Je viens de tomber sur un texte d'Annick de Souzenelle (que j'aime beaucoup) qui parle de l'homme intérieur dans notre civilisation actuelle.
Il est très intéressant, donc je le partage avec vous.
En complément, j'ajouterai cette parole de Baha'u'llah :Le mythe de Thésée se termine d’une manière très intéressante. Le fait que Dédale et Icare soient enfermés dans le labyrinthe, nous met devant le symbole de la construction continuelle de notre propre labyrinthe. Nous passons notre temps non pas à tisser la toile de notre démarche initiatique, mais du labyrinthe dans lequel nous nous enfermons, autrement dit, de notre prison que nous partageons avec nos enfants. Nous ne pouvons témoigner devant ceux-ci d’une voie de lumière. Par toutes nos sécurisations, par nos machines, par nos systèmes sociaux, notre civilisation nous enferme de plus en plus. On fait de nous des mineurs qui ne découvrent jamais l’essentiel de leur être.
Dédale et Icare veulent sortir du labyrinthe et demandent à Pasiphaé de leur faire apporter des ailes artificielles et de la cire pour les fixer. Comme la chenille va créer son cocon, son labyrinthe, quand arrive le printemps, dans lequel elle va entrer dans une gestation merveilleuse, puis dans lequel elle va mourir pour renaître au stade de papillon, nous sommes tous appelés à devenir un jour symboliquement ce papillon, si nous savons laisser faire cette gestation à l’intérieur de notre cocon. Mais Dédale et Icare n’ont pas fait cette démarche et c’est ainsi qu’ils ont recours à l’artifice.
Ce sont tous les masques derrière lesquels nous nous cachons, masques de médecins, d’ingénieurs, de père, de mère de famille, et derrière lesquels nous ne sommes que de pauvres êtres ignorant de notre vocation essentielle. Dédale et Icare vont s’envoler et Dédale qui est la prudence de la sagesse, recommande à son fils : « Ne vole pas trop bas, tu serais aspiré par les vapeurs de la mer ; ne vole pas trop haut, tu serais brûlé par l’ardeur du soleil ». Or Icare est le symbole de cet intellect qui veut toujours aller plus loin, plus près du soleil, qui veut en connaître davantage. Il ira si loin, qu’un jour ce sera l’éclatement, la cire va fondre et Icare est précipité dans l’eau. C’est le sort qui menace toutes les civilisations comme la nôtre. Elles portent en elle le germe de la mort qu’on pourrait appeler prométhéenne.
Nous allons être tués par cet atome dont nous allons chercher le secret et dont nous allons tirer l’énergie, car il sera plus fort que nous. La seule énergie qui soit plus forte que l’atome, c’est celle que nous portons en nous, qui nous permettra de traverser les degrés initiatiques, de nous mesurer au Minotaure avec l’épée d’or, et d’accomplir encore tous les étages qui restent à monter. A ce moment nous atteindrons notre noyau. Les explosions nucléaires du monde seront alors recouvertes d’une façon grandiose par l’explosion nucléaire de l’homme, car tout deviendra énergie. Ce sera la transfiguration totale qui est décrite dans la Jérusalem céleste et annoncée par le Prophète.
"Et si, assisté par le Créateur, l'amoureux échappe aux serres de l'aigle de l'amour, alors il entrera dans la vallée de la connaissance. Il passe ainsi du doute à la certitude, des ténèbres de l'illusion à la lumière directrice de la crainte de Dieu. Alors s'ouvriront ses yeux intérieurs, et il commencera à s'entretenir en secret avec son Bien-aimé; il entrouvrira la porte de la vérité et de la piété en fermant celle des vaines imaginations. Dans cet état, il acquiesce au décret de la Providence et voit la guerre comme si c'était la paix. Il découvre dans la mort les secrets de l'immortalité. Par sa vision interne ou externe, il voit les mystères de la résurrection dans les mondes de la création et dans les âmes des hommes. Et d'un coeur pur il pénètre la sagesse divine dans la suite infinie des Manifestations de Dieu.Dans la mer, il voit une goutte, et dans une goutte, les secrets de la mer.
Ouvre le coeur de l'atome, et vois! En lui se trouve un soleil.*"
*citation d'un vers de Rumi.