pauline.px a écrit :Au sujet de votre : <<<La caractéristique de la démarche scientifique, c'est que tout doit être prédictif, réfutable, et s'appuyer par inférences sur des connaissances précédentes obtenues de la même manière >>>
Vous employez le verbe "devoir" et c'est justement là un talon d'Achille. L'épistémologie évoque une science idéale dont il faudrait démontrer l'existence, je ne crois qu'en une science humaine, historique et sociale, et nécessairement approximative. Il n'est pas nécessaire à la science idéale que l'inférence et l'induction soient productive de nouveaux résultats. Sauf démontration que j'ignore, la science idéale peut se heurter à des obstacles définitifs. L'arithmétique connaît des énoncés indémontrables, ce qui signifie que notre stock d'axiomes aussi subtils soient-ils n'est pas nécessairement capable de tout départir en vrai ou faux.
Les expériences de type EPR, je crois, suggèrent qu'en amont des fonctions probabilistes de la mécanique quantique il n'existe pas les fameux "paramètres cachés" espérés par Einstein. N'y a-t-il pas là un risque pour la science idéale d'une ignorance gigantesque ? Évidemment, ces deux exemples ne sont pas définitifs ils ne servent qu'à alimenter le soupçon d'une impuissance irréductible.
C'est tout à fait exact.
Thomas Kuhn (notamment dans
La Structure des révolutions scientifiques)(1) a décrit les phénomènes sociologiques pouvant avoir lieu au sein de la communauté scientifique, la manière dont un paradigme plus efficace que le précédent pouvait s'imposer progressivement,
et la manière également dont peuvent cohabiter (au moins pour un moment) deux réalités scientifiques divergentes.
Tout cela montre bien que la
science ne décrit pas une vérité absolue mais établit un discours perfectible sur les manifestations du réel, lequel est contraint par le filtre cognitif du sujet.
Toutefois croire que le fait que la nature humaine altère la rigueur idéalement conçue de la méthode scientifique disqualifie partiellement le caractère épistémologique (au sens fort) de son exercice (sous entendu pour laisser la place à des formes alternative de constitution de vérités) est une erreur.
J'improvise une petite fable pour illustrer ce qu'il me semble que Pauline tente de suggérer :
Discussion autour de la question de la bonne manière pour bien tirer à l'arc :
- Scientifique : Pour bien tirer à l'arc, il faut être ferme sur ses jambes, respirer lentement, regarder sa cible, faire attention au vent [...] L'objectif est de faire en sorte que la flèche touche le centre de la cible.
- Pauline : Moi aussi j'ai cru en cette méthode jadis. Mais je constate qu'elle ne permet pas de toucher toujours le centre de la cible. Ma méthode à moi, c'est de fermer les yeux
et de m'imaginer que la flèche vole par elle-même dans les airs jusqu'à atteindre le centre de la cible. Si quand j'ouvre les yeux je constate qu'elle ne l'a pas encore fait, je referme les yeux,
et ainsi de suite jusqu'à ce que la flèche ait atteint le centre de la cible.
- Scientifique : Je ne suis pas certain que cette méthode soit très efficace. Déjà les flèches ne volent pas par elles-mêmes. Il faut l'action d'une force physique. [...]
- Pauline : Ce que je constate, c'est que plusieurs archers ont des méthodes différentes, ne sont pas d'accord entre eux
et ne font pas mouche à tous les coups, loin de là. Par exemple, j'ai lu un article où un archer qui tirait à quatorze kilomètres de la cible a loupé le centre de huit énormes centimètres. Pourquoi dans ces conditions disqualifier ma méthode, qui fonctionnerait même si la cible était sur la lune ? (Puisque je parviens à visualiser la cible sur la lune
et la flèche faire le trajet depuis la terre.)
- Scientifique : en attendant, je ne constate pas l'efficacité de votre méthode.
- Pauline : oui, mais vous ne pouvez pas conclure à son inefficacité, ni dire que la vôtre est meilleure.
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(1) Kuhn Thomas,
The Structure of Scientific Revolutions [1962, éd. revue
et augmentée 1970], trad. fr. Meyer Laure,
La Structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1983.