Jesus n'est venu que pour le peuple juif (?)
Posté : 25 janv.10, 00:20
Bonjour à tout le monde. J’interviens ici pour la première fois et je vous prie d’excuser mes fautes de langue parce que je ne suis pas français. Je serai un peu long et je me servirai de beaucoup de citations mais on ne peut traiter le sujet que je veux aborder sans le développer.
Si on a écrit ce que je vais écrire, pardonnez-moi, mais je ne l’ai pas remarqué (il est impossible de tout lire). Merci pour tous ceux qui voudront lire.
J’ai vu que les musulmans disent ceci: Jésus n’est venu que pour le peuple juif, donc il n’est pas universel. Pour appuyer cette thèse, ils trouvent dans l ‘Evangile selon St. Mathieu ces citations : « N'allez point vers les Gentils, et n'entrez dans aucune ville des Samaritains ; allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël ». (Mt 10,5). Ainsi que « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ». (Mt, 15, 24)
Je voudrais m’occuper de ce problème et exposer les raisons que l’on a pour prétendre le contraire en m'appuyant tout d'abord sur l’Ancien Testament (AT), puis sur le Nouveau (NT).
1) a) Quelles sont les prophéties de l’AT ? Est-ce que Dieu d’Israel n’est que Dieu des Juifs, leur propriété qu'il ne veulent partager avec personne ? Tout au contraire, ils désirent que les autres aient la même foi et cela arrivera dans une époque indéterminée, à la fin des temps, la lumière provient de Jérusalem:
Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront. Et nombre de peuples iront en disant: "Or ça, gravissons la montagne de l'Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu'il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c'est de Sion que sort la doctrine et de Jérusalem la parole du Seigneur." 4 Il sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux; ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et on n'apprendra plus l'art des combats. (Iz 2,2-4)
b) Comment ça pourrait se réaliser ? L’AT permet d’entrevoir une figure, un élu de Dieu, qui accomplira sa volonté. Je vais coller l’un après l’autre plusieurs citations :
"Or, un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton poussera de ses racines. 2 Et sur lui reposera l'esprit du Seigneur: esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu. (...)En ce jour-là, il y aura un rejeton de Jessé, qui se dressera comme la bannière des peuples; les nations se tourneront vers lui, et sa résidence sera entourée de gloire"(Iz. 11,10)
Or, c'est de toi Bethléem-Efrata, si peu importante parmi les groupes de Juda, c'est de toi que je veux que sorte celui qui est destiné à dominer sur Israël et dont l'origine remonte aux temps lointains, aux jours antiques. 2 C'est pourquoi il les abandonnera [à eux-mêmes] jusqu'au jour où enfantera celle qui doit enfanter, et où le reste de ses frères viendra retrouver les enfants d’Israël. 3 Lui se lèvera et conduira [son troupeau], grâce à la puissance du Seigneur et du nom glorieux de l'Eternel, son Dieu; ils demeureront en paix, car dès lors sa grandeur éclatera jusqu'aux confins de la terre. 4 Alors régnera la paix! (Michée 5, 1-3)
Prêtez-moi l'oreille et venez à moi, écoutez et votre âme renaîtra, et je vous accorderai une alliance indissoluble, les bienfaits durables promis à David. 4 Certes, je l'ai établi comme un témoin pour les nations, comme le guide et le législateur des peuples. 5 Des nations à toi inconnues, tu les convoqueras; des peuples qui ne te connaissent pas accourront à toi, en l'honneur de l'Eternel, ton Dieu, et du Saint d'Israël, qui a voulu te rendre illustre. (Iz 55, 3-5)
Voici mon serviteur, que je tiens par la main, mon élu, en qui mon âme se complaît; sur lui, j'ai répandu mon esprit, pour qu'il révèle aux nations ce qui est juste. 2 Il ne crie pas, n'élève pas la voix et ne fait pas entendre ses clameurs dans la rue. 3 Il ne brise pas le roseau rompu, il n'éteint pas la mèche qui fume encore; c'est en toute vérité qu'il proclame le droit. 4 Il ne se lassera ni se rebutera qu'il n'ait établi la justice sur la terre: les îles attendent sa doctrine. (...)"Moi, l'Eternel, je t'ai appelé pour la justice et je te prends par la main; je te protège et je t'établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations; 7 pour dessiller les yeux frappés de cécité, pour tirer le captif de la prison, du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres.(Iz, 42)
Maintenant passons à l’ordre des choses, parce qu’il y en a. Tout d’abord la maison de David, plus tard le salut de l’Eternel s’établira sur le monde entier.
"Et maintenant, s'adressant à moi, l'Eternel qui m'a créé pour être son serviteur, pour lui ramener Jacob et grouper Israël autour de lui car grand est mon prix aux yeux de l'Eternel et mon Dieu est ma force, 6 l'Eternel me dit: "C'est trop peu que tu sois mon serviteur, pour relever les tribus de Jacob et rétablir les ruines d'Israël; je veux faire de toi la lumière des nations, mon instrument de salut jusqu'aux confins de la terre." 7 Ainsi parle l'Eternel, le libérateur d'Israël, son Saint, à celui qui est un objet de mépris pour les hommes, de répulsion pour les peuples, à l'esclave des puissants: "Des rois, en le voyant, se lèveront, des princes se prosterneront, par égard pour l'Eternel, qui est fidèle à ses promesses, du Saint d'Israël qui t'a élu." (Iz, 49, 5-7)
Il y a ici une contradiction, « l’objet de mépris, esclave des puissants », devient celui devant qui « des princes se prosterneront ». Pour atteindre la gloire, il doit être humilié, il se sacrifiera, il sera « retranché du pays des vivants », ses souffrances auront pour cause les péchés DES PEUPLES. Cela se passera avant que toutes les nations se groupent autour de Lui, il aura une grande postérité (Isaïe)
"Qui a ajouté foi à l'annonce qui nous a été faite? Et à qui s'est révélé le bras de Dieu? 2 Il poussait devant lui, pareil à un faible rejeton, à une racine plantée dans un sol brûlé. Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, ni grâce pour nous le rendre aimable. 3 Méprisé, repoussé des hommes, homme de douleurs, expert en maladies, il était comme un objet dont on détourne le visage, une chose vile dont nous ne tenions nul compte. Et pourtant ce sont nos maladies dont il était chargé, nos souffrances qu'il portait, alors que nous, nous le prenions pour un malheureux atteint, frappé par Dieu, humilié. (...) Faute de protection et de justice, il a été enlevé. Qui pourrait décrire sa destinée? Car il s'est vu retrancher du pays des vivants, les coups qui le frappaient avaient pour cause les péchés des peuples. 9 On a mis sa sépulture avec celle des impies, son tombeau avec celui des [mauvais] riches, quoiqu'il n'eût fait aucun mal et qu'il n'y eût jamais de fraude dans sa bouche. Mais Dieu a résolu de le briser, de l'accabler de maladies, voulant que, s'il s'offrait lui-même comme sacrifice expiatoire, il vît une postérité destinée à vivre de longs jours, et que l'œuvre de l'Eternel prospérât dans sa main. 11 Délivré de l'affliction de son âme, il jouira à satiété du bonheur; par sa sagesse le juste, mon serviteur, fera aimer la justice à un grand nombre et prendra la charge de leurs iniquités" (Iz. 53)
Le scénario très semblable se trouve dans le Psaume 22, on parle d’un homme torturé, méprisé, méconnu de tous, qui grâce à sa fidelité, sera exaucé. Après cet épreuve, l’Eternel sera Dieu reconnu par « toutes les familles des peuples »
"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, (...)Moi, je suis un vermisseau, et non un homme, l’opprobre des gens, objet de mépris pour le peuple. 8 Tous ceux qui me voient se moquent de moi, grimacent des lèvres, hochent la tête. 9 "Qu’il s’en remette à l’Eternel! Que celui-ci le sauve, qu’il l’arrache du danger, puisqu’il l’aime!" (...)Car des chiens m’enveloppent, la bande des méchants fait cercle autour de moi; comme le lion [ils meurtrissent] mes mains et mes pieds.(...)C'est toi dont je célébrerai les louanges dans la grande assemblée, j'accomplirai mes vœux devant ceux qui te craignent. 27 Les humbles mangeront et seront rassasiés, les adorateurs de l'Eternel le loueront. Que votre cœur renaisse à la vie pour toujours! Les confins de la terre se souviendront et reviendront au Seigneur, toutes les familles des peuples se prosterneront devant lui. 29 Car à l'Eternel appartient la royauté, il domine sur toutes les nations. 30 Ils mangeront et adoreront, tous les heureux de la terre ; devant lui s'inclineront ceux qui descendent dans la poussière, incapables de sustenter leur vie. 31 La postérité lui vouera un culte; on parlera du Seigneur aux âges à venir. 32 IIs viendront et proclameront sa justice: ils diront au peuple à naître ce qu'il a fait". (Psaume 22)1
Pour que les autres nations viennent « à la maison de Dieu de Jacob », quelqu’un qui a été annoncé dans ces prophéties doit venir. Tout d’abord il s’occupera des « brebis » perdues d’Israël. Après la grande épreuve, d’autres peuples croiront en Dieu d’Abraham et de Jacob. C’est pourquoi Jésus ( avant la résurrection) semble vouloir limiter sa mission au peuple juif.
Les textes que j’ai cité n’épuisent pas le sujet, il y en a d’autres qui parlent d’un roi d'Israël qui établira la paix universel et dont le règne sera universel.
Si vous avez encore un peu de force et de volonté, suivez-moi dans la lecture du Nouveau Testament.
1) Tout d’abord je voudrais citer l’ensemble du contexte dans lequel est placée l’affirmation « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël »
Jésus se trouve sur les terres païennes (pourquoi ? s’il ne devait pas parler à leurs habitants? )
L’histoire que je veux citer, peut paraître un peu désagréable au premier coup d’oeil. Mais ce n’est qu’une apparence. Elle montre que Dieu abolit les frontières (entre le peuple élu et les autres) et que les autres méritent aussi la grâce. Je pense que cette scène prépare tout ce qui se passera dans l’avenir.
"Etant parti de là, Jésus Se retira du côté de Tyr et de Sidon.
Et voici qu'une femme chananéenne, venue de ces contrées, s'écria, en Lui disant: Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David; ma fille est affreusement tourmentée par le démon.
Mais Il ne lui répondit pas un mot. Et les disciples, s'approchant de Lui, Le priaient, en disant: Renvoyez-la, car elle crie derrière nous.
Il répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.
Mais elle vint, et L'adora, en disant: Seigneur, secourez-moi.
Il répondit: Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens.
Mais elle dit: Oui, Seigneur; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
Alors Jésus lui répondit: O femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu le veux. Et sa fille fut guérie à l'heure même". (Mt, 15, 21-28)
Remarquez le comportement des disciples, ils voulaient renvoyer la païenne, Jésus ne l’a pas chassée mais il lui a donné une réponse dure. Or Jésus teste parfois la foi des autres, même celle des douze (apôtres). La foi de la païenne s’avère inébranlable, plus grande peut-être que celle de la plupart des Juifs. Si les païens en sont capables, ils méritent la grâce. Il n’y a pas de différance. Les disciples de Jésus l’ont vu. Il se peut que ce n’est qu’une leçon pour eux.
La variante de cette histoire se trouve dans l’Evangile selon St Marc (Mc 7, 26 -30). La réponse de Jésus est suivante : Laisse d'abord les enfants se rassasier; car il n'est pas bon de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux chiens. Ce « d’abord » fait supposer un ordre, le peuple juif est le premier à profiter des bienfaits divins (selon AT, c’est pourquoi les Juifs sont le peuple élu) mais bientôt la distinction entre les uns et les autres n’aura plus de sens « A cause de cette parole, va; le démon est sorti de ta fille ». Il est intéressant d’observer que la phrase « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » ne se trouve pas dans St Marc. Pourquoi ?
St Mathieu est très enraciné dans le contexte juif, l’Evangile selon cet auteur était adressé aux Juifs (contrairement aux autres évangelistes, il n’explique ni coutumes ni lois ni détails géographiques juifs, ce que présupose que tout cela est connu aux lecteurs). Mathieu sait que tous ceux qui vont le lire, sauront correctememt intérpreter les paroles de Jésus et qu’ils connaissent les Ecritures. La connaissance du contexte est très souvent indispensable pour comprendre quoi que ce soit. Le sens se construit non seulement à partir du texte lu mais aussi à partir du savoir que possède le lecteur. Faute de savoir, le message ne sera pas compris. St Luc, cet évangeliste des gentils (non-Juifs) par excellance, ne mentionne pas du tout cette histoire, il sait qu’elle pourrait demeurer incomprise.
Pour finir cette partie des considérations, je voudrais citer l’Evangile selon St Jean :
"Or il y avait là quelques Gentils, de ceux qui étaient montés pour adorer au jour de la fête.
Ils s'approchèrent de Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée; et ils le priaient, en disant: Seigneur, nous voulons voir Jésus.
Philippe vint, et le dit à André; puis André et Philippe le dirent à Jésus.
Jésus leur répondit: L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié.
En vérité, en vérité, Je vous le dis, si le grain de froment qui tombe en terre ne meurt pas,
il demeure seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit". (Jn 12,20-25)
Un groupe composé de non-Juifs commence donc à s’intéresser à Celui qui deviendra par la suite le point de référence pour des milliers, millions et milliards de gens. Jésus sait ce que ça signifie, bientôt il ressemblera « à une racine plantée dans un sol brûlé » pour que « l'œuvre de l'Eternel prospèr(e) dans sa main » (Izaïe cité ci-dessus). Les anciens prophéties dialoguent avec les paroles de Jésus « s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Elles ont le même sens.
Et encore :
"Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. (...) Je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père; (...) J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger". (Jn 10, 11-16)
Tous ce qui concerne « d’autres brebis » est dit dans le futur.
2) Le cas de la païenne des contrées de Tyr et Sydon n’est pas unique : En réalité Jésus fait du bien aussi à d’autres gentils.
Par exemple, il délivre un possédé du pays des Géraséniens de son démon (ces contrées étaient à demi-païennes (Mc 5, 1-20). Jésus invite cet homme à proclamer la miséricorde divine, ce qu’il fait dans Décapole « par toute la ville ».
Jésus guérit le serviteur d’un centenier romain, donc d’un occupant (!) (Mt 8, 5-13, Luc 7,
1-10). Je cite St Mathieu, ce même Mathieu qui rapporte les phrases mal comprises, objet de cette discussion. Jésus dit à propos de cet homme:
"Je vous le dis en vérité, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi.
Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l'orient et de l'occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux". (Mt 8, 11-12).
Jésus dialogue avec une Samaritaine (Jean 4, 1-42). Il lui dit (entre autres) :
"Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande".
4) Il nous reste encore une chose importante. Les paroles que Jésus dit à ses disciples avant d’aller chez le « Père ». Elles rêvetent la forme différente mais leur message reste le même : allez et enseignez tous les peuples :
"Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. (Mt 28,19-20)
Allez par tout le monde et prêchez l'Evangile à toute la création. (Mc 16, 15)
Ainsi il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts le troisième
jour, et que le repentir pour la rémission des péchés doit être prêché en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Luc 24, 47)
La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie". (Jean 20, 21)
Je n'ai pas epuisé le sujet mais j’espère que j’ai expliqué un peu pourquoi le christianisme n’est pas resté une petite secte au sein du judaisme. Merci pour tous ceux qui voulaient lire.
Si on a écrit ce que je vais écrire, pardonnez-moi, mais je ne l’ai pas remarqué (il est impossible de tout lire). Merci pour tous ceux qui voudront lire.
J’ai vu que les musulmans disent ceci: Jésus n’est venu que pour le peuple juif, donc il n’est pas universel. Pour appuyer cette thèse, ils trouvent dans l ‘Evangile selon St. Mathieu ces citations : « N'allez point vers les Gentils, et n'entrez dans aucune ville des Samaritains ; allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël ». (Mt 10,5). Ainsi que « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ». (Mt, 15, 24)
Je voudrais m’occuper de ce problème et exposer les raisons que l’on a pour prétendre le contraire en m'appuyant tout d'abord sur l’Ancien Testament (AT), puis sur le Nouveau (NT).
1) a) Quelles sont les prophéties de l’AT ? Est-ce que Dieu d’Israel n’est que Dieu des Juifs, leur propriété qu'il ne veulent partager avec personne ? Tout au contraire, ils désirent que les autres aient la même foi et cela arrivera dans une époque indéterminée, à la fin des temps, la lumière provient de Jérusalem:
Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront. Et nombre de peuples iront en disant: "Or ça, gravissons la montagne de l'Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu'il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c'est de Sion que sort la doctrine et de Jérusalem la parole du Seigneur." 4 Il sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux; ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et on n'apprendra plus l'art des combats. (Iz 2,2-4)
b) Comment ça pourrait se réaliser ? L’AT permet d’entrevoir une figure, un élu de Dieu, qui accomplira sa volonté. Je vais coller l’un après l’autre plusieurs citations :
"Or, un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton poussera de ses racines. 2 Et sur lui reposera l'esprit du Seigneur: esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu. (...)En ce jour-là, il y aura un rejeton de Jessé, qui se dressera comme la bannière des peuples; les nations se tourneront vers lui, et sa résidence sera entourée de gloire"(Iz. 11,10)
Or, c'est de toi Bethléem-Efrata, si peu importante parmi les groupes de Juda, c'est de toi que je veux que sorte celui qui est destiné à dominer sur Israël et dont l'origine remonte aux temps lointains, aux jours antiques. 2 C'est pourquoi il les abandonnera [à eux-mêmes] jusqu'au jour où enfantera celle qui doit enfanter, et où le reste de ses frères viendra retrouver les enfants d’Israël. 3 Lui se lèvera et conduira [son troupeau], grâce à la puissance du Seigneur et du nom glorieux de l'Eternel, son Dieu; ils demeureront en paix, car dès lors sa grandeur éclatera jusqu'aux confins de la terre. 4 Alors régnera la paix! (Michée 5, 1-3)
Prêtez-moi l'oreille et venez à moi, écoutez et votre âme renaîtra, et je vous accorderai une alliance indissoluble, les bienfaits durables promis à David. 4 Certes, je l'ai établi comme un témoin pour les nations, comme le guide et le législateur des peuples. 5 Des nations à toi inconnues, tu les convoqueras; des peuples qui ne te connaissent pas accourront à toi, en l'honneur de l'Eternel, ton Dieu, et du Saint d'Israël, qui a voulu te rendre illustre. (Iz 55, 3-5)
Voici mon serviteur, que je tiens par la main, mon élu, en qui mon âme se complaît; sur lui, j'ai répandu mon esprit, pour qu'il révèle aux nations ce qui est juste. 2 Il ne crie pas, n'élève pas la voix et ne fait pas entendre ses clameurs dans la rue. 3 Il ne brise pas le roseau rompu, il n'éteint pas la mèche qui fume encore; c'est en toute vérité qu'il proclame le droit. 4 Il ne se lassera ni se rebutera qu'il n'ait établi la justice sur la terre: les îles attendent sa doctrine. (...)"Moi, l'Eternel, je t'ai appelé pour la justice et je te prends par la main; je te protège et je t'établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations; 7 pour dessiller les yeux frappés de cécité, pour tirer le captif de la prison, du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres.(Iz, 42)
Maintenant passons à l’ordre des choses, parce qu’il y en a. Tout d’abord la maison de David, plus tard le salut de l’Eternel s’établira sur le monde entier.
"Et maintenant, s'adressant à moi, l'Eternel qui m'a créé pour être son serviteur, pour lui ramener Jacob et grouper Israël autour de lui car grand est mon prix aux yeux de l'Eternel et mon Dieu est ma force, 6 l'Eternel me dit: "C'est trop peu que tu sois mon serviteur, pour relever les tribus de Jacob et rétablir les ruines d'Israël; je veux faire de toi la lumière des nations, mon instrument de salut jusqu'aux confins de la terre." 7 Ainsi parle l'Eternel, le libérateur d'Israël, son Saint, à celui qui est un objet de mépris pour les hommes, de répulsion pour les peuples, à l'esclave des puissants: "Des rois, en le voyant, se lèveront, des princes se prosterneront, par égard pour l'Eternel, qui est fidèle à ses promesses, du Saint d'Israël qui t'a élu." (Iz, 49, 5-7)
Il y a ici une contradiction, « l’objet de mépris, esclave des puissants », devient celui devant qui « des princes se prosterneront ». Pour atteindre la gloire, il doit être humilié, il se sacrifiera, il sera « retranché du pays des vivants », ses souffrances auront pour cause les péchés DES PEUPLES. Cela se passera avant que toutes les nations se groupent autour de Lui, il aura une grande postérité (Isaïe)
"Qui a ajouté foi à l'annonce qui nous a été faite? Et à qui s'est révélé le bras de Dieu? 2 Il poussait devant lui, pareil à un faible rejeton, à une racine plantée dans un sol brûlé. Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, ni grâce pour nous le rendre aimable. 3 Méprisé, repoussé des hommes, homme de douleurs, expert en maladies, il était comme un objet dont on détourne le visage, une chose vile dont nous ne tenions nul compte. Et pourtant ce sont nos maladies dont il était chargé, nos souffrances qu'il portait, alors que nous, nous le prenions pour un malheureux atteint, frappé par Dieu, humilié. (...) Faute de protection et de justice, il a été enlevé. Qui pourrait décrire sa destinée? Car il s'est vu retrancher du pays des vivants, les coups qui le frappaient avaient pour cause les péchés des peuples. 9 On a mis sa sépulture avec celle des impies, son tombeau avec celui des [mauvais] riches, quoiqu'il n'eût fait aucun mal et qu'il n'y eût jamais de fraude dans sa bouche. Mais Dieu a résolu de le briser, de l'accabler de maladies, voulant que, s'il s'offrait lui-même comme sacrifice expiatoire, il vît une postérité destinée à vivre de longs jours, et que l'œuvre de l'Eternel prospérât dans sa main. 11 Délivré de l'affliction de son âme, il jouira à satiété du bonheur; par sa sagesse le juste, mon serviteur, fera aimer la justice à un grand nombre et prendra la charge de leurs iniquités" (Iz. 53)
Le scénario très semblable se trouve dans le Psaume 22, on parle d’un homme torturé, méprisé, méconnu de tous, qui grâce à sa fidelité, sera exaucé. Après cet épreuve, l’Eternel sera Dieu reconnu par « toutes les familles des peuples »
"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, (...)Moi, je suis un vermisseau, et non un homme, l’opprobre des gens, objet de mépris pour le peuple. 8 Tous ceux qui me voient se moquent de moi, grimacent des lèvres, hochent la tête. 9 "Qu’il s’en remette à l’Eternel! Que celui-ci le sauve, qu’il l’arrache du danger, puisqu’il l’aime!" (...)Car des chiens m’enveloppent, la bande des méchants fait cercle autour de moi; comme le lion [ils meurtrissent] mes mains et mes pieds.(...)C'est toi dont je célébrerai les louanges dans la grande assemblée, j'accomplirai mes vœux devant ceux qui te craignent. 27 Les humbles mangeront et seront rassasiés, les adorateurs de l'Eternel le loueront. Que votre cœur renaisse à la vie pour toujours! Les confins de la terre se souviendront et reviendront au Seigneur, toutes les familles des peuples se prosterneront devant lui. 29 Car à l'Eternel appartient la royauté, il domine sur toutes les nations. 30 Ils mangeront et adoreront, tous les heureux de la terre ; devant lui s'inclineront ceux qui descendent dans la poussière, incapables de sustenter leur vie. 31 La postérité lui vouera un culte; on parlera du Seigneur aux âges à venir. 32 IIs viendront et proclameront sa justice: ils diront au peuple à naître ce qu'il a fait". (Psaume 22)1
Pour que les autres nations viennent « à la maison de Dieu de Jacob », quelqu’un qui a été annoncé dans ces prophéties doit venir. Tout d’abord il s’occupera des « brebis » perdues d’Israël. Après la grande épreuve, d’autres peuples croiront en Dieu d’Abraham et de Jacob. C’est pourquoi Jésus ( avant la résurrection) semble vouloir limiter sa mission au peuple juif.
Les textes que j’ai cité n’épuisent pas le sujet, il y en a d’autres qui parlent d’un roi d'Israël qui établira la paix universel et dont le règne sera universel.
Si vous avez encore un peu de force et de volonté, suivez-moi dans la lecture du Nouveau Testament.
1) Tout d’abord je voudrais citer l’ensemble du contexte dans lequel est placée l’affirmation « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël »
Jésus se trouve sur les terres païennes (pourquoi ? s’il ne devait pas parler à leurs habitants? )
L’histoire que je veux citer, peut paraître un peu désagréable au premier coup d’oeil. Mais ce n’est qu’une apparence. Elle montre que Dieu abolit les frontières (entre le peuple élu et les autres) et que les autres méritent aussi la grâce. Je pense que cette scène prépare tout ce qui se passera dans l’avenir.
"Etant parti de là, Jésus Se retira du côté de Tyr et de Sidon.
Et voici qu'une femme chananéenne, venue de ces contrées, s'écria, en Lui disant: Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David; ma fille est affreusement tourmentée par le démon.
Mais Il ne lui répondit pas un mot. Et les disciples, s'approchant de Lui, Le priaient, en disant: Renvoyez-la, car elle crie derrière nous.
Il répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.
Mais elle vint, et L'adora, en disant: Seigneur, secourez-moi.
Il répondit: Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens.
Mais elle dit: Oui, Seigneur; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
Alors Jésus lui répondit: O femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu le veux. Et sa fille fut guérie à l'heure même". (Mt, 15, 21-28)
Remarquez le comportement des disciples, ils voulaient renvoyer la païenne, Jésus ne l’a pas chassée mais il lui a donné une réponse dure. Or Jésus teste parfois la foi des autres, même celle des douze (apôtres). La foi de la païenne s’avère inébranlable, plus grande peut-être que celle de la plupart des Juifs. Si les païens en sont capables, ils méritent la grâce. Il n’y a pas de différance. Les disciples de Jésus l’ont vu. Il se peut que ce n’est qu’une leçon pour eux.
La variante de cette histoire se trouve dans l’Evangile selon St Marc (Mc 7, 26 -30). La réponse de Jésus est suivante : Laisse d'abord les enfants se rassasier; car il n'est pas bon de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux chiens. Ce « d’abord » fait supposer un ordre, le peuple juif est le premier à profiter des bienfaits divins (selon AT, c’est pourquoi les Juifs sont le peuple élu) mais bientôt la distinction entre les uns et les autres n’aura plus de sens « A cause de cette parole, va; le démon est sorti de ta fille ». Il est intéressant d’observer que la phrase « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » ne se trouve pas dans St Marc. Pourquoi ?
St Mathieu est très enraciné dans le contexte juif, l’Evangile selon cet auteur était adressé aux Juifs (contrairement aux autres évangelistes, il n’explique ni coutumes ni lois ni détails géographiques juifs, ce que présupose que tout cela est connu aux lecteurs). Mathieu sait que tous ceux qui vont le lire, sauront correctememt intérpreter les paroles de Jésus et qu’ils connaissent les Ecritures. La connaissance du contexte est très souvent indispensable pour comprendre quoi que ce soit. Le sens se construit non seulement à partir du texte lu mais aussi à partir du savoir que possède le lecteur. Faute de savoir, le message ne sera pas compris. St Luc, cet évangeliste des gentils (non-Juifs) par excellance, ne mentionne pas du tout cette histoire, il sait qu’elle pourrait demeurer incomprise.
Pour finir cette partie des considérations, je voudrais citer l’Evangile selon St Jean :
"Or il y avait là quelques Gentils, de ceux qui étaient montés pour adorer au jour de la fête.
Ils s'approchèrent de Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée; et ils le priaient, en disant: Seigneur, nous voulons voir Jésus.
Philippe vint, et le dit à André; puis André et Philippe le dirent à Jésus.
Jésus leur répondit: L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié.
En vérité, en vérité, Je vous le dis, si le grain de froment qui tombe en terre ne meurt pas,
il demeure seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit". (Jn 12,20-25)
Un groupe composé de non-Juifs commence donc à s’intéresser à Celui qui deviendra par la suite le point de référence pour des milliers, millions et milliards de gens. Jésus sait ce que ça signifie, bientôt il ressemblera « à une racine plantée dans un sol brûlé » pour que « l'œuvre de l'Eternel prospèr(e) dans sa main » (Izaïe cité ci-dessus). Les anciens prophéties dialoguent avec les paroles de Jésus « s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Elles ont le même sens.
Et encore :
"Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. (...) Je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père; (...) J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger". (Jn 10, 11-16)
Tous ce qui concerne « d’autres brebis » est dit dans le futur.
2) Le cas de la païenne des contrées de Tyr et Sydon n’est pas unique : En réalité Jésus fait du bien aussi à d’autres gentils.
Par exemple, il délivre un possédé du pays des Géraséniens de son démon (ces contrées étaient à demi-païennes (Mc 5, 1-20). Jésus invite cet homme à proclamer la miséricorde divine, ce qu’il fait dans Décapole « par toute la ville ».
Jésus guérit le serviteur d’un centenier romain, donc d’un occupant (!) (Mt 8, 5-13, Luc 7,
1-10). Je cite St Mathieu, ce même Mathieu qui rapporte les phrases mal comprises, objet de cette discussion. Jésus dit à propos de cet homme:
"Je vous le dis en vérité, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi.
Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l'orient et de l'occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux". (Mt 8, 11-12).
Jésus dialogue avec une Samaritaine (Jean 4, 1-42). Il lui dit (entre autres) :
"Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande".
4) Il nous reste encore une chose importante. Les paroles que Jésus dit à ses disciples avant d’aller chez le « Père ». Elles rêvetent la forme différente mais leur message reste le même : allez et enseignez tous les peuples :
"Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. (Mt 28,19-20)
Allez par tout le monde et prêchez l'Evangile à toute la création. (Mc 16, 15)
Ainsi il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts le troisième
jour, et que le repentir pour la rémission des péchés doit être prêché en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Luc 24, 47)
La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie". (Jean 20, 21)
Je n'ai pas epuisé le sujet mais j’espère que j’ai expliqué un peu pourquoi le christianisme n’est pas resté une petite secte au sein du judaisme. Merci pour tous ceux qui voulaient lire.