Coemgen a écrit : 26 juin26, 04:26 Bonjour Prisca,
Un cadre très restrictif où il définit lui-même ce qui est censé être "observable", ce qui n'est pas neutre.
@ Coemgen,
Justement, je ne définis pas arbitrairement ce qui est observable. Je demande systématiquement : que se présente-t-il concrètement ? Qu'est-ce qui est effectivement identifiable ? Qu'est-ce qui se vérifie ?
Si tu estimes que je retiens ou écarte certains éléments à tort, montre-le précisément en décrivant ce qui se présente et que j'aurais omis.
En revanche, si tu introduis des entités, des causes, des principes ou des réalités qui ne se présentent pas eux-mêmes, c'est toi qui ajoutes quelque chose à ce qui est observé. Ce n'est pas une observation supplémentaire, c'est une interprétation ou un postulat.
La démarche n'est donc pas de définir à l'avance ce qui est observable, mais de partir de ce qui se présente effectivement et de demander, pour chaque affirmation supplémentaire, ce qui permet de l'identifier ou de la vérifier dans l'expérience. C'est une démarche descriptive, pas une démarche explicative. Elle ne consiste pas à exclure arbitrairement des phénomènes, mais à distinguer ce qui est effectivement donné de ce qui est ajouté pour l'expliquer.
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Ajouté 14 heures 48 minutes 3 secondes après :
Vers une épistémologie empiriste stricte
1. Point de départ : ce qui se présente :
La démarche empiriste stricte ne consiste pas à soutenir une thèse sur le monde, mais à s'en tenir à ce qui se présente comme il se présente. Elle ne dit pas ce qu'est le monde, elle dit ce à quoi l'on peut se référer quand on parle du monde.
Ce qui se présente est ce qui est donné dans l'expérience : une couleur, un son, une forme, une température, une régularité constatée. Cela n'implique concrètement aucun sujet, aucun observateur, aucune conscience. Il n'y a pas un « quelqu'un » à qui les choses se présenteraient. Il y a des constatations, des manifestations, des faits.
2. La distinction fondamentale :
Toute affirmation peut être située sur une ligne de partage :
Empirie ←|→ Théorie
Connaissance empirique ←|→ Savoir théorique ou croyance
Observation ←|→ Interprétation
Description ←|→ Explication
Constat ←|→ Postulat
Montrer ←|→ Démontrer ou baratiner
Comment cela se présente-t-il ? ←|→ Comment cela se fait-il ?
S'en tenir à ce qui se présente ←|→ Ajouter des entités postulées
Cette distinction n'est pas théorique. Elle est constatable dans la pratique même de l'observation : on peut, à chaque fois, montrer ce qui relève du donné et ce qui relève de l'ajout.
3. Connaître, savoir, croire :
Il convient de distinguer trois registres :
1) Connaître : ce qui est fondé sur l'observation directe, ce qui peut être montré dans l'expérience. Exemple : « le thermomètre indique 20°C. »
Connaître se caractérise par :
- des observations concrètes,
- le fait que c'est montrable,
- le fait que c'est vérifiable
C'est ce que « Je constate »
2) Savoir : ce qui est tenu pour vrai sur la base d'une théorie ou d'une démonstration. On distinguera deux types :
- a) les savoirs purement formels (logico-mathématiques) : ils sont vrais par convention ou par déduction interne.
Exemple : « 2 + 2 = 4. »
- b) les savoirs scientifiques : ils sont construits à partir d'hypothèses et de modèles, et sont toujours susceptibles d'être révisés.
Exemple : « la température est une mesure de l'agitation moléculaire. »
Savoir se caractérise par :
- des inférences qui sont des démonstrations
- du démontrable
- le fait que c'est cohérent ou déductible
C'est ce que « Je démontre »
3) Croire : ce qui est tenu pour vrai sans fondement empirique ni démonstration, par intuition, tradition ou adhésion. Exemple : « l'âme est immortelle. »
Croire ce caractérise par :
- une adhésion sans preuve
- une absence de preuve concrète ou une incapacité à démontrer
- du postulé invérifiable
C'est ce que « Je crois »
4. La règle de la démarche :
Une affirmation n'est recevable, dans le débat sur les faits, que si elle peut être confrontée à ce qui se présente.
Cela signifie :
- qu'elle doit pouvoir être vérifiée ou infirmée par l'expérience,
- que les entités ou principes qu'elle postule doivent trouver, dans ce qui se donne, une contrepartie identifiable : une qualité, une relation, une régularité, une mesure.
À défaut, l'affirmation est une construction verbale sans prise sur le réel. Elle peut être belle, poétique, voire émouvante, mais elle ne relève pas de la connaissance empirique.
5. Réponse aux objections :
Objection : certaines expériences sont incommunicables.
L'argument de l'expérience incommunicable a une portée limitée. Il peut protéger la réalité d'un vécu singulier contre la négation pure et simple. Mais il ne protège pas les théories qu'on y greffe. Dès qu'une thèse est formulée publiquement, elle devient un objet de discussion. La question n'est pas de savoir si le fait est accessible à tous, elle est de savoir si l'affirmation peut être rattachée à quelque chose d'effectivement donné.
Objection : la triple distinction est elle-même théorique.
Elle n'est pas un postulat. Elle est constatable dans la pratique : on peut observer ce qui se présente, observer les descriptions qu'on en fait, et observer l'écart avec ce qu'on ajoute. La distinction se montre, elle ne s'impose pas.
Objection : on ne peut pas échapper à ses préjugés.
L'empiriste ne prétend pas échapper aux biais. Il prétend simplement ne pas en ajouter d'inutiles, et ne pas les prendre pour ce qui se présente. Ce n'est pas une garantie, c'est une discipline.
Conclusion provisoire :
L'empirisme strict ne promet pas d'accéder à une vérité ultime. Il offre un moyen de distinguer ce qui est effectif de ce qui ne l'est pas. Il invite à regarder ce qui se montre, à décrire ce que l'on constate, et à mesurer l'écart entre ce qui se donne et ce qu'on en dit.
Il s'accorde avec une épistémologie modeste, mais solide. Il ne dit pas ce qu'est le monde, il dit ce à quoi l'on peut se référer quand on parle du monde. (Et peut-être est-ce déjà beaucoup.)
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