leelah alcorn 17 ans morte parce que transgenre......
Posté : 02 janv.15, 10:48
Aux Etats-Unis, le suicide d'une adolescente suscite une vive émotion et révèle encore les discriminations subies par les transsexuels.
Dimanche, Leelah Alcorn, une adolescente de 17 ans originaire de Kings Mills, une banlieue résidentielle de Cincinnati (Ohio), s’est jetée sous les roues d’un camion. Repoussée par ses parents parce que transgenre, la jeune fille, née Joshua, a raconté sa courte existence dans une lettre d’adieu, programmée pour être publiée après sa mort et largement médiatisée depuis.
«Pour dire les choses très simplement, je me sens comme une fille enfermée dans un corps de garçon, et je me sens ainsi depuis que j’ai 4 ans, raconte Leelah. Je ne savais pas qu’il y avait un mot pour décrire ce que je ressentais; je savais encore moins qu’il était possible pour un homme de devenir une femme, alors je n’ai rien dit à personne, et j’ai continué à faire des choses de garçon pour essayer de rentrer dans le moule.»
Sur son blog, l’adolescente raconte son coming-out, qui fut très difficile. «Quand j’ai eu 14 ans, j’ai appris ce que c’était être transgenre, et j’ai pleuré de joie. Après dix ans de confusion, j’ai enfin compris qui j’étais. J’en ai tout de suite parlé à ma maman, qui a réagi de façon très négative, en me disant que c’était une phase, que je ne serai jamais vraiment une fille, que Dieu ne se trompe jamais mais que moi, si.» Pensant calmer les choses avec ses parents, Leelah décide de faire son coming-out au lycée en tant que garçon homosexuel, et non pas en tant que transgenre. «La réaction de mes amis fut positive, mais mes parents étaient ennuyés. Ils avaient l’impression que je mettais à mal leur image, que je les embarrassais. Ils voulaient faire de moi leur petit garçon chrétien bien comme il faut […].» Pour la punir, ses parents lui coupent tout accès aux médias sociaux pendant plusieurs mois, lui confisquent ordinateur et téléphone portable, et la changent d’école. «J’ai été absolument seule pendant cinq mois. Pas d’amis, pas de soutien, pas d’amour. Juste la déception de mes parents et la cruauté de la solitude.»
Ses parents lui font effectuer une «thérapie de conversion» qui a pour mission de remettre des personnes transgenres via des entretiens avec des «psycholog«dans le droit chemin» des homosexuels ou ues», le plus souvent chrétiens (le journaliste américain Gabriel Arana, qui en a subi une à l’adolescence, raconte longuement son expérience dans un article édifiant). Ce phénomène est en effet très lié à la droite chrétienne américaine (l’ex-candidate aux primaires républicaines en 2012, Michele Bachmann, a fait financer par les pouvoirs publics une clinique de ce genre à Minneapolis, dirigée par son époux). Les thérapies de conversion ont beau être jugées dangereuses par l’American Psychological Association, elles continuent d’être utilisées par des parents inconscients des dégâts qu’elles peuvent causer. Depuis la mort de Leelah, une pétition lancée sur le site Change.org exige l'interdiction de ces thérapies et a d’ores et déjà été signée par près de 200 000 personnes. Un chiffre très élevé, selon la plateforme citoyenne.
Interrogée par CNN, la mère de Leelah persiste à parler de son enfant comme d’un petit garçon. «C’était un bon petit garçon et les gens doivent savoir que nous l’aimions», a-t-elle déclaré. Dans le même entretien, elle a expliqué avoir coupé l’accès aux médias sociaux à son enfant parce qu’elle voulait l’empêcher de lire des choses «inappropriées», sans préciser de quelle nature elles étaient.
Au petit matin du dimanche 28 décembre, avant d’aller chercher la mort sur une bretelle d’autoroute de l’Ohio, Leelah concluait ainsi sa lettre d’adieu : «Ma mort doit être comptée parmi celles des personnes transgenres qui se seront suicidées cette année. Je veux que quelqu’un regarde ce chiffre et se dise "C’est vraiment nul", et décide alors de changer tout cela. Changez la société. S’il vous plaît.»
Johanna LUYSSEN
Dimanche, Leelah Alcorn, une adolescente de 17 ans originaire de Kings Mills, une banlieue résidentielle de Cincinnati (Ohio), s’est jetée sous les roues d’un camion. Repoussée par ses parents parce que transgenre, la jeune fille, née Joshua, a raconté sa courte existence dans une lettre d’adieu, programmée pour être publiée après sa mort et largement médiatisée depuis.
«Pour dire les choses très simplement, je me sens comme une fille enfermée dans un corps de garçon, et je me sens ainsi depuis que j’ai 4 ans, raconte Leelah. Je ne savais pas qu’il y avait un mot pour décrire ce que je ressentais; je savais encore moins qu’il était possible pour un homme de devenir une femme, alors je n’ai rien dit à personne, et j’ai continué à faire des choses de garçon pour essayer de rentrer dans le moule.»
Sur son blog, l’adolescente raconte son coming-out, qui fut très difficile. «Quand j’ai eu 14 ans, j’ai appris ce que c’était être transgenre, et j’ai pleuré de joie. Après dix ans de confusion, j’ai enfin compris qui j’étais. J’en ai tout de suite parlé à ma maman, qui a réagi de façon très négative, en me disant que c’était une phase, que je ne serai jamais vraiment une fille, que Dieu ne se trompe jamais mais que moi, si.» Pensant calmer les choses avec ses parents, Leelah décide de faire son coming-out au lycée en tant que garçon homosexuel, et non pas en tant que transgenre. «La réaction de mes amis fut positive, mais mes parents étaient ennuyés. Ils avaient l’impression que je mettais à mal leur image, que je les embarrassais. Ils voulaient faire de moi leur petit garçon chrétien bien comme il faut […].» Pour la punir, ses parents lui coupent tout accès aux médias sociaux pendant plusieurs mois, lui confisquent ordinateur et téléphone portable, et la changent d’école. «J’ai été absolument seule pendant cinq mois. Pas d’amis, pas de soutien, pas d’amour. Juste la déception de mes parents et la cruauté de la solitude.»
Ses parents lui font effectuer une «thérapie de conversion» qui a pour mission de remettre des personnes transgenres via des entretiens avec des «psycholog«dans le droit chemin» des homosexuels ou ues», le plus souvent chrétiens (le journaliste américain Gabriel Arana, qui en a subi une à l’adolescence, raconte longuement son expérience dans un article édifiant). Ce phénomène est en effet très lié à la droite chrétienne américaine (l’ex-candidate aux primaires républicaines en 2012, Michele Bachmann, a fait financer par les pouvoirs publics une clinique de ce genre à Minneapolis, dirigée par son époux). Les thérapies de conversion ont beau être jugées dangereuses par l’American Psychological Association, elles continuent d’être utilisées par des parents inconscients des dégâts qu’elles peuvent causer. Depuis la mort de Leelah, une pétition lancée sur le site Change.org exige l'interdiction de ces thérapies et a d’ores et déjà été signée par près de 200 000 personnes. Un chiffre très élevé, selon la plateforme citoyenne.
Interrogée par CNN, la mère de Leelah persiste à parler de son enfant comme d’un petit garçon. «C’était un bon petit garçon et les gens doivent savoir que nous l’aimions», a-t-elle déclaré. Dans le même entretien, elle a expliqué avoir coupé l’accès aux médias sociaux à son enfant parce qu’elle voulait l’empêcher de lire des choses «inappropriées», sans préciser de quelle nature elles étaient.
Au petit matin du dimanche 28 décembre, avant d’aller chercher la mort sur une bretelle d’autoroute de l’Ohio, Leelah concluait ainsi sa lettre d’adieu : «Ma mort doit être comptée parmi celles des personnes transgenres qui se seront suicidées cette année. Je veux que quelqu’un regarde ce chiffre et se dise "C’est vraiment nul", et décide alors de changer tout cela. Changez la société. S’il vous plaît.»
Johanna LUYSSEN