Le problème de l'euthanasie
Posté : 21 mars08, 15:33
Bonjour,
Je souhaiterai discuter d'une question d'actualité, et qui est d'une difficulté incontestable ; l'euthanasie. Dans un contexte médiatique particulier, puisque nous avons connu en France la mort de Chantale Sébire, dépassionner les esprits me paraît nécéssaire à un débat serein et clair.
Lorsque d'un côté, j'admets n'avoir jamais été dans une situation où la question d'un suicide médicalement assisté se posait, on pourra me soupçonner de parler sans savoir, cependant vous m'accorderez que l'experience de l'euthanasie d'un proche ne permet pas non plus toujours de réfléchir clairement et sereinement. J'approuve, en tant qu'être humain, puisque la souffrance ne me laisse pas indifférent, la pratique de l'euthanasie dans les cas extrêmes que représentent, par exemple, Vincent Humbert ou encore Chantale Sébire, mais en tant que citoyen, c'est pour moi une toute autre question.
Comment, me direz-vous, les lois ne sont elles pas faites pour être le plus humaine possible?
C'est que le problème reste, que la politique, par essence, prétend appliquer ses décisions à un niveau global, et c'est là sa limite. En tant qu'homme politique désireux de changer les lois, il n'y a malheureusement que deux alternatives possibles ; soit on décide en fonction d'une vue intégrée, synthétique, de la société, qui tendra à arrondir les angles, avec le risque de ne pas prendre en compte les cas plus ou moins marginaux, soit on décide en fonction de cas extrêmes, avec le risque d'appliquer les lois en question de façon inappropriée ou injustifiée.
Il paraît évidemment possible, de légiférer pour la masse, tout en prenant en compte les cas exceptionnels, mais on se demandera alors à partir de quand on doit considérer un cas comme exceptionnel? On le voit bien, nous sommes une fois de plus obligés de considérer l'exception de façon conceptuelle, et donc générale, et d'un autre côté les cas plus communs. On pourrait y voir un progrès, car on aura obtenu un découpage conceptuel binaire (cas communs/cas exceptionnels), donc plus structuré, mais cela ne signifie pas que cela soit plus précis.
Il se pourrait que, dans chacune de ces deux catégories, selon l'endroit où on placerait la limite de l'exception, on cumulerait plus de cas où la loi serait inappropriée que si nous ne l'avions changée. En réalité, le problème est que nous mourrons tous pour la première fois, et chaque cas est donc singulier ; l'idéal irréalisable serait d'avoir une loi pour chaque personne.
De plus, il convient de rappeler également que personne ne souhaite mourrir ; ce que veulent vraiment les malades, c'est arrêter de souffrir. Dans un cas où aucune rémission n'est possible, une loi sur l'euthanasie pourrait se révéler adéquate, mais le statut d'exception ne pourra jamais être établi qu'en fonction d'une certaine réalité objective, alors que c'est plutôt la façon dont la maladie est vécue, qui est décisive. L'échelle de valeur qui permettrait de "classer" les cas ne peut donc être qu'absurde ; pour une même maladie mortelle incurable, on a vu des personnes pleines d'entrain, et d'autres totalement déprimées.
On pourra m'affirmer que nos vies nous appartiennent, que nous sommes maîtres de nos destinées, mais j'y ajouterai un serieux bémol. Certes, nous disposons de notre temps comme nous l'entendons, mais nous ne choisissons pas de disposer ou non d'un certain temps ; la mort, ou n'importe quel imprévu, peut bien sûr nous frapper à tout instant, sans compter que nous n'avons pas choisi de naître. La vie ne se possède pas, elle se constate. Elle est ou elle n'est pas.
Enfin, les personnes dans de telles situations extrêmes souffrent sans doute inutilement en tant qu'être humain, et c'est intolérable, mais elles ne souffrent pas inutilement en tant que citoyen, puisqu'elles souffrent à cause d'une loi qui elle même est utile.
C'est pourquoi, je me vois paradoxalement en position d'approuver, en tant qu'être humain, la pratique de l'euthanasie dans certains cas, mais je me prononce, en tant que citoyen, clairement contre une nouvelle législation ; nous touchons clairement aux limites de la politique.
Je souhaiterai discuter d'une question d'actualité, et qui est d'une difficulté incontestable ; l'euthanasie. Dans un contexte médiatique particulier, puisque nous avons connu en France la mort de Chantale Sébire, dépassionner les esprits me paraît nécéssaire à un débat serein et clair.
Lorsque d'un côté, j'admets n'avoir jamais été dans une situation où la question d'un suicide médicalement assisté se posait, on pourra me soupçonner de parler sans savoir, cependant vous m'accorderez que l'experience de l'euthanasie d'un proche ne permet pas non plus toujours de réfléchir clairement et sereinement. J'approuve, en tant qu'être humain, puisque la souffrance ne me laisse pas indifférent, la pratique de l'euthanasie dans les cas extrêmes que représentent, par exemple, Vincent Humbert ou encore Chantale Sébire, mais en tant que citoyen, c'est pour moi une toute autre question.
Comment, me direz-vous, les lois ne sont elles pas faites pour être le plus humaine possible?
C'est que le problème reste, que la politique, par essence, prétend appliquer ses décisions à un niveau global, et c'est là sa limite. En tant qu'homme politique désireux de changer les lois, il n'y a malheureusement que deux alternatives possibles ; soit on décide en fonction d'une vue intégrée, synthétique, de la société, qui tendra à arrondir les angles, avec le risque de ne pas prendre en compte les cas plus ou moins marginaux, soit on décide en fonction de cas extrêmes, avec le risque d'appliquer les lois en question de façon inappropriée ou injustifiée.
Il paraît évidemment possible, de légiférer pour la masse, tout en prenant en compte les cas exceptionnels, mais on se demandera alors à partir de quand on doit considérer un cas comme exceptionnel? On le voit bien, nous sommes une fois de plus obligés de considérer l'exception de façon conceptuelle, et donc générale, et d'un autre côté les cas plus communs. On pourrait y voir un progrès, car on aura obtenu un découpage conceptuel binaire (cas communs/cas exceptionnels), donc plus structuré, mais cela ne signifie pas que cela soit plus précis.
Il se pourrait que, dans chacune de ces deux catégories, selon l'endroit où on placerait la limite de l'exception, on cumulerait plus de cas où la loi serait inappropriée que si nous ne l'avions changée. En réalité, le problème est que nous mourrons tous pour la première fois, et chaque cas est donc singulier ; l'idéal irréalisable serait d'avoir une loi pour chaque personne.
De plus, il convient de rappeler également que personne ne souhaite mourrir ; ce que veulent vraiment les malades, c'est arrêter de souffrir. Dans un cas où aucune rémission n'est possible, une loi sur l'euthanasie pourrait se révéler adéquate, mais le statut d'exception ne pourra jamais être établi qu'en fonction d'une certaine réalité objective, alors que c'est plutôt la façon dont la maladie est vécue, qui est décisive. L'échelle de valeur qui permettrait de "classer" les cas ne peut donc être qu'absurde ; pour une même maladie mortelle incurable, on a vu des personnes pleines d'entrain, et d'autres totalement déprimées.
On pourra m'affirmer que nos vies nous appartiennent, que nous sommes maîtres de nos destinées, mais j'y ajouterai un serieux bémol. Certes, nous disposons de notre temps comme nous l'entendons, mais nous ne choisissons pas de disposer ou non d'un certain temps ; la mort, ou n'importe quel imprévu, peut bien sûr nous frapper à tout instant, sans compter que nous n'avons pas choisi de naître. La vie ne se possède pas, elle se constate. Elle est ou elle n'est pas.
Enfin, les personnes dans de telles situations extrêmes souffrent sans doute inutilement en tant qu'être humain, et c'est intolérable, mais elles ne souffrent pas inutilement en tant que citoyen, puisqu'elles souffrent à cause d'une loi qui elle même est utile.
C'est pourquoi, je me vois paradoxalement en position d'approuver, en tant qu'être humain, la pratique de l'euthanasie dans certains cas, mais je me prononce, en tant que citoyen, clairement contre une nouvelle législation ; nous touchons clairement aux limites de la politique.