regnatvivus a écrit :
Je veux bien dire que Dieu est compatissant, mais je ne peux pas dire que Dieu souffre. C'est une innovation récente du protestantisme libéral. Un Dieu qui n'est absolument impassible et immuable n'est plus Dieu. Saint Thomas d'Aquin passe des pages et des pages à prouver que l'incarnation et la passion du Fils n'impliquent aucun changement ni aucune passion dans la nature divine, alors je ne vais pas soutenir contre toute la tradition de l'Eglise que Dieu souffre dans sa nature divine.
Je pense que saint Thomas peut nous mettre d'accord. "La miséricorde doit être attribuée à Dieu au plus haut point, mais selon ses effets, non selon une émotion qui relève de la passion."
Ia Q21
ARTICLE 3 : Trouve-t-on en Dieu la miséricorde ?
Objections :
1. Il semble que la miséricorde ne convienne pas à Dieu, car elle est une espèce de la tristesse, selon le Damascène 1. Mais il n'y a pas de tristesse en Dieu.
2. La miséricorde est un relâchement de la justice. Mais Dieu ne peut négliger ce qui relève de sa justice, car S. Paul écrit (2 Tm 2, 13) : " Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. " Et comme l'observe la Glose, Dieu se renierait lui-même, s'il reniait ses paroles.
En sens contraire, il est dit dans le Psaume (111, 4) : " Le Seigneur est compatissant et miséricordieux. "
Réponse : La miséricorde doit être attribuée à Dieu au plus haut point, mais selon ses effets, non selon une émotion qui relève de la passion. Pour l'établir il faut considérer qu'être miséricordieux, c'est avoir en quelque sorte un coeur misérable, c'est-à-dire affecté de tristesse à la vue de la misère d'autrui comme s'il s'agissait de la sienne propre.
Il s'ensuit qu'on s'efforce de faire cesser la misère du prochain comme on ferait pour la sienne, et tel est l'effet de la miséricorde. Donc, s'attrister de la misère d'autrui ne convient pas à Dieu ; mais faire cesser cette misère lui convient par excellence, si nous entendons par misère une déficience quelconque. Or les déficiences sont supprimées par l'octroi de quelque bonté, et l'on a montré précédemment que Dieu est la source première de toute bonté.
Mais il faut prendre garde que faire largesse aux choses de leurs perfections relève à la fois de la bonté de Dieu, de sa justice, de sa libéralité et de sa miséricorde, mais sous divers rapports. L'octroi des perfections, en lui-même relève de la bonté, ainsi qu'on l'a fait voir. Mais que les perfections soient octroyées par Dieu aux choses selon leur mérite, cela relève, comme on l'a dit, de la justice Qu'en outre Dieu octroie aux choses leurs perfections non pour sa propre utilité mais uniquement parce qu'il est bon, cela relève de la libéralité. Enfin, que ces perfections octroyées par Dieu aux choses y suppriment toute déficience, cela relève de sa miséricorde.
Solutions :
1. Cette objection ne porte que sur la miséricorde au sens d'émotion passionnelle.
2. Dieu agit miséricordieusement, non certes en faisant quoi que ce soit de contraire à sa justice, mais en accomplissant quelque chose qui dépasse la justice. Il en est comme de celui qui, devant cent deniers, en donne deux cents en prenant sur ce qui lui appartient. Cet homme n'agit pas contre la justice, mais il agit, selon le cas, par libéralité ou par miséricorde. De même celui qui remet une offense commise envers lui ; car celui qui remet quelque chose le donne en quelque manière ; aussi l'Apôtre (Ep. 4,33) appelle-t-il la rémission un don, ou un pardon : " Pardonnez-vous les uns aux autres, comme le Christ vous a pardonné. " On voit par là que la miséricorde ne supprime pas la justice, mais est en quelque sorte une plénitude de justice. C'est ce qui fait dire à S. Jacques (2,13 Vg) : " La miséricorde exalte le jugement au-dessus de lui-même. "