ronronladouceur a écrit : 08 juin26, 14:53
D’un ancien qui disait que le chemin commence où l’on croit qu’il finit : ''Quand tu arrives au bord du monde, regarde encore : c’est peut‑être là que le regard vrai commence.''
C'est une jolie formule.
Mais je ne sais pas ce qu'elle signifie.
Que désigne exactement le « bord du monde » ?
Qu'est-ce que le « regard vrai » ?
Que constate-t-on lorsqu'il commence ?
Que se présente-t-il alors de différent ?
Car tant que ces expressions ne sont pas décrites, elles peuvent accueillir à peu près n'importe quelle interprétation.
Chacun peut y projeter ce qu'il veut.
Pour l'un ce sera Dieu.
Pour l'autre l'éveil.
Pour un troisième une intuition métaphysique.
Pour un quatrième un simple changement de perspective.
Et c'est précisément ce qui me rend prudent.
Les formules mystérieuses donnent souvent l'impression d'une profondeur parce qu'elles sont vagues.
Mais une fois qu'on demande ce qu'elles décrivent exactement, il ne reste parfois qu'une image poétique.
Je ne dis pas qu'elles sont sans intérêt.
Je dis simplement qu'une formule n'est pas encore une description.
Et que ce qui m'intéresse, ce n'est pas le prestige du mystère.
C'est ce qui se présente effectivement.
Si un « regard vrai » commence quelque part, alors qu'est-ce qui se présente exactement lorsque ce regard commence ?
C'est cela que j'aimerais voir décrit.
C'est au fond souvent la même situation :
Ne me dis pas qu'il y a quelque chose d'extraordinaire au bout du chemin.
Décris ce qui se présente.
Je n'observe rien de tel qu'un monde ou qu'un bord du monde.
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Ajouté 3 heures 30 minutes 44 secondes après :
Les théories, les croyances, les concepts et les récits font eux aussi partie de ce qui se présente.
Ils apparaissent comme des discours, des habitudes langagières, formules, définitions et des associations de représentations (notions).
Ils s'observent comme n'importe quel autre phénomène.
Mais je ne les confonds pas pour autant avec ce qu'ils prétendent désigner.
- Le mot "Dieu" se présente.
- L'idée de Dieu se présente.
- Les représentations associées à Dieu se présentent.
- Les discours sur Dieu se présentent.
- Mais Dieu lui-même ne se présente pas.
Et c'est précisément cette distinction qui m'intéresse.
De même, les théories explicatives se présentent comme des constructions langagières, des systèmes de représentation et des habitudes de pensée.
Elles font partie de l'expérience au même titre que les autres phénomènes.
Mais cela ne signifie pas que les entités qu'elles invoquent se présentent elles aussi dans l'expérience.
C'est pourquoi je distingue constamment ce qui apparaît de ce qui est postulé et est censé exister.
Le reste consiste généralement à prendre des représentations pour ce qu'elles représentent.
Quand je dis que bien que postulant des entités creuses, les théories font partie de ce qui se présentent comme il se présente, cela retourne l'objection habituelle selon laquelle je nierais l'existence des discours métaphysiques, religieux ou théoriques.
En effet, je les intègre dans le champ des phénomènes :
Ce qui se présente, ce ne sont pas les entités postulées, ce sont leurs postulations sous formes d'énoncés, par les mots, les concepts, les croyances et les représentations elles-mêmes.
Une subtilité qui échappe à beaucoup de critiques.
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