métaphysique : problème corps-esprit
Posté : 06 janv.15, 13:12
Bonsoir,
j'ai cru remarquer que beaucoup de forumeur se plaisent à réinventer la métaphysique, et ignorant parfaitement ce qui a déjà été dit et contre-dit. Je vais donc tenter d'écrire une petite introduction à la métaphysique et à son histoire, avec pour fil directeur le problème corps-esprit, c'est à dire, que sont le corps et l'esprit ? et quel relation entretiennent-ils ? (une question indispensable avant de se demander, par exemple, ce qu'il y a après la mort, si les animaux ont une âme, etc)
Je présente principalement les 5 doctrines suivantes :
Descartes - dualisme (le corps et l'esprit sont deux choses différentes)
Spinoza - monisme neutre (le corps et l'esprit sont deux aspects d'une même chose, qui n'est ni le corps, ni l'esprit)
Leibniz - monadisme (l'univers est composé d'une infinité de monades, toutes à l'image de l'univers entier)
Berkeley - monisme spiritualiste (il n'y a rien d'autres que l'esprit)
La Mettrie - monisme matérialiste (il n'y a rien d'autres que la matière)
Vous pouvez très bien ne lire qu'une partie de l'article si le reste ne vous intéresse pas. La partie "moyen-âge", notamment, est surtout une introduction historique et technique. Toutes les réactions sont les bienvenues (question, remarques, prises de parti, ou pourquoi pas correction)
Le Moyen-Âge
Le début du moyen-âge, marqué par la perte de la culture antique, reste influencé (notamment à travers Saint Augustin et les pères de l’Église) par Platon, selon lequel l'âme est une entité intermédiaire entre le monde tel que nous le montre nos sens, toujours changeant et imparfait (auquel appartient les corps) et tel que nous le concevons par notre intellect, parfait et immuable.
Par la suite, l'influence de Aristote, disciple et adversaire de Platon, deviendra dominante. Il sera d'abord redécouvert, traduit et commenté dans le monde musulman, puis dans le monde chrétien. Pour comprendre sa pensée, il me faut introduire un peu de vocabulaire.
Les choses elles-mêmes sont des substances, ayant des attributs. Les attributs qui font que la substance est ce qu'elle est constituent sont essence, les autres sont des accidents. Par exemple, un vase est une substance, qu'il soit creux est un attribut essentiel (s'il ne l'était pas, ce ne serait pas un vase), et qu'il soit transparent est un attribue accidentel (il pourrait très bien être rouge, il n'en serait pas moins un vase).
Chez Aristote, la substance et l'essence (ousia) ne sont pas distingué, mais par commodité, j'adopte le jargon de ses successeurs latins du moyen-âge, qui nous sera encore utile par la suite.
Pour Aristote, chaque substance est composé de sa matière (hylè) et de sa forme (morphè), qui constitue son essence. On appelle cette doctrine hylémorphisme. L'âme (psychè) est chez lui la forme du corps des êtres vivants et ce qui les faits vivre. Ainsi, les animaux et les plantes sont eux aussi doté d'une âme, et celle-ci se dissipe lors de la mort. Par contre, il y a une ambiguïté à propos de l'Esprit (noûs), conçu comme la rationalité universelle, et qui semble distinct de l'âme individuelle.
Chez Averroès, originaire d'Espagne, grand commentateur d'Aristote et plus grand représentant musulman du rationalisme, l'âme individuelle se dissout bien lors de la mort et seul l'Esprit universel, qui est en chacun de nous, survie. Cette doctrine eu une très grande influence dans les universités européennes du moyen-âge, et c'est principalement grâce aux traductions et aux commentaires d'Averroès qu'Aristote fut découvert en Europe.
Thomas d'Aquin, originaire d'Italie, combattit l'influence d'Averroès et offrit une nouvelle interprétation d'Aristote, en accord avec la théologie chrétienne, en faisant du noûs l'âme individuelle et immortelle de la tradition. Sa doctrine gagna progressivement en influence au cours du moyen-âge, jusqu'à devenir la théologie officiel de l’Église catholique de le contre-réforme jusqu'à nos jours.
L'âge classique
Les trois métaphysiciens que je vais ici présenter, Descartes, Spinoza et Leibniz, appartiennent à cette période marqué par les monarchies absolues et les grosses perruques. Sur le plan intellectuel, elle se situe globalement entre la mort des anciennes sciences avec Galilée (dont est contemporain Descartes) et la naissance des sciences modernes avec Newton (dont est contemporain Leibniz). Les penseurs de cette époque chercherons à retrouver des connaissances fiables sur le monde à partir de leur seul raison. On les qualifie donc de rationaliste. Il en ressortira de très riches systèmes métaphysiques et des réponses originales au problème corps-esprits.
Descartes – dualisme
René Descartes, français et sincère catholique, est un intellectuel qui sent toutes les anciennes connaissances vaciller sous ses pieds. Il tente donc de créer une nouvelle science toute entière, et passe sa vie à voyager, réfléchir et débattre avec tous les savants de son époque.
Pour lui, le seul attribut essentiel des corps est d'être étendue dans l'espace, et le seul attribut essentiel des esprits est leur faculté de pensée. Il y a donc pour lui deux sortes de substances, radicalement différentes : les substances étendues, et les substances pensantes. Moi, être rationnel, je suis une substance pensante, et mon corps, une substance étendue. Par contre, pour Descartes, les animaux n'étant pas capable de raisonnement, ils sont tel des machines, uniquement composés de substances étendues.
Le dualisme est la manière la plus intuitive de répondre au problème corps-esprit lorsque l'on met de coté toutes nos connaissances, cependant, il pose un problème majeur : pour que mon esprit ai conscience de la faim lorsque mon corps à faim, et pour que mon corps lève le bras lorsque mon esprit pense à lever le bras, il faut que mon corps et mon esprit interagissent. Or, comment une substance pensante, qui n'est nulle part et qui n'est que pensée, peut-elle interagir avec une substance étendue, qui dans la physique de Descartes ne peut que réagir qu'au contact de quelque chose (dans l'espace, donc) ?
Descartes tente de résoudre le problème en supposant un point de rencontre entre les deux substances, situés, au niveau du corps, dans une glande du cerveau qu'il nomme « glande pinéale », mais cette théorie a été jugé très douteuse. La plupart de ses successeurs, tel Malebranche, en sont venu à croire qu'il n'y avait véritablement aucun contact entre l'esprit et le corps, et que les deux ne se comportaient en concert que parce que Dieu les avaient réglés ainsi.
Spinoza – monisme neutre
Baruch Spinoza, juif hérétique des pays-bas, est un fervent défenseur des idées de Descartes, mais dont il senti l'insuffisance au niveau métaphysique. Il eu une vie ascétique et solitaire, gagnait son pain en nettoyant des lunettes astronomiques, et se tenait informer de ce qui se passait dans le monde, mais sans se montrer ni chercher à agir – tant qu'on le laissait penser librement.
Spinoza pousse la logique de Descartes jusqu'à ses ultimes conséquences, et conclue qu'il n'y a qu'une seule substance dont l'étendue et la pensée sont deux attributs. Ainsi, la pensée et la matière (ou plutôt, l'espace, qui se manifeste par la matière) sont deux aspects d'une même chose, que l'on peut appeler « Dieu » ou « Nature ».
Chaque chose est un « mode » de la substance, se manifestant comme un Corps du coté de l'étendu, et comme une « Idée » du coté de la pensée (l'âme étant l'Idée d'un corps vivant). Ainsi, mon corps et mon esprit son deux aspect d'une même chose, comme les deux faces d'une pièce.
Il faut ajouter de que Dieu/Nature de Spinoza n'est pas anthropomorphe, il n'a aucune finalité, aucune préférence et ne recherche aucun but. Il est aussi entièrement déterminé causalement, cependant, il n'y a pas d'interaction causale d'un attribut à un autre. Chaque pensée est causé par d'autres pensées, et chaque mouvement d'un corps est causé par les mouvements d'autres corps. Ainsi, bien que tous les deux soient parfaitement déterminé, l'esprit et le corps n'ont aucune action l'un sur l'autre. Ils sont tout au plus parallèle, puisque tous les deux reflets d'une même chose.
Leibniz – monadisme
Leibniz est un penseur allemand cherchant à réconcilier catholicisme et protestantisme par la philosophie et la science. Il eu une vie de courtisan très mondain, cherchant plus souvent à rendre sa pensée séduisante qu'à véritablement montrer sa cohérence. Néanmoins, derrière sa poésie conceptuelle se cache un système très inspiré de Spinoza, auquel il tente de proposer une alternative.
Pour Leibniz, il y a une infinité de substances qu'il nomme « monade ». Toutes les monades perçoivent le monde, bien que certaines le fassent sans s'en apercevoir (comme nous lorsque nous sommes inconscient, ou comme les plantes). Les monades douées de conscience son nommée « âme », et les âmes douées de raison sont nommées « esprit », mais il n'y a qu'une différence de degrés entre tous ces niveaux de monades, et non pas une différence radicale et inaltérable comme celle de Descartes entre les substances pensantes et étendues.
Étant simple, c'est à dire, n'étant pas composé d'autres choses, les monades sont éternelles et incorruptibles. Elles n’interagissent jamais, ne se « touchent » ni ne se « voient » jamais, mais se comporte comme si elle le faisait par l'Harmonie préétablie. Chaque monade ne voit donc que ce qui est à l'intérieur d'elle, ainsi, chaque chose est une image de l'Univers tout entier.
Un corps est composé d'une monade centrale, qui est à l'image du corps tout entier, et d'une infinité d'autres corps, eux même tous constitués d'une monade centrale et d'autres corps, etc, à l'infini, notre âme étant donc la monade centrale de notre corps.
La pensée des lumières
La physique de Descartes et le rationalisme classique s’éteignent doucement avec la victoire éclatante de la science Newtonienne. Nos « philosophes des lumières » rejette le rationalisme au profit de l'empirisme, basé non pas sur la raison mais sur l'expérience. Il s'en suis un abandon de la métaphysique : la plupart des grands concepts de l'antiquité avaient disparu au moyen-âge, la distinction entre « accident » et « essence » se dissipe progressivement chez les grands classiques, et chez les lumières, c'est l'idée même de « substance » qui est mise de coté. Le problème corps-esprit tombe lui aussi dans l'ombre, les hommes modernes préférant soit un agnosticisme raisonnable, soit une foi aveugle.
Deux penseurs en marge des lumières, Berkeley et La Mettrie, vont tout de même avancer des solutions assez emblématique au problème, offrant un beau contraste avec les pensées classiques, bien qu'elle soit un peu plus pauvre. Aucun des deux ne fait vraiment partie des « lumières » : le premier est jugé trop religieux, le second, pas assez.
Berkeley – monisme spiritualiste
L’évêque irlandais George Berkeley est l'un de ces religieux conservateurs qui s'opposèrent à la libre-pensée. Pour contrer la monté du matérialisme, il envisagea une métaphysique originale, niant l'existence de la matière. Attaqué de tous les cotés (trop hétérodoxe pour les religieux, pas assez logique pour les philosophes), il renonça à ses idées, et embarque pour l'Amérique, donant son nom à une ville et à sa prestigieuse université.
La doctrine de Berkeley est simple : être, c'est percevoir ou être perçu. Il n'y a donc pour lui que deux types d'êtres, les esprits (humains ou Divin) existant par eux-même, et les idées, n'existant que parce qu'elles apparaissent aux esprits.
Cette théorie est généralement violemment rejeter par les philosophes, qui se sont tous fait un plaisir d'y trouver de nombreuses incohérence, malgré tout, elle réapparaît régulièrement, de manière plus ou moins claire, chez les spiritualistes et les apprenti-métaphysiciens.
L'immatérialisme se retrouve déjà soupçonné dans une étape du raisonnement de Descartes – et c'est de ce raisonnement-ci que Berkeley se revendique. Seulement, il ne le pousse pas jusqu'au bout. Descartes, lorsqu'il envisage que ce perçoivent ses sens puissent n'avoir pas plus de fermeté qu'un rêve, va jusqu'à envisager le solipsisme : c'est à dire, que rien d'autre n'existe que son propre esprit, et que les autres personnes n'existent pas plus que des personnages de rêve. Descartes retourne ensuite à l'objectivité extérieur par l'usage de quelques raisonnements très audacieux, et dont on doute aujourd'hui de la validité (je n'entrerais pas dans les détails), mais Berkeley reste coincé dans un entre-deux.
Une fois que l'on accepte de nier l'extériorité de la matière, il n'y a aucune raison valide de continuer à croire en l'existence d'autres personnes. Et réciproquement, admettre qu'il y ait d'autres esprits dont l'expérience est cohérente avec la nôtre rend assez absurde la négation de l'existence d'un terrain d'expérience commune, qu'on le nomme « matière » ou non.
La Mettrie – monisme matérialiste
La Mettrie est un médecin français, libertin, athée, matérialiste et hédoniste, rejeté par les philosophes des lumières qui le voyaient un peu comme une parodie de leur propre critique de la religion. N'admettant aucun autre but dans la vie que la jouissance, il serait mort d'indigestion après avoir s'être goinfré déraisonnablement.
Descartes, souvenez vous, avait déjà avancé que tous les corps n'étaient pas accompagné d'esprit, seul les êtres rationnels étant des « substances pensantes ». Ainsi, même des êtres qui semblent animés -tels les animaux- peuvent être de simples amas de matière, comparable à des automates. Constatant que le corps de l'homme contient les mêmes mécanismes que le corps des animaux, La Mettrie en conclu que nous sommes nous même des « homme-machine », comparables aux animaux-machines !
Cette solution au problème paraît très intuitive à quiconque s'intéresse au fonctionnement du corps humain, et notamment de son cerveau, et n'a cessé de gagner en importance depuis. Néanmoins, elle est souvent jugé assez grossière par les philosophes, et inapte à rendre raison de notre expérience subjective quotidienne.
Un philosophe actuel, David Chalmers, imagine un argument amusant contre cette théorie, faisant appel au concept de « zombie philosophique ». C'est à dire : un être qui ressemble à un humain, dont le corps est identique à celui d'un humain, et dont le comportement est le même que celui d'un humain, mais qui serait totalement dépourvu de conscience. Je peux en effet parfaitement imaginer, par exemple, ne pas avoir conscience de mon bras, et que celui-ci bouge tout seul, comme une machine. De même, je peux imaginer une personne toute entière qui n'en serait pas une… D'après Chalmers, le monisme matérialiste permet de croire que n'importe qui autour de nous peut être un tel « zombi », ce qui heurte le sens commun.
En ce qui me concerne, je ne suis pas vraiment convaincu par l'argument de Chalmers, mais il me semble tout de même que les idées de La Mettrie offrent une vision du monde incomplète, et ne permettant pas de décrire la totalité de mon expérience intérieure.
On peut aussi remarquer que Berkeley et La Mettrie s'emparent tout deux de morceaux « faciles » de la pensée de Descartes pour construire des doctrines minimales, quitte à laisser quelques zones d'ombres. Spinoza et Leibniz, eux, s'attaquaient aux aspects les plus difficiles de Descartes, et tentaient de les résoudre quel qu'en soit le prix. Ne serait-ce que pour cette noblesse, je préfère les métaphysiciens classiques.
j'ai cru remarquer que beaucoup de forumeur se plaisent à réinventer la métaphysique, et ignorant parfaitement ce qui a déjà été dit et contre-dit. Je vais donc tenter d'écrire une petite introduction à la métaphysique et à son histoire, avec pour fil directeur le problème corps-esprit, c'est à dire, que sont le corps et l'esprit ? et quel relation entretiennent-ils ? (une question indispensable avant de se demander, par exemple, ce qu'il y a après la mort, si les animaux ont une âme, etc)
Je présente principalement les 5 doctrines suivantes :
Descartes - dualisme (le corps et l'esprit sont deux choses différentes)
Spinoza - monisme neutre (le corps et l'esprit sont deux aspects d'une même chose, qui n'est ni le corps, ni l'esprit)
Leibniz - monadisme (l'univers est composé d'une infinité de monades, toutes à l'image de l'univers entier)
Berkeley - monisme spiritualiste (il n'y a rien d'autres que l'esprit)
La Mettrie - monisme matérialiste (il n'y a rien d'autres que la matière)
Vous pouvez très bien ne lire qu'une partie de l'article si le reste ne vous intéresse pas. La partie "moyen-âge", notamment, est surtout une introduction historique et technique. Toutes les réactions sont les bienvenues (question, remarques, prises de parti, ou pourquoi pas correction)
Le Moyen-Âge
Le début du moyen-âge, marqué par la perte de la culture antique, reste influencé (notamment à travers Saint Augustin et les pères de l’Église) par Platon, selon lequel l'âme est une entité intermédiaire entre le monde tel que nous le montre nos sens, toujours changeant et imparfait (auquel appartient les corps) et tel que nous le concevons par notre intellect, parfait et immuable.
Par la suite, l'influence de Aristote, disciple et adversaire de Platon, deviendra dominante. Il sera d'abord redécouvert, traduit et commenté dans le monde musulman, puis dans le monde chrétien. Pour comprendre sa pensée, il me faut introduire un peu de vocabulaire.
Les choses elles-mêmes sont des substances, ayant des attributs. Les attributs qui font que la substance est ce qu'elle est constituent sont essence, les autres sont des accidents. Par exemple, un vase est une substance, qu'il soit creux est un attribut essentiel (s'il ne l'était pas, ce ne serait pas un vase), et qu'il soit transparent est un attribue accidentel (il pourrait très bien être rouge, il n'en serait pas moins un vase).
Chez Aristote, la substance et l'essence (ousia) ne sont pas distingué, mais par commodité, j'adopte le jargon de ses successeurs latins du moyen-âge, qui nous sera encore utile par la suite.
Pour Aristote, chaque substance est composé de sa matière (hylè) et de sa forme (morphè), qui constitue son essence. On appelle cette doctrine hylémorphisme. L'âme (psychè) est chez lui la forme du corps des êtres vivants et ce qui les faits vivre. Ainsi, les animaux et les plantes sont eux aussi doté d'une âme, et celle-ci se dissipe lors de la mort. Par contre, il y a une ambiguïté à propos de l'Esprit (noûs), conçu comme la rationalité universelle, et qui semble distinct de l'âme individuelle.
Chez Averroès, originaire d'Espagne, grand commentateur d'Aristote et plus grand représentant musulman du rationalisme, l'âme individuelle se dissout bien lors de la mort et seul l'Esprit universel, qui est en chacun de nous, survie. Cette doctrine eu une très grande influence dans les universités européennes du moyen-âge, et c'est principalement grâce aux traductions et aux commentaires d'Averroès qu'Aristote fut découvert en Europe.
Thomas d'Aquin, originaire d'Italie, combattit l'influence d'Averroès et offrit une nouvelle interprétation d'Aristote, en accord avec la théologie chrétienne, en faisant du noûs l'âme individuelle et immortelle de la tradition. Sa doctrine gagna progressivement en influence au cours du moyen-âge, jusqu'à devenir la théologie officiel de l’Église catholique de le contre-réforme jusqu'à nos jours.
L'âge classique
Les trois métaphysiciens que je vais ici présenter, Descartes, Spinoza et Leibniz, appartiennent à cette période marqué par les monarchies absolues et les grosses perruques. Sur le plan intellectuel, elle se situe globalement entre la mort des anciennes sciences avec Galilée (dont est contemporain Descartes) et la naissance des sciences modernes avec Newton (dont est contemporain Leibniz). Les penseurs de cette époque chercherons à retrouver des connaissances fiables sur le monde à partir de leur seul raison. On les qualifie donc de rationaliste. Il en ressortira de très riches systèmes métaphysiques et des réponses originales au problème corps-esprits.
Descartes – dualisme
René Descartes, français et sincère catholique, est un intellectuel qui sent toutes les anciennes connaissances vaciller sous ses pieds. Il tente donc de créer une nouvelle science toute entière, et passe sa vie à voyager, réfléchir et débattre avec tous les savants de son époque.
Pour lui, le seul attribut essentiel des corps est d'être étendue dans l'espace, et le seul attribut essentiel des esprits est leur faculté de pensée. Il y a donc pour lui deux sortes de substances, radicalement différentes : les substances étendues, et les substances pensantes. Moi, être rationnel, je suis une substance pensante, et mon corps, une substance étendue. Par contre, pour Descartes, les animaux n'étant pas capable de raisonnement, ils sont tel des machines, uniquement composés de substances étendues.
Le dualisme est la manière la plus intuitive de répondre au problème corps-esprit lorsque l'on met de coté toutes nos connaissances, cependant, il pose un problème majeur : pour que mon esprit ai conscience de la faim lorsque mon corps à faim, et pour que mon corps lève le bras lorsque mon esprit pense à lever le bras, il faut que mon corps et mon esprit interagissent. Or, comment une substance pensante, qui n'est nulle part et qui n'est que pensée, peut-elle interagir avec une substance étendue, qui dans la physique de Descartes ne peut que réagir qu'au contact de quelque chose (dans l'espace, donc) ?
Descartes tente de résoudre le problème en supposant un point de rencontre entre les deux substances, situés, au niveau du corps, dans une glande du cerveau qu'il nomme « glande pinéale », mais cette théorie a été jugé très douteuse. La plupart de ses successeurs, tel Malebranche, en sont venu à croire qu'il n'y avait véritablement aucun contact entre l'esprit et le corps, et que les deux ne se comportaient en concert que parce que Dieu les avaient réglés ainsi.
Spinoza – monisme neutre
Baruch Spinoza, juif hérétique des pays-bas, est un fervent défenseur des idées de Descartes, mais dont il senti l'insuffisance au niveau métaphysique. Il eu une vie ascétique et solitaire, gagnait son pain en nettoyant des lunettes astronomiques, et se tenait informer de ce qui se passait dans le monde, mais sans se montrer ni chercher à agir – tant qu'on le laissait penser librement.
Spinoza pousse la logique de Descartes jusqu'à ses ultimes conséquences, et conclue qu'il n'y a qu'une seule substance dont l'étendue et la pensée sont deux attributs. Ainsi, la pensée et la matière (ou plutôt, l'espace, qui se manifeste par la matière) sont deux aspects d'une même chose, que l'on peut appeler « Dieu » ou « Nature ».
Chaque chose est un « mode » de la substance, se manifestant comme un Corps du coté de l'étendu, et comme une « Idée » du coté de la pensée (l'âme étant l'Idée d'un corps vivant). Ainsi, mon corps et mon esprit son deux aspect d'une même chose, comme les deux faces d'une pièce.
Il faut ajouter de que Dieu/Nature de Spinoza n'est pas anthropomorphe, il n'a aucune finalité, aucune préférence et ne recherche aucun but. Il est aussi entièrement déterminé causalement, cependant, il n'y a pas d'interaction causale d'un attribut à un autre. Chaque pensée est causé par d'autres pensées, et chaque mouvement d'un corps est causé par les mouvements d'autres corps. Ainsi, bien que tous les deux soient parfaitement déterminé, l'esprit et le corps n'ont aucune action l'un sur l'autre. Ils sont tout au plus parallèle, puisque tous les deux reflets d'une même chose.
Leibniz – monadisme
Leibniz est un penseur allemand cherchant à réconcilier catholicisme et protestantisme par la philosophie et la science. Il eu une vie de courtisan très mondain, cherchant plus souvent à rendre sa pensée séduisante qu'à véritablement montrer sa cohérence. Néanmoins, derrière sa poésie conceptuelle se cache un système très inspiré de Spinoza, auquel il tente de proposer une alternative.
Pour Leibniz, il y a une infinité de substances qu'il nomme « monade ». Toutes les monades perçoivent le monde, bien que certaines le fassent sans s'en apercevoir (comme nous lorsque nous sommes inconscient, ou comme les plantes). Les monades douées de conscience son nommée « âme », et les âmes douées de raison sont nommées « esprit », mais il n'y a qu'une différence de degrés entre tous ces niveaux de monades, et non pas une différence radicale et inaltérable comme celle de Descartes entre les substances pensantes et étendues.
Étant simple, c'est à dire, n'étant pas composé d'autres choses, les monades sont éternelles et incorruptibles. Elles n’interagissent jamais, ne se « touchent » ni ne se « voient » jamais, mais se comporte comme si elle le faisait par l'Harmonie préétablie. Chaque monade ne voit donc que ce qui est à l'intérieur d'elle, ainsi, chaque chose est une image de l'Univers tout entier.
Un corps est composé d'une monade centrale, qui est à l'image du corps tout entier, et d'une infinité d'autres corps, eux même tous constitués d'une monade centrale et d'autres corps, etc, à l'infini, notre âme étant donc la monade centrale de notre corps.
La pensée des lumières
La physique de Descartes et le rationalisme classique s’éteignent doucement avec la victoire éclatante de la science Newtonienne. Nos « philosophes des lumières » rejette le rationalisme au profit de l'empirisme, basé non pas sur la raison mais sur l'expérience. Il s'en suis un abandon de la métaphysique : la plupart des grands concepts de l'antiquité avaient disparu au moyen-âge, la distinction entre « accident » et « essence » se dissipe progressivement chez les grands classiques, et chez les lumières, c'est l'idée même de « substance » qui est mise de coté. Le problème corps-esprit tombe lui aussi dans l'ombre, les hommes modernes préférant soit un agnosticisme raisonnable, soit une foi aveugle.
Deux penseurs en marge des lumières, Berkeley et La Mettrie, vont tout de même avancer des solutions assez emblématique au problème, offrant un beau contraste avec les pensées classiques, bien qu'elle soit un peu plus pauvre. Aucun des deux ne fait vraiment partie des « lumières » : le premier est jugé trop religieux, le second, pas assez.
Berkeley – monisme spiritualiste
L’évêque irlandais George Berkeley est l'un de ces religieux conservateurs qui s'opposèrent à la libre-pensée. Pour contrer la monté du matérialisme, il envisagea une métaphysique originale, niant l'existence de la matière. Attaqué de tous les cotés (trop hétérodoxe pour les religieux, pas assez logique pour les philosophes), il renonça à ses idées, et embarque pour l'Amérique, donant son nom à une ville et à sa prestigieuse université.
La doctrine de Berkeley est simple : être, c'est percevoir ou être perçu. Il n'y a donc pour lui que deux types d'êtres, les esprits (humains ou Divin) existant par eux-même, et les idées, n'existant que parce qu'elles apparaissent aux esprits.
Cette théorie est généralement violemment rejeter par les philosophes, qui se sont tous fait un plaisir d'y trouver de nombreuses incohérence, malgré tout, elle réapparaît régulièrement, de manière plus ou moins claire, chez les spiritualistes et les apprenti-métaphysiciens.
L'immatérialisme se retrouve déjà soupçonné dans une étape du raisonnement de Descartes – et c'est de ce raisonnement-ci que Berkeley se revendique. Seulement, il ne le pousse pas jusqu'au bout. Descartes, lorsqu'il envisage que ce perçoivent ses sens puissent n'avoir pas plus de fermeté qu'un rêve, va jusqu'à envisager le solipsisme : c'est à dire, que rien d'autre n'existe que son propre esprit, et que les autres personnes n'existent pas plus que des personnages de rêve. Descartes retourne ensuite à l'objectivité extérieur par l'usage de quelques raisonnements très audacieux, et dont on doute aujourd'hui de la validité (je n'entrerais pas dans les détails), mais Berkeley reste coincé dans un entre-deux.
Une fois que l'on accepte de nier l'extériorité de la matière, il n'y a aucune raison valide de continuer à croire en l'existence d'autres personnes. Et réciproquement, admettre qu'il y ait d'autres esprits dont l'expérience est cohérente avec la nôtre rend assez absurde la négation de l'existence d'un terrain d'expérience commune, qu'on le nomme « matière » ou non.
La Mettrie – monisme matérialiste
La Mettrie est un médecin français, libertin, athée, matérialiste et hédoniste, rejeté par les philosophes des lumières qui le voyaient un peu comme une parodie de leur propre critique de la religion. N'admettant aucun autre but dans la vie que la jouissance, il serait mort d'indigestion après avoir s'être goinfré déraisonnablement.
Descartes, souvenez vous, avait déjà avancé que tous les corps n'étaient pas accompagné d'esprit, seul les êtres rationnels étant des « substances pensantes ». Ainsi, même des êtres qui semblent animés -tels les animaux- peuvent être de simples amas de matière, comparable à des automates. Constatant que le corps de l'homme contient les mêmes mécanismes que le corps des animaux, La Mettrie en conclu que nous sommes nous même des « homme-machine », comparables aux animaux-machines !
Cette solution au problème paraît très intuitive à quiconque s'intéresse au fonctionnement du corps humain, et notamment de son cerveau, et n'a cessé de gagner en importance depuis. Néanmoins, elle est souvent jugé assez grossière par les philosophes, et inapte à rendre raison de notre expérience subjective quotidienne.
Un philosophe actuel, David Chalmers, imagine un argument amusant contre cette théorie, faisant appel au concept de « zombie philosophique ». C'est à dire : un être qui ressemble à un humain, dont le corps est identique à celui d'un humain, et dont le comportement est le même que celui d'un humain, mais qui serait totalement dépourvu de conscience. Je peux en effet parfaitement imaginer, par exemple, ne pas avoir conscience de mon bras, et que celui-ci bouge tout seul, comme une machine. De même, je peux imaginer une personne toute entière qui n'en serait pas une… D'après Chalmers, le monisme matérialiste permet de croire que n'importe qui autour de nous peut être un tel « zombi », ce qui heurte le sens commun.
En ce qui me concerne, je ne suis pas vraiment convaincu par l'argument de Chalmers, mais il me semble tout de même que les idées de La Mettrie offrent une vision du monde incomplète, et ne permettant pas de décrire la totalité de mon expérience intérieure.
On peut aussi remarquer que Berkeley et La Mettrie s'emparent tout deux de morceaux « faciles » de la pensée de Descartes pour construire des doctrines minimales, quitte à laisser quelques zones d'ombres. Spinoza et Leibniz, eux, s'attaquaient aux aspects les plus difficiles de Descartes, et tentaient de les résoudre quel qu'en soit le prix. Ne serait-ce que pour cette noblesse, je préfère les métaphysiciens classiques.