.
Je parle ici de croyants fanatisés, pas des croyants en général. Ceux-là ont une caractéristique assez nette : ils ne reconnaissent pas que leurs croyances sont des croyances. Ils les vivent comme des évidences, comme des vérités qui ne nécessitent ni distance ni examen. À partir de là, tout s’enchaîne logiquement : il devient presque impossible pour eux d’envisager qu’ils puissent se tromper, puisque ce qu’ils tiennent pour vrai ne se présente même plus comme une hypothèse.
Ce qui renforce encore ce mécanisme, c’est la place qu’ils accordent à leur expérience personnelle. Ils ne se contentent pas de croire, ils affirment avoir “vécu” quelque chose qui validerait leurs convictions. Le problème, c’est que ce vécu est entièrement subjectif, mais traité comme une preuve objective. Autrement dit, ils transforment une expérience intérieure en argument d’autorité. Et à partir du moment où le ressenti devient preuve, toute contradiction extérieure devient inaudible.
On retrouve là une logique de distinction. Ils ne se contentent pas d’adhérer à une croyance, ils s’y identifient au point de se percevoir comme différents des autres. Cette différence n’est pas seulement doctrinale, elle devient existentielle : ils seraient transformés, éveillés, “à part”. Même si ce n’est pas toujours formulé explicitement, on est proche d’une version individualisée de l’idée de peuple élu. Sauf qu’ici, ce n’est plus un groupe qui est choisi, c’est l'individu lui-même qui se vit, ou plutôt se croit comme tel.
C’est particulièrement visible chez ceux qui mettent en avant une forme de “renaissance” personnelle. Ils présentent leurs conclusions comme issues de leur propre vécu, comme si elles leur appartenaient en propre. Mais en réalité, ces interprétations restent structurées par un cadre préexistant, souvent biblique néotestamentaire. Ils ne sortent pas du système de croyance, ils en proposent simplement une appropriation personnelle. Ils croient, et surtout ils se croient.
Ce double ancrage — dans un texte considéré comme autorité et dans une expérience vécue comme preuve — rend l’ensemble très difficile à remettre en question. La croyance se retrouve protégée à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. Elle devient fermée sur elle-même, auto-validée, et donc largement imperméable à toute critique fondée sur des faits.
Au fond, ce que je décris, c’est un mode de fonctionnement : une croyance absolutisée, une expérience subjectivée en preuve, et une identité construite autour de cette certitude. Ce n’est pas simplement croire, c’est se définir par ce que l’on croit, au point de ne plus faire la différence entre conviction et réalité, en y ajoutant cette conviction implicite d’être, d’une manière ou d’une autre, au-dessus du commun.
C’est précisément là qu’apparaît une dimension que j’assume de qualifier de mégalomaniaque. Non pas forcément au sens clinique strict, mais comme une inflation du rapport à soi : la personne devient, à ses propres yeux, porteuse ou détentrice d’une vérité supérieure, validée à la fois par Dieu, par le texte et par son expérience intime.
Il ne s’agit plus seulement de croire en quelque chose de grand, mais de se vivre soi-même comme directement relié à cette grandeur, voire comme son vecteur privilégié. Cette position donne à l’individu une importance démesurée, difficilement compatible avec une remise en question réelle.
Cela, d'autant plus que s'y ajoute cette conviction implicite d’être, d’une manière ou d’une autre, distinct du commun des mortels, une sorte de privilégié.
___
1. Ils absolutisent leur croyance en la considérant comme vérité indiscutable, sans distance critique, ce qui correspond à une posture typique de fanatisme où le doute n’a plus de place fonctionnelle.
2. Leur expérience de “renaissance” est interprétée comme une validation personnelle irréfutable, transformant un vécu subjectif en preuve objective, ce qui court-circuite toute vérification externe.
3. Ils se perçoivent comme transformés de manière radicale, créant une rupture identitaire forte avec les autres, renforçant un sentiment d’exception personnelle.
4. Cette transformation est souvent comprise comme une élection individuelle, où chacun se vit comme choisi ou privilégié, et non simplement membre d’un groupe croyant.
5. Leur rapport à la vérité devient auto-validant : Dieu, texte et expérience personnelle convergent pour confirmer ce qu’ils croient déjà.
6. Ils tendent à disqualifier les critiques extérieures en les interprétant comme ignorance ou rejet spirituel, ce qui renforce la fermeture cognitive.
7. Le doute est requalifié en faiblesse ou en faute, ce qui empêche toute remise en question authentique et entretient une certitude rigide.
8. Leur identité repose fortement sur leur croyance, créant une fusion entre “ce qu’ils croient” et “ce qu’ils sont”, typique des engagements fanatisés.
9. Ils attribuent une valeur supérieure à leur propre compréhension spirituelle, ce qui introduit une hiérarchie implicite entre eux et les autres.
10. Leur expérience personnelle est souvent perçue comme unique ou exceptionnelle, alimentant une inflation du rapport à soi.
11. Ils interprètent leur parcours comme guidé ou validé par une instance divine, ce qui renforce le sentiment d’importance personnelle.
12. Cette importance personnelle prend une dimension quasi centrale : ils deviennent, à leurs propres yeux, porteurs d’une vérité essentielle.
13. Leur croyance n’est pas seulement adoptée, elle est incarnée comme une mission ou un statut, ce qui amplifie la perception d’être à part.
14. Le recours simultané au texte sacré et au vécu intime rend leur position difficilement attaquable, consolidant une structure mentale fermée.
15. L’ensemble produit une combinaison typique : certitude absolue, identité renforcée, et sentiment d’élection individuelle, formant un mélange de fanatisme et d’inflation mégalomaniaque.
16. Appropriation personnelle du divin : Ils ne se contentent pas de croire en Dieu, ils se positionnent comme en relation directe et privilégiée avec lui, sans médiation réelle. Cette proximité supposée les place implicitement au-dessus de ceux qui n’auraient pas accès à ce lien.
17. Certitude d’être guidé individuellement : Ils interprètent leurs pensées, intuitions ou décisions comme inspirées ou validées par une instance supérieure, ce qui renforce l’idée que leur subjectivité a une valeur exceptionnelle.
18. Immunité à l’erreur : Puisque leurs convictions sont perçues comme issues d’une source supérieure, ils se considèrent de fait moins susceptibles de se tromper que les autres.
19. Hiérarchisation implicite des individus : Ils tendent à classer les autres selon leur proximité avec cette “vérité”, se plaçant eux-mêmes du côté des éveillés ou des lucides.
20. Surinterprétation des événements : Des événements banals sont requalifiés comme des signes personnels, des messages ou des confirmations, centrés sur leur propre trajectoire.
21. Centralité du “moi” dans le récit spirituel : Leur discours ramène constamment à leur propre parcours, leur transformation, leur révélation, comme si leur expérience constituait un point de référence.
22. Légitimation de leur point de vue par eux-mêmes : Ils deviennent à la fois la source, la preuve et la validation de leurs propres affirmations, ce qui crée un système fermé centré sur leur personne.
23. Difficulté à reconnaître l’altérité cognitive : Ils peinent à admettre que d’autres puissent penser différemment sans être dans l’erreur, ce qui renforce leur position dominante implicite.
24. Valorisation excessive de leur transformation : Leur “renaissance” ou conversion est perçue comme un événement majeur qui les distingue radicalement, parfois de manière disproportionnée par rapport à ce qui est constatable.
25. Sentiment de mission personnelle : Ils se vivent comme porteurs d’un message ou d’une vérité à transmettre, ce qui leur confère un rôle quasi central dans un récit qui dépasse pourtant largement leur individualité.
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Croyance fanatisée néotestamentaire.
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Ecrit le 20 mars26, 16:01- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !
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Re: Croyance fanatisée néotestamentaire.
Ecrit le 21 mars26, 02:11Bonjour à tous, bonjour J'm'interroge,
L’idée d’élection, qu'elle soit collective ou individuelle, n’est pas étrangère à la Bible. Il est donc normal que les personnes qui lisent la Bible et croient en Dieu pensent qu'il existe des personnes particulières. Tout au long de la Bible, nous lisons que le Messie d'Israël est une personne spéciale.
Selon l'apôtre Paul, il existe également des ministères (certains pensent qu'ils ont disparu). Il faut les considérer comme une grâce de D.ieu, pour le bien de tous. Évidemment, il ne faut pas tomber dans le fanatisme et suivre un gourou, il est important d'examiner la personne. D.ieu est le chef.
Selon moi, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l'expérience de la personne, mais regarder les fruits et la vérité du Message.
Et la personne qui a une expérience particulière peut éventuellement, sans chercher à prouver quoi que ce soit aux autres, se demander si celle-ci est réelle.
Cordialement,
L’idée d’élection, qu'elle soit collective ou individuelle, n’est pas étrangère à la Bible. Il est donc normal que les personnes qui lisent la Bible et croient en Dieu pensent qu'il existe des personnes particulières. Tout au long de la Bible, nous lisons que le Messie d'Israël est une personne spéciale.
Selon l'apôtre Paul, il existe également des ministères (certains pensent qu'ils ont disparu). Il faut les considérer comme une grâce de D.ieu, pour le bien de tous. Évidemment, il ne faut pas tomber dans le fanatisme et suivre un gourou, il est important d'examiner la personne. D.ieu est le chef.
Selon moi, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l'expérience de la personne, mais regarder les fruits et la vérité du Message.
Et la personne qui a une expérience particulière peut éventuellement, sans chercher à prouver quoi que ce soit aux autres, se demander si celle-ci est réelle.
Cordialement,
Esaie 41:18 Je ferai couler des rivières sur les hauteurs, et des fontaines au milieu des vallées; je changerai le désert en un étang d'eau, et la terre aride en des sources jaillissantes. https://www.desertpath.net/IndexFr.html
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Re: Croyance fanatisée néotestamentaire.
Ecrit le 21 mars26, 13:08.
@ Coemgen,
Tu réponds à côté du point que je soulève.
Je ne conteste pas que l’idée d’élection existe dans la Bible, ni que certains puissent se penser appelés, choisis ou investis d’un rôle particulier. Ça, c’est un cadre théologique, et il est cohérent en lui-même. Mais ce n’est pas le sujet ici. Moi, je parle d’un mode de fonctionnement psychologique, pas de la légitimité doctrinale de ces idées.
Quand tu dis que c’est “normal” que des gens se pensent particuliers parce que c’est dans la Bible, tu décris quelque chose, mais tu ne réponds pas à ce que j’analyse. Mon point, c’est précisément la manière dont cette idée est réappropriée, individualisée et absolutisée. Le problème n’est pas l’existence du concept d’élection, mais ce qu’en fait l’individu quand il se met à se croire lui-même être le bénéficiaire direct de cette élection.
Tu ajoutes qu’il ne faut pas tomber dans le fanatisme, qu’il faut examiner la personne. Très bien, mais tu restes dans une précaution de principe. Tu ne définis pas ce qu’est ce fanatisme, ni comment il fonctionne concrètement. Or c’est exactement ce que je décris : un fonctionnement où la croyance devient indiscutable, où le doute n’a plus de place, où l’individu ne distingue plus entre ce qu’il croit et ce qui est.
Quand tu parles de “regarder les fruits” ou “la vérité du message”, tu restes dans des critères internes au système. Ces critères peuvent eux-mêmes être interprétés de manière à confirmer ce que la personne croit déjà. C’est précisément ce que je pointe : un système auto-validant, où texte, expérience et interprétation personnelle convergent pour se renforcer mutuellement.
Tu dis aussi qu’une personne peut se demander si son expérience est réelle. Oui, en théorie. Mais ce que je décris, c’est justement le cas où ce questionnement disparaît ou devient inopérant. L’expérience est vécue comme preuve, donc elle n’est plus interrogée. Elle sert à confirmer, pas à examiner.
Et surtout, tu ne touches pas au cœur du problème que je soulève :
- la perte de distinction entre croyance et vérité,
- la transformation artificielle du vécu subjectif en preuve objective,
- la centralité du moi dans le récit spirituel,
- la fermeture à la critique extérieure,
- et cette inflation du rapport à soi, où l’individu se vit comme porteur d’une vérité supérieure.
C’est là qu’intervient la dimension que je qualifie de mégalomaniaque : non pas forcément au sens clinique, mais comme une inflation délirante du moi. L’individu ne se contente plus de croire en quelque chose de supérieur, il se vit comme directement relié à cette supériorité, voire comme son vecteur. Il devient, à ses propres yeux, détenteur ou porteur d’une vérité essentielle.
À partir de là, plusieurs choses se mettent en place :
- il interprète ses pensées ou ses décisions comme guidées,
- il se considère moins susceptible de se tromper,
- il hiérarchise implicitement les autres selon leur “proximité” avec cette vérité,
- il appréhende des événements ordinaires comme des signes personnels,
- il recentre constamment le discours sur son propre parcours,
- il devient à la fois source, preuve et validation de ce qu’il affirme...
On n’est plus simplement dans la foi, mais dans une structure fermée où tout converge vers la confirmation de soi. L’identité se confond avec la croyance, et la croyance avec la vérité.
Donc encore une fois : tu défends la cohérence interne d’un cadre religieux. Moi, je décris ce qui se passe quand ce cadre est investi de manière absolutisée et individualisée. Tu ne réfutes pas ce que je dis, tu le contournes en restant à un autre niveau d’analyse.
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@ Coemgen,
Tu réponds à côté du point que je soulève.
Je ne conteste pas que l’idée d’élection existe dans la Bible, ni que certains puissent se penser appelés, choisis ou investis d’un rôle particulier. Ça, c’est un cadre théologique, et il est cohérent en lui-même. Mais ce n’est pas le sujet ici. Moi, je parle d’un mode de fonctionnement psychologique, pas de la légitimité doctrinale de ces idées.
Quand tu dis que c’est “normal” que des gens se pensent particuliers parce que c’est dans la Bible, tu décris quelque chose, mais tu ne réponds pas à ce que j’analyse. Mon point, c’est précisément la manière dont cette idée est réappropriée, individualisée et absolutisée. Le problème n’est pas l’existence du concept d’élection, mais ce qu’en fait l’individu quand il se met à se croire lui-même être le bénéficiaire direct de cette élection.
Tu ajoutes qu’il ne faut pas tomber dans le fanatisme, qu’il faut examiner la personne. Très bien, mais tu restes dans une précaution de principe. Tu ne définis pas ce qu’est ce fanatisme, ni comment il fonctionne concrètement. Or c’est exactement ce que je décris : un fonctionnement où la croyance devient indiscutable, où le doute n’a plus de place, où l’individu ne distingue plus entre ce qu’il croit et ce qui est.
Quand tu parles de “regarder les fruits” ou “la vérité du message”, tu restes dans des critères internes au système. Ces critères peuvent eux-mêmes être interprétés de manière à confirmer ce que la personne croit déjà. C’est précisément ce que je pointe : un système auto-validant, où texte, expérience et interprétation personnelle convergent pour se renforcer mutuellement.
Tu dis aussi qu’une personne peut se demander si son expérience est réelle. Oui, en théorie. Mais ce que je décris, c’est justement le cas où ce questionnement disparaît ou devient inopérant. L’expérience est vécue comme preuve, donc elle n’est plus interrogée. Elle sert à confirmer, pas à examiner.
Et surtout, tu ne touches pas au cœur du problème que je soulève :
- la perte de distinction entre croyance et vérité,
- la transformation artificielle du vécu subjectif en preuve objective,
- la centralité du moi dans le récit spirituel,
- la fermeture à la critique extérieure,
- et cette inflation du rapport à soi, où l’individu se vit comme porteur d’une vérité supérieure.
C’est là qu’intervient la dimension que je qualifie de mégalomaniaque : non pas forcément au sens clinique, mais comme une inflation délirante du moi. L’individu ne se contente plus de croire en quelque chose de supérieur, il se vit comme directement relié à cette supériorité, voire comme son vecteur. Il devient, à ses propres yeux, détenteur ou porteur d’une vérité essentielle.
À partir de là, plusieurs choses se mettent en place :
- il interprète ses pensées ou ses décisions comme guidées,
- il se considère moins susceptible de se tromper,
- il hiérarchise implicitement les autres selon leur “proximité” avec cette vérité,
- il appréhende des événements ordinaires comme des signes personnels,
- il recentre constamment le discours sur son propre parcours,
- il devient à la fois source, preuve et validation de ce qu’il affirme...
On n’est plus simplement dans la foi, mais dans une structure fermée où tout converge vers la confirmation de soi. L’identité se confond avec la croyance, et la croyance avec la vérité.
Donc encore une fois : tu défends la cohérence interne d’un cadre religieux. Moi, je décris ce qui se passe quand ce cadre est investi de manière absolutisée et individualisée. Tu ne réfutes pas ce que je dis, tu le contournes en restant à un autre niveau d’analyse.
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- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
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