Au précédent post, j’en étais resté au fait
qu’aucun verset du Coran ne dit explicitement qu'il y a eu falsification du texte de la Tora ou de l’Evangile. Certains musulmans ont l'honnêteté de le reconnaître, mais la plupart évite le sujet et pratiquement tous tentent de « contrattaquer » en élargissant le débat sur la « falsification de la Bible par les chrétiens » dans le genre des interventions de
Hopehaeven ou
elmakoudi. On peut en débattre, mais le sujet est la théorie de la falsification de la Tora et de l'Injil selon le Coran (voir le post 1 de
Triple X).
Ce que dit le Coran est précisément une accusation de
dissimulation ou
d’altération ou de
détournement des paroles.
Rien de plus. Le caractère volontaire de ces actions bien affirmé dans le Coran, mais il ne s’agit jamais d’actes sur des textes ou des écrits. Ce qui est dit dans le Coran ne correspond pas à ce qu’on appelle « falsification » dans la langue française. L’intention est là, mais l’action de modifier un écrit ou un texte n’étant pas précisée,
le corps du délit est absent.
Notre traduction du Coran (Les grands thèmes du Coran. Classement thématique par Jean Luc Monneret. Ed Dervy. ISBN : 2-84454-241-7) faits le grand écart entre un texte du Coran où ne figure
jamais le mot "falsification" et des notes abondantes sur la « falsification des Ecritures » par les Juifs et les Chrétiens. Nous avons également montré que l’emploi du mot « falsification » était abusif et nous supposons que cet emploi abusif est volontaire, car nous ne doutons pas que la Mosquée de Paris ait une maîtrise parfaite de la langue française. Nous avons donné de façon assez objective un extrait de ces 26 notes du même ouvrage dans ce précédent post.
Cette situation assez paradoxale «
aucun verset du Coran, mais une doctrine développée » a cependant une logique. Elle s’explique par la théorie des « textes perdus » et ensuite par la « théorie des écrit perdus ». Nous allons citer les versets qui permettent de fonder ces deux théories
à partir du texte du Coran et ensuite nous ferons un commentaire et une conclusion.
1. La théorie des « textes perdus » : 4 versets
7.157 : « à ceux qui suivront l’Envoyé, qui est le Prophète illettré qu’ils trouvent
mentionné chez eux dans la Tora et l’Evangile, et il leur ordonne le bien et leur interdit le mal, leur permet l’usage des excellents aliments et déclare illicite ce qui est impur. Il allège les contraintes et les carcans qui les accablaient. Ceux qui croiront en lui et l’assisteront, qui suivront la lumière descendue avec lui, ceux-là seront les bienheureux. »
61.6 : « Jésus fils de Marie dit : « Ô enfants d’Israël je suis vraiment l’envoyé de Dieu auprès de vous ! Je viens confirmer ce qui était dans la Tora avant moi et
annoncer la venue après moi d’un Messager dont le nom sera Ahmad. » Mais lorsque celui-ci vint à eux avec des preuves certaines ils s’écrièrent : « C’est de la magie évidente ! »
26.195-197 : « Révélation faite en langue arabe claire,
déjà mentionnée dans les Ecrits des anciens messagers. N’est-ce pas pour eux un signe que les docteurs des enfants d’Israël en soient informés ? «
46.10 : « Dis : « Que direz-vous si ce Coran vient de Dieu et que vous n’y ajoutez aucune foi alors qu’un témoin parmi les fils d’Israël atteste sa conformité avec la Tora et qu’il y croit quand vous le rejetez avec orgueil ? Dieu ne guide pas un peuple injuste ! »
2. La théorie des écrits « perdus » : 2 versets
53.36-37 : « Ne lui avons-nous enseigné ce qui est consigné dans les
feuillets de Moïse et dans ceux d’Abraham qui était fidèle à ses engagements et disait que nulle âme portera le fardeau de l’autre. »
87.18-19 : « Ceci se trouve dans les Feuillets anciens,
les Feuillets d’Abraham et de Moïse. »
Commentaire
La théorie des « textes perdus » repose d’abord sur deux versets très explicites : 7.157 et 61.6 qui affirment que Muhammad ou ‘Ahmad est mentionné dans la Tora et l’Evangile. Cela est déjà suffisant. Les Ecrits anciens peuvent être assimilés aux Ecritures anciennes : zubur, pluriel zabûr, écrits. Cette dénomination très générale est utilisée pour les psaumes de David. Acceptons donc qu’il s’agisse d’une mention de la Tora – selon l’usage des musulmans. Le verset 46.10 ne semble par en rapport avec le thème des « textes perdus », mais nous l’avons conservé puisqu’il figure dans notre source (Dieu des Chrétiens, Dieu des Musulmans. François Jourdan. Ed : L’Oeuvre spirituelle. ISBN : 978-2-35631-002-6)
Les Feuillets de Moïse et d’Abraham ne sont mentionnés dans cette dénomination complète que deux fois dans le Coran,
mais c’est suffisant. L’examen du mot arabe : feuillets, suhuf ne vient pas éclairer la définition de ce mot qui a trois sens différents sur 7 occurrences (53.36-37, 6.91, 74.49-56, 80.11-16, 81.1-14, 87.18-19 et 98.1-3). Ces trois sens sont : 1. Feuillets de Moïse et d’Abraham, 2. Feuillets dépliés (74.54) du Livre des actes de chacun au Jugement dernier et 3. Feuillets que cachent les Juifs (6.91).
Nous ne ferons ici aucun commentaire critique au fond étant donné que notre objectif est d’abord de saisir comment est fait le
montage intellectuel de la théorie de la falsification par les musulmans.
La note G 4.16 de l’ouvrage cité dit ce qui suit : « Les feuillets de Moïse et d’Abraham,
suhuf sont les écritures antérieures au Coran.
Ce serait un texte disparu qui constituerait la base des règles des trois religions monothéistes. C’est donc là seulement que l’on pouvait trouver des « Ecritures d’une parfaite Vérité » antérieures au Coran. Les omissions, erreurs ou falsifications volontaires ont modifié ce Texte sacré que la Révélation coranique restitue enfin dans toute sa Vérité. » Cette affirmation de l’antériorité de ces écritures et de leur contenu qui « constituerait la base des règles des trois religions monothéistes » ne sort pas du Coran, mais d’un commentaire dont la référence n’est pas donnée (sans doute de la Sunna). Ces commentateurs éclairés semblent savoir ce qu’étaient ces Feuillet de Moïse et d’Abraham et savoir ce qu’ils contenaient sans les avoir cependant jamais vu. Notons quand même que les Juifs et le Chrétiens ne connaissent pas ces écrits antérieurs, ils ne sont pas mentionnés dans la Bible.
Par symétrie avec ces Feuillets de Moïse et d’Abraham, Si Hamza Boubakeur a cru bon de préciser en commentant 5.68 : « L’Evangile ici évoqué serait, selon SH, un Evangile disparu antérieur aux quatre canoniquement retenus par le Christianisme ». (note J 0.7 qui renvoie aux. pages 405-408 du Coran de Si Hamza Boubakeur).
5.68 : Dis : Ô Gens du Livre vous ne vous appuierez sur rien de solide tant que vous n’observerez pas La Tora, l’Evangile et ce qui vous a révélé votre Seigneur ! » Ce qui est descendu sur toi ne fait qu’accroître la rébellion et l’infidélité de certains d’entre eux. Ne t’afflige pas du sort des infidèles. »
Conclusion
La « théorie de la falsification » s’appuie sur 10 versets qui formulent bien des accusations, mais qui manquent de concret concernant une action des Juifs et ou des Chrétiens sur leurs textes ou écrits. Le « corps du délit » est précisé par 6 autres versets qui échafaudent – cette fois à partir du texte du Coran une théorie « des textes et écrits perdus ». L’idée qu’il a pu exister une Evangile originel de Jésus n’est pas dans le texte du Coran, mais sort d’une spéculation savante de Si Hamza Boubakeur et peut-être d’autres commentateurs. Il est à noter trois choses : 1.
Tous ces commentaires sont au conditionnel – dans notre ouvrage cité – : que ce soit pour le contenu des Feuillets de Moïse ou d’Abraham ou pour l’existence de l’Evangile originel de Jésus. Ils devraient rester une hypothèse, au lieu de devenir une doctrine certaine comme c’est le cas pour beaucoup de musulmans (quel mécanisme ? surenchère de la Sunna ?). 2.
Aucun de ces textes ou écrits n’ont de témoins littéraire, historique ou archéologique, etc … Toute cette théorie repose finalement sur des textes ou écrits introuvables. 3. Cette échafaudage intellectuel (une "théorie de la falsification" qui fournit
l'intention de tromper additionnée à une autre "théorie de la pertes des écrits et des textes" qui fournit
la nature de l'action de falsification) fait au total une théorie bancale qui manque de rigueur intellectuelle. Pas recevable !
La théorie de la falsification à donc deux branches avec deux attitudes possible pour le musulman :
1.
Soit le musulman croit aux Feuillets de Moise et d’Abraham et à l’Evangile originel de Jésus. L’idée est alors la suivante : Dieu a donné des versets à Moïse et Abraham qui les ont notés sur des Feuillets. Aux Juifs, la question est : « Qu’en avez-vous fait ? « (altération, dissimulation, perte ou destruction). L’idée peut aussi être : Dieu a donné des versets à Jésus qui les ont notés dans son Evangile originel (certains musulmans croient même à une descente de l’Evangile sur Jésus, (sans doute encore la Sunna), comme le Coran sur Muhammad. Aux Chrétiens, la question est : « Qu’en avez-vous fait ? » (altération, dissimulation, perte ou destruction). C’est un constat qui n’exige aucune action, mais qui justifie qu’on bannisse toute lecture de la Tora et de l’Evangile puisqu’il s’agit d’un faux de A à Z. Finalement ce sont les Feuillets de Moise et d’Abraham et à l’Evangile originel de Jésus qui ont été falsifiés.
2.
Soit le musulman croit aux annonces de Muhammad et de l’Islam particulièrement explicites en 7.157 et 61.6. A partir de 7.157, le musulman va se croire invité à retourner la totalité de la Bible pour y trouver cette « mention du Prophète illettré dans la Tora et l’Injil » et à partir de 61.6 il va construire la laborieuse justification par la « petite confusion » du scribe grec entre παρακλητοϲ. et πέρικλυτοϲ … sur trois lettres par mot en cinq occurrences du texte de Jean. On doit quand même noter deux chose : 1. malgré la bonne volonté et l’acharnement deutionn nos frères musulmans, le texte du Coran ne dit rien de précis sur les versets bibliques incrimnés (même la mention de ‘Ahmad n’est qu’allusive). 2. Le texte du Codex Sinaïticus porte toujours le mot παρακλητοϲ. et non πέρικλυτοϲ :
http://www.codex-sinaiticus.net/en/
Désolé en bien cordialement.