Si évident et pourtant..

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J'm'interroge

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Si évident et pourtant..

Ecrit le 17 févr.26, 12:35

Message par J'm'interroge »

.
Ce que tout le monde peut constater :

1. Il n'y a jamais rien.
2. À tout instant t, il existe une expérience x.
3. Une expérience n'est jamais vide.
4. Il y a toujours quelque chose qui apparaît.
5. Il y a toujours de l'apparaître.
6. Il n'y a jamais aucun événement.
7. Qu'il ne se présenterait plus rien est impensable.


Ce qui s'impose à la raison :

7. P(Ø) = 0, la probabilité d'aucun évènement est nulle.
8. Un état où rien ne se produit n'existe pas.
9. La mort n'est rien pour nous. (Épicure)

___


C’est étonnant que ceci, pourtant si universellement constatable, soit si peu exploité dans le cadre de développements scientifiques ou philosophiques, et serve si rarement de base à une réflexion.

L’étonnement est légitime, mais ce n’est pas tant étonnant que révélateur.

Ce constat est universel, immédiat, trivial au sens fort — accessible à tous, à tout instant — et c’est précisément pour cela qu’il est négligé. La science s’est construite sur l’événement, la rupture, la variation mesurable. Elle suppose des états, des transitions, des débuts et des fins, alors que l’apparaître est continu, préalable et non objectivable. On étudie ce qui apparaît, jamais le fait de cet apparaître. Or, ce dont il s’agit ici en dissout la grammaire : s’il n’y a jamais rien, il n’y a pas de point zéro opératoire, donc pas de fondement événementiel ultime.

En philosophie, le problème est analogue. Soit l’évidence est jugée trop évidente pour être féconde, soit elle est recouverte par des constructions métaphysiques plus spectaculaires : être, néant, temps, mort. Penser à partir de l’apparaître constant, oblige à renoncer à la dramatisation métaphysique : origine absolue, fin absolue, saut ontologique. Beaucoup de systèmes vivent précisément de ces coupures. Or, ce point de vue les rend inutiles, presque décoratives, et dissout silencieusement ces problèmes au lieu de les dramatiser. Il ne produit pas de système, il retire un faux problème : celui de l’interruption, de la fin ou de l’absolu.

Il y a aussi une raison plus humaine, qui tient à une résistance existentielle : prendre au sérieux qu’« il n’y a jamais rien » enlève à la mort son statut d’événement ultime, et à la pensée son héroïsme tragique. Beaucoup de philosophies vivent de cette tension. Or, ce dont il s’agit ici est déceptivement calme. Trop stable pour être spectaculaire. Ce qui ne fait pas peur, ce qui ne promet ni salut ni catastrophe, motive peu. Dire que rien ne s’interrompt, que le néant est un concept vide, retire à la mort, au temps et au sens une grande partie de leur charge symbolique. C’est conceptuellement propre, mais narrativement pauvre.

En somme, ce n’est pas ignoré ou sous-exploité parce que ce serait faux ou trop simple, mais parce que c’est trop solide, trop stable, trop peu dramatisable. Et pourtant, c’est exactement le genre de base sur laquelle une pensée rigoureuse non seulement pourrait — mais devrait — se construire.

___


« On étudie ce qui apparaît, jamais le fait qu’il y ait de l'apparaître. »

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Dieu ? Un faux problème qui ne résiste pas à ce constat.

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La continuité de l’apparaître rend inenvisageable toute interruption absolue : rien ne commence ni ne finit dans le néant. Chaque expérience est pleine, immédiate et toujours présente. La conscience ne rencontre jamais son absence. La mort, le vide ou l’absolu ne sont que des concepts. Ce qui se manifeste n'est pas substantiel, mais incessant, et cette évidence, universelle et silencieuse, constitue la base la plus solide pour penser rigoureusement.

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Si l’on part du constat fondamental que « il n’y a jamais rien », que l’apparaître est continu et que la conscience ne connaît jamais d’absence, alors la question de Dieu se transforme immédiatement.

1. Dieu comme origine absolue :
Beaucoup de théologies présentent Dieu comme le point de départ nécessaire de tout ce qui existe. Or, si rien ne commence dans le néant, il n’y a pas besoin d’un créateur « ex nihilo ». L’univers phénoménal ne surgit pas d’un vide ; il est simplement donné, toujours et immédiatement. La nécessité d’un fondement ultime disparaît.

2. Dieu comme fin ultime ou finalité :
Certaines conceptions théistes voient Dieu comme but ultime de la vie ou de l’histoire. Mais si chaque expérience est pleine et immédiate, et qu’aucune interruption absolue n’est envisageable, il n’y a pas de fin ultime à atteindre : la continuité de l’apparaître suffit. Tout finalisme devient superflu.

3. Dieu comme absolu substantiel :
Le concept de Dieu suppose souvent un être substantiel, extérieur et transcendant. Mais le constat que le néant absolu est impensable et que tout phénomène est manifestation immédiate invalide cette substance : il n’existe rien à travers quoi un Dieu substantiel serait nécessaire ou identifiable. Le « vide » que Dieu comblerait n’existe pas.

En somme, à partir de ce constat phénoménologique, Dieu devient un faux problème : il est construit pour résoudre des questions — origine, fin, substance — qui, une fois confrontées à l’évidence de l’apparaître incessant, n’ont plus lieu d’être.

___


Ce n’est pas du nihilisme, car le constat que « il n’y a jamais rien » n’implique pas l’absence de sens ou de valeur, mais simplement l’impossibilité du néant absolu. L’apparaître est continu, immédiat et phénoménal : il y a toujours quelque chose qui se manifeste.

Le sens n’est pas fondé sur une finalité extérieure, une substance divine ou un absolu, mais dans l’expérience même, dans la présence ininterrompue de ce qui apparaît. Ce cadre reconnaît l’évidence et la densité de chaque instant, plutôt que de réduire tout à du vide ou à de l’absurde.

On pourrait le qualifier de réalisme phénoménologique : ce qui existe est donné, toujours présent, et l’évidence de l’apparaître suffit comme base pour penser rigoureusement.
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- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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