l'épée de MOHAMMAD?
Posté : 08 août08, 11:28
Homme politique israélien, fondateur du Mouvement
la Paix maintenant, Uri Avnery, critique vertement les propos du Pape sur l’Islam.
L'épée de Mohammad
par le Pr. Younès Laâlou
Uri Avnery
La lutte entre les Empereurs et les Papes a joué un rôle central dans l'histoire de l'Europe et a divisé les peuples. Cette lutte a connu des hauts et des bas. Quelques empereurs ont destitué ou renvoyé un pape, des papes ont destitué ou excommunié un empereur.
Mais, il y a des moments où empereurs et papes vécurent entre eux en paix. Nous assistons à une telle période en ce moment. Entre l'actuel Pape, Benedict XVI, et l'actuel Empereur, George Bush II, il existe une formidable harmonie. Le discours donné par le Pape, et qui a soulevé une tempête mondiale, s'accorde bien avec la croisade de Bush contre «le fascisme musulman» dans le contexte du «choc des civilisations».
Dans sa conférence à l'université allemande, le 265ème Pape a décrit ce qu'il conçoit comme une immense différence entre la chrétienté et l'islam: alors que la chrétienté est basée sur la raison, l'islam la renie. Alors que les Chrétiens voient la logique des actions de Dieu, les musulmans renient toute logique dans les actions d'Allah. En tant que Juif athée, je n'ai pas l'intention de descendre dans l'arène de ce débat. C'est au-delà de mes modestes capacités de comprendre la logique du Pape. Mais je ne peux pas ne pas remarquer un passage qui me concerne aussi en tant qu'Israélien vivant dans la ligne de faille de cette «guerre des civilisations».
Afin de prouver le manque de la raison de l'Islam, le Pape affirme que le prophète Mohammad a ordonné à ses fidèles de propager leur religion par l'épée. Selon le Pape, ceci n'est pas raisonnable, parce que la foi naît de l'âme, non du corps. Comment l'épée peut-elle influencer l'âme?
Afin d'étayer ses propos, le Pape a cité -parmi tous- un empereur byzantin, qui a appartenu, bien entendu, à l'église occidentale rivale. A la fin du 14ème siècle, l'empereur Manuel II Palaeoglus a parlé à propos d'un débat qu'il avait eu -ou selon ses dires (l'événement est mis en doute)- avec un théologien musulman perse dont le nom n'est pas cité. Dans l'intensité du débat, l'Empereur (selon lui-même) lance les mots suivants à son adversaire:
«Montrez-moi juste ce que Mohammad a amené de nouveau, et vous trouverez seulement du mauvais et de l'inhumain, tel que son commandement de propager par l'épée la foi qu'il prêche». Ces mots soulèvent trois questions: (a) pourquoi l'Empereur les a-t-il dits? (b) sont-ils vrais? (c) pourquoi l'actuel Pape les a-t-il cités?
Quand Manuel II a écrit son traité, il était le chef d'un empire mourant. Il a assumé le pouvoir en 1391, quand seulement quelques provinces de l'illustre empire restaient encore en sa possession. Même celles-ci, aussi, étaient sous la menace turque.
Pendant cette période, les Turcs ottomans avaient atteints les rives du Danube. Ils avaient conquis la Bulgarie et le nord de la Grèce et avaient battu à deux reprises les armées envoyées en renfort par l'Europe pour sauver l'empire d'Orient. Le 29 mai 1453, quelques années seulement après la mort de Manuel, sa capitale, Constantinople (l'actuelle Istanbul) est tombée aux mains des Turques, mettant fin à l'empire qui avait duré plus de mille ans.
Au cours de son règne, Manuel a fait le tour des capitales de l'Europe pour tenter de susciter du support. Il a promis de réunifier l'église. Il n'y a aucun doute qu'il a rédigé ses traités religieux pour inciter les pays chrétiens contre les Turcs et les convaincre de commencer une nouvelle croisade. L'objectif était pratique, la théologie était au service de la politique.
Dans ce sens, la citation sert exactement les besoins de l'actuel empereur, George Bush II. Lui, aussi, veut unifier le monde chrétien contre “l'axe du mal”, essentiellement musulman. (...)
Le Pape lui-même y a mis une parole de prudence. En théologien renommé et sérieux, il ne s'est pas permis de falsifier les textes écrits. Par conséquent, il a admis que le Coran interdit spécifiquement la propagation de la foi par la force. Il a cité la deuxième sourate, verset 256 (étrangement faillible pour un Pape, il voulait dire le verset 257) qui dit: «nulle contrainte en religion».
Comment peut-on ignorer une assertion aussi sans équivoque? Le Pape argumente simplement en disant que ce commandement a été ordonné par le Prophète quand il était au début de sa carrière, encore faible et sans pouvoir, mais qu'il a ordonné plus tard le recours à l'épée pour servir la foi.Un ordre pareil n'existe pas dans le Coran. Il est vrai que Mohammad a appelé à l'utilisation de l'épée dans sa guerre contre les tribus opposées -chrétiennes, juives et autres- en Arabie, quand il construisait son État. Mais ceci était un acte politique, non un acte religieux; fondamentalement un combat pour le territoire, non pour la propagation de la foi (...)
En 1099, les croisés ont conquis Jérusalem et massacré ses habitants musulmans et juifs sans discrimination, au nom du gentil Jésus. Pendant ce temps, en 400 ans d'occupation de la Palestine par les musulmans, les chrétiens étaient encore la majorité dans le pays. Au travers de cette longue période, aucun effort n'a été fourni pour leur imposer l'islam. C'est seulement après l'expulsion des croisés du pays que la majorité des habitants a commencé à adopter la langue arabe et la foi musulmane- ils étaient les ancêtres de la plupart des actuels Palestiniens
Il n'y aucune preuve de quelque façon que ce soit qu'il y ait eu aucune tentative pour imposer l'islam aux juifs. Comme il est bien connu, sous la domination musulmane, les juifs d'Espagne jouissaient d'un essor tel qu'ils n'en ont jamais connu nulle part ailleurs jusqu'à nos jours. Des poètes comme Yehuda Halevy écrivaient en arabe, tout comme le grand Maïmonide. Dans l'Espagne musulmane, les juifs étaient ministres, poètes, scientifiques. Dans la Tolède musulmane, les érudits chrétiens, juifs et musulmans travaillaient ensemble et traduisaient les anciens textes philosophiques et scientifiques grecs. C'était vraiment l'âge d'or.Comment cela aurait-il été possible, si le Prophète avait décrété la «propagation de la foi par l'épée»?
Ce qui arriva plus tard est encore plus parlant. Quand les catholiques ont reconquis l'Espagne des musulmans, ils ont instauré un règne de terreur religieuse. Les juifs et les musulmans étaient mis devant un choix cruel: devenir chrétiens, être massacrés ou partir. Et où avaient fui les centaines de milliers de juifs, qui ont refusé d'abandonner leur foi? Presque la totalité d'entre eux ont été accueillis les bras ouverts dans les pays musulmans. Les juifs sépharades («espagnols») se sont installés à travers tout le monde musulman, du Maroc, à l'ouest, à l'Iraq, vers l'est, de la Bulgarie (alors partie de l'empire ottoman ), au nord, au Soudan, au sud. Ils n'ont été persécutés nulle part. ils n'ont rien connu qui ressemble aux tortures de l'inquisition, aux flammes de l'auto-da-fe, aux pogroms, aux expulsions massives terribles qui ont eu lieu dans la plupart des pays chrétiens, et jusqu'à l’Holocauste.
(...)
Tout Juif honnête qui connaît l'histoire de son peuple ne peut que ressentir un profond sentiment de gratitude envers l'Islam, qui a protégé les Juifs pendant cinquante générations alors que le monde chrétien persécutait les Juifs et a essayé plusieurs fois par l'épée de leur faire abandonner leur foi.
L'histoire à propos de «la propagation de la foi par l'épée» est une mauvaise légende, un des mythes qui ont grandi en Europe au cours des grandes guerres contre les musulmans -la reconquête de l'Espagne par les chrétiens, les croisades et la l’expulsion des Turcs, qui avaient presque conquis Vienne. Je doute que le Pape allemand, aussi, honnêtement croit en ces fables. Cela veut dire que le leader du monde catholique, qui est un théologien chrétien, n'a pas fait l'effort d'étudier l'histoire des autres religions.
Pourquoi a-t-il prononcé ces mots en public? et pourquoi maintenant?
Il n'y a aucune échappatoire que de les voir sur le plan de la croisade de Bush et de ses supporters évangélistes, avec ses slogans de «l'islamo-fascisme» et de la «guerre globale au terrorisme» - où «terrorisme» est devenu synonyme de musulmans. Pour les manipulateurs de Bush, ceci est une tentative cynique de justifier la domination des ressources pétrolières mondiales. Ce n'est pas la première fois dans l'Histoire qu'une robe religieuse est étendue pour couvrir la nudité des intérêts économiques; pas la première fois qu'une expédition de voleurs devient une croisade.
Le discours du Pape se confond dans cet effort. Qui peut en prédire les terriblesconséquences?
la Paix maintenant, Uri Avnery, critique vertement les propos du Pape sur l’Islam.
L'épée de Mohammad
par le Pr. Younès Laâlou
Uri Avnery
La lutte entre les Empereurs et les Papes a joué un rôle central dans l'histoire de l'Europe et a divisé les peuples. Cette lutte a connu des hauts et des bas. Quelques empereurs ont destitué ou renvoyé un pape, des papes ont destitué ou excommunié un empereur.
Mais, il y a des moments où empereurs et papes vécurent entre eux en paix. Nous assistons à une telle période en ce moment. Entre l'actuel Pape, Benedict XVI, et l'actuel Empereur, George Bush II, il existe une formidable harmonie. Le discours donné par le Pape, et qui a soulevé une tempête mondiale, s'accorde bien avec la croisade de Bush contre «le fascisme musulman» dans le contexte du «choc des civilisations».
Dans sa conférence à l'université allemande, le 265ème Pape a décrit ce qu'il conçoit comme une immense différence entre la chrétienté et l'islam: alors que la chrétienté est basée sur la raison, l'islam la renie. Alors que les Chrétiens voient la logique des actions de Dieu, les musulmans renient toute logique dans les actions d'Allah. En tant que Juif athée, je n'ai pas l'intention de descendre dans l'arène de ce débat. C'est au-delà de mes modestes capacités de comprendre la logique du Pape. Mais je ne peux pas ne pas remarquer un passage qui me concerne aussi en tant qu'Israélien vivant dans la ligne de faille de cette «guerre des civilisations».
Afin de prouver le manque de la raison de l'Islam, le Pape affirme que le prophète Mohammad a ordonné à ses fidèles de propager leur religion par l'épée. Selon le Pape, ceci n'est pas raisonnable, parce que la foi naît de l'âme, non du corps. Comment l'épée peut-elle influencer l'âme?
Afin d'étayer ses propos, le Pape a cité -parmi tous- un empereur byzantin, qui a appartenu, bien entendu, à l'église occidentale rivale. A la fin du 14ème siècle, l'empereur Manuel II Palaeoglus a parlé à propos d'un débat qu'il avait eu -ou selon ses dires (l'événement est mis en doute)- avec un théologien musulman perse dont le nom n'est pas cité. Dans l'intensité du débat, l'Empereur (selon lui-même) lance les mots suivants à son adversaire:
«Montrez-moi juste ce que Mohammad a amené de nouveau, et vous trouverez seulement du mauvais et de l'inhumain, tel que son commandement de propager par l'épée la foi qu'il prêche». Ces mots soulèvent trois questions: (a) pourquoi l'Empereur les a-t-il dits? (b) sont-ils vrais? (c) pourquoi l'actuel Pape les a-t-il cités?
Quand Manuel II a écrit son traité, il était le chef d'un empire mourant. Il a assumé le pouvoir en 1391, quand seulement quelques provinces de l'illustre empire restaient encore en sa possession. Même celles-ci, aussi, étaient sous la menace turque.
Pendant cette période, les Turcs ottomans avaient atteints les rives du Danube. Ils avaient conquis la Bulgarie et le nord de la Grèce et avaient battu à deux reprises les armées envoyées en renfort par l'Europe pour sauver l'empire d'Orient. Le 29 mai 1453, quelques années seulement après la mort de Manuel, sa capitale, Constantinople (l'actuelle Istanbul) est tombée aux mains des Turques, mettant fin à l'empire qui avait duré plus de mille ans.
Au cours de son règne, Manuel a fait le tour des capitales de l'Europe pour tenter de susciter du support. Il a promis de réunifier l'église. Il n'y a aucun doute qu'il a rédigé ses traités religieux pour inciter les pays chrétiens contre les Turcs et les convaincre de commencer une nouvelle croisade. L'objectif était pratique, la théologie était au service de la politique.
Dans ce sens, la citation sert exactement les besoins de l'actuel empereur, George Bush II. Lui, aussi, veut unifier le monde chrétien contre “l'axe du mal”, essentiellement musulman. (...)
Le Pape lui-même y a mis une parole de prudence. En théologien renommé et sérieux, il ne s'est pas permis de falsifier les textes écrits. Par conséquent, il a admis que le Coran interdit spécifiquement la propagation de la foi par la force. Il a cité la deuxième sourate, verset 256 (étrangement faillible pour un Pape, il voulait dire le verset 257) qui dit: «nulle contrainte en religion».
Comment peut-on ignorer une assertion aussi sans équivoque? Le Pape argumente simplement en disant que ce commandement a été ordonné par le Prophète quand il était au début de sa carrière, encore faible et sans pouvoir, mais qu'il a ordonné plus tard le recours à l'épée pour servir la foi.Un ordre pareil n'existe pas dans le Coran. Il est vrai que Mohammad a appelé à l'utilisation de l'épée dans sa guerre contre les tribus opposées -chrétiennes, juives et autres- en Arabie, quand il construisait son État. Mais ceci était un acte politique, non un acte religieux; fondamentalement un combat pour le territoire, non pour la propagation de la foi (...)
En 1099, les croisés ont conquis Jérusalem et massacré ses habitants musulmans et juifs sans discrimination, au nom du gentil Jésus. Pendant ce temps, en 400 ans d'occupation de la Palestine par les musulmans, les chrétiens étaient encore la majorité dans le pays. Au travers de cette longue période, aucun effort n'a été fourni pour leur imposer l'islam. C'est seulement après l'expulsion des croisés du pays que la majorité des habitants a commencé à adopter la langue arabe et la foi musulmane- ils étaient les ancêtres de la plupart des actuels Palestiniens
Il n'y aucune preuve de quelque façon que ce soit qu'il y ait eu aucune tentative pour imposer l'islam aux juifs. Comme il est bien connu, sous la domination musulmane, les juifs d'Espagne jouissaient d'un essor tel qu'ils n'en ont jamais connu nulle part ailleurs jusqu'à nos jours. Des poètes comme Yehuda Halevy écrivaient en arabe, tout comme le grand Maïmonide. Dans l'Espagne musulmane, les juifs étaient ministres, poètes, scientifiques. Dans la Tolède musulmane, les érudits chrétiens, juifs et musulmans travaillaient ensemble et traduisaient les anciens textes philosophiques et scientifiques grecs. C'était vraiment l'âge d'or.Comment cela aurait-il été possible, si le Prophète avait décrété la «propagation de la foi par l'épée»?
Ce qui arriva plus tard est encore plus parlant. Quand les catholiques ont reconquis l'Espagne des musulmans, ils ont instauré un règne de terreur religieuse. Les juifs et les musulmans étaient mis devant un choix cruel: devenir chrétiens, être massacrés ou partir. Et où avaient fui les centaines de milliers de juifs, qui ont refusé d'abandonner leur foi? Presque la totalité d'entre eux ont été accueillis les bras ouverts dans les pays musulmans. Les juifs sépharades («espagnols») se sont installés à travers tout le monde musulman, du Maroc, à l'ouest, à l'Iraq, vers l'est, de la Bulgarie (alors partie de l'empire ottoman ), au nord, au Soudan, au sud. Ils n'ont été persécutés nulle part. ils n'ont rien connu qui ressemble aux tortures de l'inquisition, aux flammes de l'auto-da-fe, aux pogroms, aux expulsions massives terribles qui ont eu lieu dans la plupart des pays chrétiens, et jusqu'à l’Holocauste.
(...)
Tout Juif honnête qui connaît l'histoire de son peuple ne peut que ressentir un profond sentiment de gratitude envers l'Islam, qui a protégé les Juifs pendant cinquante générations alors que le monde chrétien persécutait les Juifs et a essayé plusieurs fois par l'épée de leur faire abandonner leur foi.
L'histoire à propos de «la propagation de la foi par l'épée» est une mauvaise légende, un des mythes qui ont grandi en Europe au cours des grandes guerres contre les musulmans -la reconquête de l'Espagne par les chrétiens, les croisades et la l’expulsion des Turcs, qui avaient presque conquis Vienne. Je doute que le Pape allemand, aussi, honnêtement croit en ces fables. Cela veut dire que le leader du monde catholique, qui est un théologien chrétien, n'a pas fait l'effort d'étudier l'histoire des autres religions.
Pourquoi a-t-il prononcé ces mots en public? et pourquoi maintenant?
Il n'y a aucune échappatoire que de les voir sur le plan de la croisade de Bush et de ses supporters évangélistes, avec ses slogans de «l'islamo-fascisme» et de la «guerre globale au terrorisme» - où «terrorisme» est devenu synonyme de musulmans. Pour les manipulateurs de Bush, ceci est une tentative cynique de justifier la domination des ressources pétrolières mondiales. Ce n'est pas la première fois dans l'Histoire qu'une robe religieuse est étendue pour couvrir la nudité des intérêts économiques; pas la première fois qu'une expédition de voleurs devient une croisade.
Le discours du Pape se confond dans cet effort. Qui peut en prédire les terriblesconséquences?