus-Christ, homme véritable, receptacle du dabar.
Oui, le Fils de l’Homme est empli du Dabar, à ras bord.
Coemgen a écrit : dans le Tanakh, le verbe est le verbe de YHWH, il n’est pas (un) dieu fils pré-existant qui est, par définition, "le dabar".
Nous avons le droit de découper arbitrairement la Création en morceaux, car c’est pratique de distinguer une fleur d’une autre… mais ce droit ne doit pas nous suggérer que cette fleur est beaucoup plus qu’une conceptualisation humaine. Il n'y a pas de fleur en soi.
Par conséquent, je ne partage ni l’Incréé, ni D.ieu, béni soit-Il, en morceaux. L'aspect holistique de l'Incréé me paraît évident.
Dès lors, Le Père, le Logos, la Vie, la Lumière incréée, la Gloire et l’Esprit de D.ieu, béni soit-Il, etc… tout est D.ieu, béni soit-Il.
D’ailleurs, si je raconte ma rencontre avec une amie à la piscine je ne dis pas «
Tiens j’ai rencontré la tête, le cou et les épaules d’Alice dans le grand bain ».
Ici j’introduis une couche théologique : Du point de vue humain et selon le cadre biblique, dans tout ce qui émane de l’Incréée dans la Création, on peut distinguer les "
énergies" (
la Nuée, la Gloire, la Lumière incréée, la Vie, parfois l’Esprit) et les "
personnes", c’est-à-dire ces entités qui communiquent et avec lesquelles les relations sont individualisées, dynamiques et pleine de sens. Le Dabar et la Rouah (sauf parfois) qui interagissent avec les humains sont des "personnes". Ce sont des
personnes incréées. Et s’il n’y a qu’un D.ieu, béni soit-Il, cela signifie que toutes les personnes incréées sont une dans l’Incréé.
Coemgen a écrit :Je pense donc que Jean ne voulait pas encore exprimer le "fils" au commencement, mais le verbe de Dieu qui est en Genèse.
Votre proposition est très pertinente.
Je ne peux pas imaginer en effet que le saint apôtre et évangéliste ait rédigé son prologue sans mûrir longuement son projet. Et comme vous le soulignez Jean 1:14 paraît décisif avec cette sorte de passage de témoin entre le Logos et le Monogène, sans que je puisse discerner un changement de "nature".
On peut aisément imaginer que si D.ieu, béni soit-Il, nous parle alors nous entendons
aussi bien Lui
que Sa Parole, s’Il nous inspire, c’est
aussi bien Lui
que Son esprit.
D’où l’idée vétérotestamentaire que nous avons trois interlocuteurs que l’Évangile distingue et différencie nettement.
Mais alors pourquoi le
Fils Monogène ?
Bien sûr, il y a l’idée que c’est l’essence même de D.ieu, béni soit-Il, d’être Père plutôt que d’être Roi.
Et justement ! Dans cette comparaison, "
Père" résonne plus comme un titre, une responsabilité, une vocation… que comme un agent d’une fonction reproductive.
C'est ici que le parallèle "
Fils de D.ieu" // "
Fils de l’Homme" m’inspire un scénario très personnel :
Dans l’Incarnation le nouveau "
Logos+Humain"
reçoit le titre de "Fils",
aussi bien Fils de l’Homme que Fils de D.ieu, qu’Il soit grandement béni, finalisant en Lui la création de l’humain à l’image et la ressemblance de D.ieu, béni soit-Il.
Peut-être s’agit-il pour nous d’accepter pleinement ces deux titres et de tâcher de nous conformer à cette double vocation ?
Très cordialement
votre sœur pauline,
aussi appelée Annie