Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Sujet d'actualité Au Québec l'accommodement raisonnable, un sujet d'actualité.
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J'm'interroge

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Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 30 déc.25, 12:08

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1. Fermeture cognitive : La croyance non fondée sur des preuves ou la logique tend à se rigidifier. Une fois une conviction ancrée, l’esprit a naturellement tendance à rejeter, ignorer ou minimiser les informations qui la contredisent, ce qui bloque la révision des connaissances.

2. Biais de confirmation : Le croyant cherche et interprète les informations de manière sélective pour confirmer sa croyance initiale, et non pour tester sa validité. Cela limite l’exploration honnête de points de vue alternatifs et empêche une vision nuancée.

3. Substitution de l’autorité à la raison : Souvent, ces croyances s’appuient sur des autorités (personnes, textes, traditions) plutôt que sur un examen critique. Cela transfère le jugement à une source externe et dissuade l’autonomie intellectuelle.

4. Diminution de l’esprit critique : Accepter des affirmations sans preuve habitue l’esprit à ne pas exiger de justification, affaiblissant ainsi la capacité à évaluer des arguments, à distinguer un raisonnement valide d’un sophisme, et à poser des questions pertinentes.

5. Polarisation et tribalisme intellectuel : Les croyances partagées créent des groupes identitaires. La loyauté au groupe peut alors primer sur la recherche de la vérité, renforçant les divisions et rendant le dialogue constructif avec “les autres” difficile.

6. Stagnation intellectuelle : Si l’on considère une question comme déjà résolue par la croyance, on cesse de chercher à comprendre davantage, à explorer les nuances, à faire progresser sa réflexion. La curiosité et l’émerveillement face à la complexité du réel s’émoussent.

7. Confusion entre croyance et connaissance : Tenir pour vrai sans preuve brouille la distinction essentielle entre ce qui est cru et ce qui est épistémiquement justifié. Cela conduit à traiter des opinions subjectives ou des convictions comme des faits, ce qui corrompt la qualité du débat et de la compréhension collective.

8. Vulnérabilité à la manipulation : Un esprit habitué à accepter des affirmations sans exigence de preuve est plus facilement influençable par la désinformation, la rhétorique émotionnelle ou les discours dogmatiques, nuisant à son autonomie de jugement.

9. Entrave à la résolution de problèmes : Face à un problème complexe, des croyances non fondées (sur ses causes, ses solutions) peuvent orienter les actions vers des approches inefficaces ou néfastes, car elles écartent d’emblée des analyses fondées sur des données empiriques.

10. Atteinte à l’éthique intellectuelle : Une compréhension ouverte exige humilité, intégrité et volonté de se remettre en question. La croyance rigide sans preuve encourage souvent l’orgueil cognitif (la certitude injustifiée) et trahit l’idéal de se former des convictions proportionnées aux preuves disponibles.

11. Réduction de la tolérance à l'ambiguïté : L'esprit cherchant des certitudes se satisfait de réponses simples fournies par la croyance, alors que la réalité est souvent complexe et ambigüe. Cela diminue la capacité à vivre avec l'incertitude et à appréhender les phénomènes multidimensionnels.

12. Contamination du langage et des concepts : Les croyances introduisent souvent des termes chargés émotionnellement ou des définitions floues qui polluent le débat rationnel. Le langage cesse d'être un outil de précision pour devenir un vecteur de persuasion et d'adhésion identitaire.

13. Effet de gel sur la mémoire : Une croyance forte organise les souvenirs de manière à les rendre cohérents avec elle. La mémoire devient sélective, réécrivant le passé pour qu'il corresponde au présent, ce qui fausse l'apprentissage par l'expérience et l'analyse rétrospective.

14. Inhibition de l'imagination contre-factuelle : La capacité à imaginer "ce qui aurait pu être" ou "ce qui pourrait être autrement" est cruciale pour l'innovation et la pensée stratégique. Une croyance tenue pour absolument vraie rend cette gymnastique intellectuelle inutile, voire sacrilège, appauvrissant la créativité cognitive.

15. Dépendance à l'égard du confort psychologique : La croyance comble souvent un besoin de sécurité existentielle ou de cohérence narrative. Cette dépendance affective rend très coûteux, sur le plan émotionnel, l'abandon de la croyance, même face à des preuves accablantes. La préservation du confort prime alors sur la recherche de vérité.

16. Érosion de la confiance épistémique collective : Dans une société où les croyances infondées sont répandues, la confiance dans les méthodes objectives de validation (science, enquête rigoureuse, débat contradictoire) s'affaiblit. Cela sape les bases nécessaires à une connaissance partagée et à une action collective éclairée.

17. Fétichisation de la cohérence interne : Une croyance peut former un système clos et parfaitement cohérent avec ses propres postulats. Cette cohérence interne, séduisante pour l'esprit, est prise pour une preuve de vérité, alors qu'elle peut simplement être l'indice d'un dogmatisme bien construit, imperméable au monde extérieur.

18. Neutralisation de la curiosité émergente : La curiosité authentique naît souvent de la perception d'un "trou" dans nos connaissances. Une croyance offre une réponse préfabriquée qui bouche artificiellement ce trou, étouffant dans l'œuf le questionnement qui aurait pu mener à une découverte.

19. Substitution de l'émotion à l'évaluation : Les croyances fortes sont souvent liées à des réponses émotionnelles intenses (espoir, peur, appartenance). L'évaluation rationnelle d'une idée est alors remplacée par le sentiment qu'elle procure. Une proposition qui semble fausse ou menaçante pour l'identité sera rejetée, indépendamment de sa validité logique.

20. Création de "territoire sacré" intellectuel : Certains sujets deviennent tabous, protégés de tout examen critique par un statut spécial (sacré, idéologique, traditionnel). Ce cordon sanitaire empêche toute cartographie complète et cohérente de la connaissance, laissant des zones d'ombre où la raison n'a pas droit de cité.

21. Altération de la perception du risque : Les croyances non fondées (ex. : sur les causes d'une maladie, l'innocuité d'un produit) faussent l'évaluation des probabilités et des conséquences. Cela conduit à surestimer des risques négligeables ou à en ignorer de graves, empêchant une appréhension réaliste des dangers et des bénéfices.

22. Paralysie de la mise à jour des modèles mentaux : Notre compréhension du monde repose sur des modèles internes. La croyance rigidifie ces modèles et rend leur mise à jour (un processus cognitif coûteux) psychologiquement impossible. L'esprit préfère alors tordre la réalité pour qu'elle corresponde au modèle obsolète plutôt que de le réviser.

23. Appauvrissement du questionnement : Les questions posées naissent du cadre de référence. Une croyance fermée génère uniquement des questions qui restent à l'intérieur de ses propres limites, des questions "autorisées". Les questions fondamentales qui pourraient ébranler ses prémisses ne sont même plus concevées.

24. Confiscation de l'expérience personnelle : L'expérience vécue est interprétée à travers le filtre de la croyance. Un événement fortuit devient un "signe", une coïncidence une "confirmation". L'individu perd ainsi l'accès direct et naïf à sa propre expérience, qui est immédiatement catégorisée et déformée pour servir le système de croyance.

25. Normalisation de la double contrainte cognitive (Double Bind) : Lorsqu'une croyance entre en contradiction flagrante avec des faits évidents, elle peut imposer une double contrainte ("crois ce que je te dis, pas ce que tu vois"). L'acceptation régulière de ces situations corrode la capacité à reconnaître la contradiction, un pilier essentiel de la pensée logique et ouverte.

26. Délégitimation a priori des sources contradictoires : Pour se protéger, la croyance construit une épistémologie ad hoc qui disqualifie par avance toute source d'information susceptible de la contredire (média "mainstream", science "corrompue", opposants "aveuglés"). Cela rend l'écosystème informationnel totalement hermétique et auto-justificatif.

27. Réduction de l'agentivité intellectuelle : L'acte de croire sans preuve est souvent un acte de soumission (à une autorité, à une tradition). Cette habitude de soumission diminue le sentiment de responsabilité personnelle dans la formation de ses propres jugements, conduisant à une passivité cognitive.

28. Étalonnage défaillant du "détecteur de sottises" (baloney detection kit) : L'esprit critique se développe par la pratique du doute méthodique. La croyance non fondée l'atrophie, rendant l'individu moins capable de repérer les arguments fallacieux, les données trompeuses ou les raisonnements paresseux, même dans des domaines étrangers à sa croyance.

29. Dilution de la notion de preuve et de charge de la preuve : Lorsqu'on accepte régulièrement des affirmations sans justification, la barre épistémique s'abaisse. La distinction cruciale entre une allégation et une démonstration s'estompe, et l'exigence selon laquelle c'est à celui qui affirme de prouver (et non à l'auditeur de réfuter) disparaît.

30. Cristallisation identitaire autour de l'erreur : Si une croyance infondée devient centrale pour l'identité d'un groupe ou d'un individu, l'abandonner équivaudrait à une mort symbolique. La croyance n'est alors plus évaluée sur sa véracité, mais sur sa fonction de cohésion. Corriger une erreur devient une attaque existentielle.

31. Invention de "faits protégés" (bulletproof facts) : La croyance génère parfois des "faits" qui sont, par construction, invérifiables ou infalsifiables (ex. : "c'est une vérité spirituelle", "les apparences sont trompeuses", "les preuves ont été cachées"). Cela place ces affirmations hors du champ de tout débat rationnel, les immunisant contre toute réfutation.

32. Fragmentation de la réalité perçue : Au lieu d'un monde unique et cohérent (bien que complexe) à comprendre, la croyance crée des compartiments étanches : un domaine pour la raison, un autre pour la foi ; une réalité "officielle" et une "véritable". Cette schizophrénie cognitive empêche la recherche d'une vision du monde unifiée et intégrative.

33. Sabotage de l'apprentissage par l'échec : Comprendre ouvertement implique d'apprendre de ses erreurs. Une croyance erronée, lorsqu'elle mène à un échec, ne sera pas reconnue comme cause. L'échec sera attribué à des circonstances externes, à un manque de ferveur ou à l'action d'opposants, annulant ainsi toute valeur correctrice à l'expérience négative.

34. Corruption de l'empathie cognitive : Se mettre à la place intellectuelle d'autrui pour comprendre son raisonnement devient périlleux si cet autrui ne partage pas les croyances fondamentales. La crainte d'être "contaminé" ou de montrer de la faiblesse inhibe cette empathie, essentielle pour élargir sa propre perspective et pour un dialogue authentique.

35. Instauration d'une économie cognitive du "tout ou rien" : La pensée fondée sur la croyance tend vers le dogme : soit on adhère complètement au système, soit on est un ennemi. Cela élimine la possibilité d'un scepticisme sain, d'une adhésion partielle, ou de l'emprunt d'idées à différents systèmes pour construire une compréhension personnelle et nuancée.

36. Standardisation des réponses émotionnelles : La croyance prescrit souvent non seulement ce qu'il faut penser, mais aussi ce qu'il faut ressentir face à un événement ou une idée (indignation, sérénité, mépris). Cette canalisation émotionnelle limite la richesse et l'authenticité des réponses humaines, plaquant un schéma prédéfini sur la complexité du vécu.

37. Dévaluation du processus au profit de la conclusion : Une compréhension ouverte valorise le cheminement intellectuel, les questions et les méthodes. La croyance, elle, valorise avant tout l'adhésion à une conclusion prédéterminée. L'how (comment on sait) est sacrifié au what (ce qu'on est censé croire), appauvrissant la maîtrise des processus de connaissance.

38. Création d'une dépendance à la résolution narrative : L'esprit humain aime les histoires avec un début, un milieu et une fin. Les croyances fournissent des récits complets et fermés. Cette satisfaction narrative peut rendre "insipide" la réalité, souvent désordonnée, ouverte et dépourvue de sens pré-emballé, décourageant l'effort de lui trouver des explications provisoires et partielles.

39. Atrophie de la compétence probabiliste : La pensée ouverte fonctionne souvent en termes de probabilités et de degrés de certitude. La croyance tend vers le binaire (vrai/faux, pur/impur). Cette atrophie de la pensée probabiliste rend l'individu moins apte à naviguer dans un monde incertain et à prendre des décisions sous conditions de risque calculé.

40. Altération de la perception temporelle et historique : La croyance projette souvent un schéma immuable sur le temps (déclin, cycle, Providence). Cela fausse la lecture du passé (vu comme une préparation ou une dégénérescence) et du futur (attente passive d'un achèvement), entravant une analyse historique objective et une planification réaliste et adaptative.

41. Vulnérabilité accrue aux biais cognitifs "en cascade" : Une croyance centrale non fondée agit comme un aimant qui attire et agrège d'autres biais cognitifs (illusion de corrélation, biais de disponibilité, effet de halo). Ils se renforcent mutuellement pour construire une forteresse cognitive de plus en plus imperméable.

42. Monétisation et exploitation cognitive : Les systèmes de croyance fermés créent souvent des marchés (de produits, de salut, d'identité). L'intérêt économique à maintenir la croyance devient alors un facteur puissant de résistance au changement et de diffusion de désinformation, exploitant le besoin de certitude à des fins matérielles.

43. Épuisement de la volonté de comprendre : Le maintien d'une croyance contre l'évidence est un travail psychologique épuisant (dissonance cognitive). Cet épuisement peut conduire à un renoncement général : "Trop fatigué pour chercher à comprendre". La passivité cognitive et le cynisme remplacent alors la curiosité active.

44. Instauration d'un présupposé d'infaillibilité : La croyance tend à s'accompagner de l'idée implicite que sa source (texte, leader, tradition) ne peut se tromper. Ce présupposé met fin à toute enquête avant même qu'elle ne commence, car l'erreur est considérée comme une impossibilité logique. La possibilité même de se tromper est évacuée du champ de la réflexion.

45. Rétrécissement de l'horizon des possibles explicatifs : Face à un phénomène, l'esprit ouvert explore une large gamme d'hypothèses. La croyance agit comme un puissant filtre pré-perceptif qui rend certaines explications littéralement "invisibles" ou "impensables", car elles n'existent pas dans son répertoire autorisé.

46. Détournement des mécanismes de la honte et de la fierté : La honte est souvent associée au doute ou à la remise en question, et la fierté à l'adhésion inconditionnelle. Ce conditionnement social utilise des leviers émotionnels profonds pour décourager la curiosité et récompenser la conformité intellectuelle, renforçant la clôture du système.

47. Corruption du langage intérieur (dialogue interne) : Le doute de soi, l'auto-questionnement, essentiels à la pensée critique, sont étouffés par un monologue interne de réaffirmation et de justification de la croyance. L'esprit perd l'habitude de se parler à lui-même avec honnêteté et rigueur.

48. Création d'une "dette épistémique" : Accepter une croyance sans preuve crée une "dette" : il faudra plus tard expliquer les incohérences qu'elle génère. Le règlement de cette dette se fait non par l'abandon de la croyance, mais par l'addition ad hoc de justifications de plus en plus complexes et contournées (théories du complot, exceptions mystérieuses, etc.), alourdissant le système jusqu'à l'absurdité.

49. Confusion entre persévérance et obstination : La persévérance est une vertu face à la difficulté dans la recherche. L'obstination est son vice lorsqu'elle s'applique à défendre une conclusion malgré les preuves contraires. La croyance transforme l'obstination en preuve de vertu ("tenir ferme"), discréditant la souplesse d'esprit nécessaire à l'apprentissage.

50. Diminution de la capacité à coopérer sur des bases factuelles : La résolution collaborative de problèmes nécessite un terrain d'entente factuel. Lorsque des croyances non partagées et infondées deviennent centrales, la coopération se brise ou dégénère en conflit identitaire. L'intelligence collective est alors paralysée.

51. Apparition de "cécité à la simplicité" : Occam's razor (le principe de parcimonie) suggère de privilégier l'explication la plus simple. Les croyances, pour contourner les contradictions, génèrent souvent des explications extraordinairement compliquées. L'esprit, conditionné par cette complexité, devient incapable de reconnaître et d'apprécier la force d'une explication simple et élégante.

52. Atteinte à la sensibilité esthétique de la vérité : La compréhension ouverte peut trouver une beauté intrinsèque dans la cohérence, l'élégance et la puissance explicative d'une théorie bien fondée. La croyance substitue à cette esthétique intellectuelle une esthétique de la conviction, de la dévotion ou de la conformité au groupe, qui est d'un ordre différent et souvent antagoniste.

53. Développement d'une immunité rhétorique : Les porteurs d'une croyance développent souvent des réflexes discursifs pour neutraliser la critique sans y répondre sur le fond (détournement du sujet, attaque personnelle ad hominem, recours à l'humour méprisant). Cette carapace verbale rend tout échange substantiel impossible et protège la croyance de toute confrontation intellectuelle sérieuse.

54. Perte du sens des proportions : La croyance tend à amplifier démesurément l'importance de ce qui la confirme et à minimiser à l'extrême ce qui l'infirme. Un détail anecdotique devient une "preuve accablante", tandis qu'une masse de contre-preuves est reléguée au rang de "détail sans importance". Cette distorsion empêche toute évaluation objective de la force des arguments.

55. Inversion de la charge de la curiosité : Dans un esprit ouvert, la curiosité est dirigée vers l'inconnu pour le comprendre. Dans un esprit croyant, la curiosité peut être perçue comme un danger, dirigée de manière suspecte vers les points faibles de la croyance. L'énergie intellectuelle est alors consacrée à surveiller et à colmater les brèches plutôt qu'à explorer le monde.

56. Fétichisation du sacrifice intellectuel : Le fait de devoir accepter des éléments contraires à la raison ou à l'évidence (le "sacrifice de l'intellect") peut être érigé en preuve suprême de dévotion et de pureté de la foi. Cette valorisation positive de l'irrationnel rend toute avancée vers une compréhension rationnelle non seulement inutile, mais moralement répréhensible.

57. Création d'une "amnésie de l'état précédent" : Une fois la croyance internalisée, il devient extrêmement difficile de se souvenir avec précision de ce que l'on pensait ou de comment on percevait le monde avant de l'adopter. Cette coupure avec son propre passé cognitif empêche de mesurer le chemin parcouru et de remettre en perspective le changement opéré.

58. Externalisation du siège de l'autorité cognitive : La capacité à juger et à décider du vrai et du faux est cédée à une instance externe (un texte, une institution, un chef). L'individu ne se fait plus confiance à lui-même pour évaluer l'information. Cette atrophie de l'autorité cognitive personnelle le rend définitivement dépendant et vulnérable.

59. Altération de la perception de la coïncidence et du hasard : Le hasard et la coïncidence sont des concepts statistiques fondamentaux. Une croyance cherchant du sens partout interprétera un événement aléatoire comme un signe ou une confirmation, et rejettera l'explication probabiliste pourtant souvent la plus parcimonieuse. Cette méconnaissance des lois de probabilité, fausse l'attribution des causes.

60. Engendrement d'une fatigue compassionnelle spécifique : Tenter de comprendre ou de dialoguer avec quelqu'un dont les croyances sont hermétiquement fermées est un effort immense et souvent stérile. Cela peut conduire à une fatigue compassionnelle intellectuelle, poussant les esprits ouverts à se retirer du débat public, laissant le champ libre aux certitudes les plus bruyantes.

61. Normalisation de l'incohérence localisée : Le système de croyance peut tolérer, voire nécessiter, des incohérations flagrantes dans des zones spécifiques (double pensée). L'habitude de maintenir simultanément deux idées contradictoires sans être perturbé par la contradiction émousse le sens logique et la recherche de cohérence globale, piliers d'une compréhension ouverte.

62. Sclérose de la métacognition : La métacognition, ou la capacité à penser sur sa propre pensée, est essentielle pour réguler son apprentissage et corriger ses erreurs. Une croyance rigide rend cet auto-examen menaçant, car il risquerait de révéler des failles fondamentales. L'individu évite donc de questionner ses propres processus de raisonnement, les fossilisant.

63. Adoption d'un réalisme naïf sélectif : Le croyant peut adopter une posture de "réalisme brut" ("Je vois les choses comme elles sont vraiment") uniquement pour sa propre vision du monde, tout en accusant les autres d'être biaisés ou influencés par des idéologies. Cette asymétrie dans l'analyse empêche l'humilité épistémique nécessaire pour reconnaître que toute perception est filtrée et construite.

64. Déformation du concept de "preuve personnelle" : L'expérience subjective (un sentiment, une intuition, un rêve) est souvent élevée au rang de preuve absolue et incommunicable. Cette privatisation de la preuve rend tout débat impossible et isole l'individu dans un solipsisme où la conviction intime prime sur toute vérification intersubjective.

65. Création d'une dépendance à la résolution dramatique : Les récits de croyance sont souvent structurés comme des drames (lutte du bien contre le mal, révélations, conversions). Cette habitude narrative peut rendre la réalité "plate" ou "insipide" si elle ne suit pas ce schéma, conduisant à un désintérêt pour les explications progressives, complexes et non dramatiques du monde.

66. Affaiblissement de la notion de consentement éclairé : Dans les domaines pratique, médical ou social, un consentement n'est éclairé que si basé sur une information exacte. Des croyances infondées sur les risques, les bénéfices ou les mécanismes (d'une maladie, d'un traitement, d'une politique) corrompent ce fondement éthique, conduisant à des décisions préjudiciables prises sur de faux prémisses.

67. Perte de la capacité à suspendre son jugement : La pensée ouverte tolère et même valorise l'état de doute temporaire, la suspension du jugement en attendant plus de données. La croyance interprète souvent cette suspension comme une faiblesse de caractère, une déloyauté ou une trahison, imposant une pression constante pour se prononcer prématurément en sa faveur.

68. Fragilisation de la résilience face à la désinformation : Un esprit habitué à traiter des affirmations sans chaîne de preuves solides devient moins capable de détecter les techniques sophistiquées de désinformation (deepfakes, campagnes d'influence, infox contextuelles). Sa "défense immunitaire" cognitive est affaiblie par manque d'exercice rigoureux.

69. Réduction de la jouissance intellectuelle du mystère : Pour l'esprit ouvert, un mystère non résolu est une source de fascination et de motivation. Pour l'esprit croyant, un mystère peut être perçu comme une menace à la cohérence du système, ou au contraire, comme un élément à "vénérer" dans l'obscurité. Dans les deux cas, le mystère cesse d'être un puzzle à résoudre par l'enquête pour devenir un objet de peur ou de vénération passive.

70. Uniformisation pathologique de l'expression : La peur de dévier de la ligne "correcte" de la croyance peut conduire à une autocensure sévère, non seulement sur les opinions, mais aussi sur la manière de les formuler. Le langage et même les associations d'idées se standardisent, appauvrissant la pensée qui a besoin d'un langage riche et personnel pour se développer avec nuance.
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- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 31 déc.25, 04:31

Message par Mic »

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J'm'interroge

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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 31 déc.25, 04:47

Message par J'm'interroge »

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Cette synthèse révisée et complété constitue une carte claire et complète des mécanismes par lesquels la croyance non-critique entrave une compréhension ouverte.



Synthèse révisée en 23 points généraux :


1.
Rigidité cognitive :
Verrouillage des modèles mentaux, résistance aux informations nouvelles et aux corrections.

2.
Pensée sélective :
Recherche et interprétation biaisée des données pour confirmer la croyance initiale (biais de confirmation).

3.
Substitution de l'autorité à l'autonomie :
Transfert du jugement à une source externe (texte, leader, groupe), affaiblissant l'esprit critique personnel.

4.
Identité fusionnelle :
La croyance devient centrale à l'identité, rendant son abandon perçu comme une menace existentielle.

5.
Tribalisme intellectuel :
La loyauté au groupe prime sur la recherche de la vérité, polarisant les débats et inhibant le dialogue.

6.
Émotion comme critère :
Les sentiments (confort, appartenance, peur) remplacent l'évaluation rationnelle pour valider une idée.

7.
Clôture narrative :
Préférence pour des récits complets et rassurants au détriment d'explications complexes, provisoires ou ouvertes.

8.
Dévaluation des processus :
Seul le résultat (l'adhésion) compte, au mépris des méthodes de validation et du raisonnement.

9.
Langage dégradé :
Emploi de termes chargés, de codes identitaires ou de définitions floues qui corrompent le débat et créent des barrières.

10.
Immunisation contre la critique :
Développement de stratégies rhétoriques (mépris, disqualification des sources, arguments ad hoc) pour éviter tout examen substantiel.

11.
Méconnaissance des probabilités :
Incapacité à évaluer correctement le hasard, la coïncidence et le poids des preuves, conduisant à des attributions causales erronées.

12.
Dépendance au confort psychologique :
La croyance comble un besoin de sécurité, rendant sa remise en question trop coûteuse émotionnellement.

13.
Atrophie du doute et de la suspension de jugement :
Le questionnement et l'incertitude temporaire sont perçus comme des faiblesses ou des trahisons.

14.
Perte de la pensée nuancée :
Pensée binaire (vrai/faux, ami/ennemi) et rejet des positions intermédiaires ou des degrés de certitude.

15.
Reconstruction du passé :
La mémoire est filtrée et réarrangée pour être cohérente avec les croyances actuelles, faussant l'apprentissage par l'expérience.

16.
Sacralisation de zones interdites / Tabous :
Certains sujets ou sources sont placés hors de portée de l'examen critique.

17.
Externalisation de la responsabilité épistémique :
L'individu ne se fait plus confiance pour juger par lui-même et cède cette responsabilité.

18.
Transmission et inertie culturelle :
Les croyances se perpétuent par la socialisation pré-critique, les rites et la tradition. Cette inertie historique leur confère une autorité du temps long qui résiste à la réfutation par les faits actuels.

19.
Fatigue et renoncement :
L'effort de maintenir des croyances contre l'évidence ou de dialoguer avec des systèmes fermés conduit au cynisme ou au désengagement intellectuel.

20.
Appauvrissement de la curiosité et de l'imagination :
Les réponses préétablies étouffent le questionnement et la capacité à envisager des alternatives.

21.
Corruption de la coopération sociale :
L'absence de terrain d'entente factuel et le conflit identitaire paralysent l'intelligence collective et la résolution de problèmes.

22.
Environnements informationnels appauvrissants :
La croyance se renforce dans des écosystèmes fermés (chambres d'écho, algorithmes) où l'exposition à la diversité des faits et des arguments est systématiquement réduite, atrophiant la capacité à comparer et à douter.

23.
Asymétrie de l'effort critique (Loi de Brandolini) :
Il faut infiniment plus d'énergie, de temps et de compétence pour déconstruire une affirmation fausse ou une croyance infondée que pour la produire ou la propager.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
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Humilité !
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Yacine

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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 01 janv.26, 09:40

Message par Yacine »

Cela s'applique à tout ; croyance comme idéologie comme non-croyance, en fait, on finit toujours par croire à quelque chose et suivre un paradigme. Je suis de gauche je ne vais lire que les journaux de gauche, de même que celui de droite, et ainsi de suite.
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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 01 janv.26, 10:55

Message par indian »

Yacine a écrit : 01 janv.26, 09:40 Cela s'applique à tout ; croyance comme idéologie comme non-croyance, en fait, on finit toujours par croire à quelque chose et suivre un paradigme. Je suis de gauche je ne vais lire que les journaux de gauche, de même que celui de droite, et ainsi de suite.
Non, je suis de gauche et je lis plusieurs articles de droite dont Breitbart.

Il est question d’ouverture d’esprit, de curiosité et de compréhension d’autres idées
Unir l'humanité. Un seul Dieu. Les grandes religions de Dieu. Femmes, hommes sont égaux. Tous les préjugés sont destructeurs et doivent être abandonnés. Chercher la vérité par nous-mêmes. La science et la religion en harmonie. Nos problèmes économiques sont liés à des problèmes spirituels. La famille et son unité sont très importantes.

J'm'interroge

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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 01 janv.26, 14:27

Message par J'm'interroge »

Yacine a écrit : 01 janv.26, 09:40 Cela s'applique à tout ; croyance comme idéologie comme non-croyance, en fait, on finit toujours par croire à quelque chose et suivre un paradigme. Je suis de gauche je ne vais lire que les journaux de gauche, de même que celui de droite, et ainsi de suite.
Cela ne s'applique pas à tout, mais à tout type de croyance oui. La non-croyance n'est pas en cause puisqu'elle n'affirme rien.

Ton objection valide et renforce le cœur du propos : les 23 points critiques ne portent spécifiquement sur aucune croyance particulière (religieuse, politique, idéologique, scientifique, identitaire).

Elle porte sur le mode d'adhésion et le fonctionnement cognitif qui peuvent s'appliquer à tout système de pensée, dès lors qu'il est adopté de manière non-critique, c'est-à-dire :

- Sans conscience de ses présupposés.
- Sans volonté active de les tester.
- Avec des mécanismes de protection qui le rendent imperméable à la contradiction.

L'exemple que tu donnes (la personne de gauche ou de droite dans sa bulle informationnelle) est l'illustration parfaite de l'application universelle de ces mécanismes. Il montre que le problème n'est pas le contenu (l'idéologie de gauche ou de droite), mais la structure fermée de l'adhésion.

Ainsi, la synthèse des 23 points est un outil :

- Transversal : il décrit des pathologies de la raison qui peuvent infecter n'importe quel paradigme.
- Auto-applicable : l'idéal d'une "compréhension ouverte" qu'elle sous-tend doit lui-même être soumis à une vigilance permanente contre ces mêmes mécanismes. Un rationaliste dogmatique tombe sous le coup de sa propre critique.

Elle permet d'identifier la "fermeture" indépendamment de ce qui est cru. Le critère n'est pas ce que vous pensez, mais comment vous y tenez et comment votre esprit fonctionne pour le protéger.

Ta remarque rappelle donc l'essentiel : la carte des 23 points est une méta-critique. Elle ne sert pas à disqualifier un camp contre un autre, mais à offrir à tout individu, quel que soit son système de valeurs ou de croyances, une grille pour s'auto-examiner et reconnaître en lui-même les symptômes de la clôture cognitive.

Pour résumer en une formule : ce n'est pas une question d'orthodoxie (avoir les "bonnes" croyances), mais d'orthopraxie cognitive (adopter les "bonnes" pratiques pour éviter que ses croyances, quelles qu'elles soient, ne rendent sourd et aveugle).
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 01 janv.26, 21:44

Message par Yacine »

J'm'interroge a écrit : 01 janv.26, 14:27 La non-croyance n'est pas en cause puisqu'elle n'affirme rien.
Elle affirme la non-croyance, c'est une idée et un ancrage en soi. Personne ne peut vivre suspendu dans le vide. C'est juste qu'il y a de moment brefs dans la vie où on peut se mettre en cause si on veut, puis on reprend l'ancrage.
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Re: Comment le fait de croire nuit à une compréhension ouverte

Ecrit le 02 janv.26, 00:07

Message par J'm'interroge »

J'm'interroge a écrit : 01 janv.26, 14:27 La non-croyance n'est pas en cause puisqu'elle n'affirme rien.
Yacine a écrit : 01 janv.26, 21:44Elle affirme la non-croyance, c'est une idée et un ancrage en soi. Personne ne peut vivre suspendu dans le vide. C'est juste qu'il y a de moment brefs dans la vie où on peut se mettre en cause si on veut, puis on reprend l'ancrage.
Salut Yacine,

Tu as parfaitement raison sur un point essentiel : l’esprit humain déteste le vide et tend à s’ancrer. C’est presque un réflexe de survie psychique. Et effectivement, une non-croyance vécue comme une identité — comme l’athéisme militant ou un rationalisme dogmatique — peut devenir un ancrage aussi rigide qu’une croyance religieuse, et tomber sous le coup des mêmes mécanismes de fermeture cognitive que j’ai listés.

Mais justement, ce que je défends n’est pas une « non-croyance identitaire ». Ce n’est pas un ancrage de plus. C’est plutôt une disposition à désancrer — une vigilance active contre la tendance naturelle à figer nos positions.
L’idéal n’est pas de vivre « suspendu dans le vide » en permanence — ce serait psychologiquement intenable —, mais de cultiver la capacité à se désidentifier de ses propres certitudes, même provisoirement. D’accepter que nos ancrages soient des points d’appui, pas des prisons.

Quand tu dis « il y a de brefs moments où on peut se mettre en cause », c’est exactement ça : ce sont ces moments de suspension volontaire, ces instants où on accepte de lâcher le rail de ses convictions, qui permettent à la pensée de respirer et à la compréhension de s’ouvrir.
Le but n’est pas de ne jamais avoir d’ancrage, mais de ne jamais oublier que nos ancrages sont des choix révisables — et de se donner les moyens intellectuels et affectifs de les réviser.

En ce sens, la « non-croyance » dont je parle n’est pas une affirmation, c’est une méthode : celle du doute appliqué à soi-même, y compris au doute lui-même. C’est accepter que même nos refus de croire puissent être réinterrogés.

Alors oui, tu as raison : personne ne vit dans le vide. Mais on peut choisir de vivre avec des ancrages légers, conscients de leur fragilité — et c’est peut-être là que réside l’ouverture véritable.

Bien à toi.
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