.
L’empirisme radical part d’un constat simple : dans ce qui se donne, rien ne se présente comme un sujet à qui quelque chose apparaîtrait. La structure « quelque chose apparaît à quelqu’un » n’est jamais rencontrée comme donnée immédiate. C'est une construction interprétative ajoutée à ce qui se présente, puis naturalisée par l’usage.
De la même manière, rien dans l’expérience ne se donne comme un « extérieur de l’apparaître ». L’idée d’un monde situé hors ou derrière l’apparaître n’est jamais un élément rencontré, mais une hypothèse conceptuelle. L’empirisme radical peut donc en venir à affirmer qu’il n’y a ni sujet séparé auquel les phénomènes apparaissent, ni monde extérieur à l’apparaître. Mais ces affirmations ne doivent pas être comprises comme des thèses ontologiques au sens classique, ni même comme des « ontologies négatives ».
Elles ne visent pas à décrire ce qui existerait ou n’existerait pas en soi. Elles visent à décrire ce qui est effectivement donné dans l’expérience, et à refuser que des constructions conceptuelles soient prises pour des réalités concrètes. Dire « il n’y a pas de sujet à qui il apparaît quelque chose » signifie : aucun tel sujet n’est identifiable comme donné dans l’apparaître. Dire « il n’y a pas d’extérieur de l’apparaître » signifie : rien de tel ne se présente comme élément de l’expérience.
Le point central est donc méthodologique et non ontologique. Il ne s’agit pas d’affirmer un résultat sur la structure ultime du réel, mais de décrire strictement les limites de ce qui est effectivement observable dans l’expérience. Toute entité qui prétend dépasser ces limites — sujet transcendantal, esprit structurant, monde extérieur indépendant — est traitée comme construction conceptuelle, non comme donnée.
Ainsi, les notions de « sujet », « esprit », « monde », ou « réalité extérieure » ne sont pas rejetées comme fausses entités dans un registre métaphysique inverse. Elles sont reconnues comme des opérations de pensée : des manières de structurer, organiser et interpréter ce qui se donne. Leur statut est celui de constructions, non de référents rencontrés.
La confusion classique consiste à croire que cette position engage une ontologie implicite : soit une négation de l’existence du sujet, soit une affirmation d’un pur apparaître autosuffisant. L’empirisme radical refuse précisément ces deux lectures. Il ne remplace pas une métaphysique par une autre. Il ne conclut pas sur ce qui est « en soi ». Il suspend ce type de question pour revenir exclusivement à ce qui se donne effectivement, et à la manière dont des constructions conceptuelles s’y greffent.
En ce sens, il ne s’agit ni d’un idéalisme, ni d’un matérialisme, ni d’un dualisme, ni d’un monisme. Ces positions restent prises dans des affirmations sur ce qui est fondamentalement réel. L’empirisme radical, lui, ne parle pas d'un fondement du réel, il analyse ce qui est effectivement donné et la manière dont des interprétations sont ajoutées à ce donné.
.
L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
- J'm'interroge
- [ Incroyant ]
- [ Incroyant ]
- Messages : 13382
- Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
Ecrit le 21 mai26, 04:481. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
- ronronladouceur
- [Religion] agnostique
- [Religion] agnostique
- Messages : 8712
- Enregistré le : 21 déc.08, 15:43
Re: L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
Ecrit le 21 mai26, 11:22J'm'interroge a écrit : 21 mai26, 04:48 .
L’empirisme radical part d’un constat simple : dans ce qui se donne, rien ne se présente comme un sujet à qui quelque chose apparaîtrait. La structure « quelque chose apparaît à quelqu’un » n’est jamais rencontrée comme donnée immédiate. C'est une construction interprétative ajoutée à ce qui se présente, puis naturalisée par l’usage.

- J'm'interroge
- [ Incroyant ]
- [ Incroyant ]
- Messages : 13382
- Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Re: L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
Ecrit le 22 mai26, 06:03.
Voici la démarche :
1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
5. Reconnaître comme « creuse » ou « vide » toute construction ne répondant pas aux critères 2 ou 3.
6. Ne porter aucune considération ni n’accorder de valeur explicative ou factuelle à de telles constructions.
7. Les nommer « baratins ».
8. Face à un baratin insistant, demander à quoi il réfère concrètement et ce qui le distingue d’une simple interprétation.
9. Chercher à reconnaître ces constructions dans son propre discours.
10. Tendre vers un usage du langage sans termes ni constructions « creuses » ou « vides » ne correspondant à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
.
Voici la démarche :
1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
5. Reconnaître comme « creuse » ou « vide » toute construction ne répondant pas aux critères 2 ou 3.
6. Ne porter aucune considération ni n’accorder de valeur explicative ou factuelle à de telles constructions.
7. Les nommer « baratins ».
8. Face à un baratin insistant, demander à quoi il réfère concrètement et ce qui le distingue d’une simple interprétation.
9. Chercher à reconnaître ces constructions dans son propre discours.
10. Tendre vers un usage du langage sans termes ni constructions « creuses » ou « vides » ne correspondant à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
.
1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
- J'm'interroge
- [ Incroyant ]
- [ Incroyant ]
- Messages : 13382
- Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Re: L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
Ecrit le 24 mai26, 16:19Et contrairement à ce que tu dis et conclus, je n’ai aucun besoin de soutenir que “je serais la seule réalité”.d6p7 a écrit :
Et le pire, c'est que je sais très bien comment il pourrait donner raison à sa pensée et pour cela, il faudrait qu'il dise qu'il est la seule réalité. Et ce serait difficile parce que dans ces cas-là, il faudra qu'il explique comment ça se fait que dans son monde, il y a des personnes qui disent que Dieu existe, et il devrait alors l'expliquer en disant peut-être qu'il y a en lui des contradictions internes pour l'amener affirmer son existence, bref des choses compliquées...
Mon propos ne repose ni sur un solipsisme, ni sur une théorie du sujet absolu, mais sur une distinction méthodologique simple entre ce qui se présente effectivement et ce qui en est théorisé, qui se présente sous forme de constructions verbales le plus souvent creuses.
Le fait qu'il y ait des discours s'accordant qui parlent de Dieu, de substance ou d’absolu ne constitue pas une vérification de ces notions. Cela montre seulement que des discours et des croyances apparaissent aussi dans le champ des apparaîtres et qu'ils peuvent s'accorder entre eux.
Autrement dit, l’existence du discours sur Dieu n’implique pas l’existence d’un référent identifiable correspondant au terme “Dieu”.
Je ne dis pas simplement : “Dieu n’existe pas pour moi”.d6p7 a écrit :
Parce que pour l'instant, en l'état des choses, tout ce qu'il dit finalement lorsqu'il dit que Dieu n'existe pas c'est que pour lui il n'existe pas. Et même lorsqu'il va jusqu'à affirmer que Dieu n'existe pas, tout ce qu'il dit en réalité c'est rien d'autre que pour lui il n'existe pas
Je dis que parler d’“existence” ici devient vide de sens si le terme “Dieu” ne réfère à rien d’identifiable, de distinguable ou de vérifiable dans ce qui se présente.
Autrement dit, ce n’est pas ici une négation dogmatique ni même logique d’un objet clairement défini. C’est la constatation qu’on utilise un mot auquel aucun contenu empirique déterminé ne correspond.
Dans ce cas, affirmer : “Dieu existe” ou “Dieu n’existe pas” perd largement sa portée descriptive, puisque le terme lui-même flotte sans référent identifiable clair dans l'expérience.
.
1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
- J'm'interroge
- [ Incroyant ]
- [ Incroyant ]
- Messages : 13382
- Enregistré le : 02 sept.13, 23:33
Re: L'empirisme radical : Contre les fictions métaphysiques
Ecrit le 25 mai26, 19:50.
C'est une démarche que l'on pourrait nommer une phénoménologie empiriste.
En précisant que j'entends par “phénoménologie empiriste” une approche qui :
- part exclusivement de ce qui se présente,
- reconnaît des différenciations directement données dans l’expérience,
- refuse les entités ou structures non vérifiables dans ce champ du donné,
- distingue les constructions langagières des différenciations effectivement repérables,
- sans pour autant réduire toute structuration au langage.
Cela se distingue ainsi :
- d’une phénoménologie classique trop facilement reconduite vers des structures transcendantales,
- et d’un empirisme naïf qui réduirait l’expérience à de simples données sensorielles atomiques.
La position conserve :
- la richesse structurée du vécu, mais
- sans postuler de fond ontologique caché ni de sujet transcendantal nécessaire.
____
Plus précisément :
Je pars du constat que ce qui se présente n’est jamais un flux indifférencié. Il y a toujours, dans l’expérience elle-même, des distinctions, des variations, des contrastes qui ne dépendent pas du langage pour exister. Le langage intervient ensuite, mais il ne produit pas ces différenciations premières.
Dans ce contexte, je distingue plusieurs rôles du langage. D’un côté, il stabilise et nomme des distinctions déjà présentes dans le donné, en les rendant réutilisables et partageables. De l’autre, il peut aussi introduire des découpages nouveaux, fabriquer des catégories ou des entités qui ne correspondent pas directement à des différenciations repérables dans ce qui se présente. Il n’est donc pas seulement un outil de description, mais aussi un opérateur de structuration.
La reconnaissance des distinctions repose par ailleurs sur des réseaux d’associations d’idées et de régularités internes au système de représentation. Ces réseaux permettent d’identifier des ensembles d’apparaîtres et de stabiliser des repères sans qu’il soit nécessaire de postuler une structure métaphysique cachée derrière l’expérience. Ce sont des modalités de repérage internes, qui organisent la manière dont ce qui se présente est saisi.
Je distingue alors un critère central : celui de la référentialité dans le donné. Une notion ou une théorie est valable, au sens où je l’entends, lorsqu’elle renvoie à des différenciations effectivement identifiables dans ce qui se présente et qu’elle peut s’y vérifier d’une manière ou d’une autre. À l’inverse, une notion est creuse lorsqu’elle ne renvoie à aucune différenciation identifiable dans le donné et ne trouve aucun point de vérification dans ce champ de l’expérience.
Je précise cependant qu’une notion creuse au niveau référentiel peut malgré tout avoir des effets dans le système de représentation, au sens où elle peut y circuler, structurer des enchaînements de discours ou organiser des prises de position. Mais ces effets ne constituent pas une “efficacité propre” au sens fort : ils restent internes au jeu des représentations, sans garantir aucun ancrage dans des différenciations identifiables dans le donné.
.
C'est une démarche que l'on pourrait nommer une phénoménologie empiriste.
En précisant que j'entends par “phénoménologie empiriste” une approche qui :
- part exclusivement de ce qui se présente,
- reconnaît des différenciations directement données dans l’expérience,
- refuse les entités ou structures non vérifiables dans ce champ du donné,
- distingue les constructions langagières des différenciations effectivement repérables,
- sans pour autant réduire toute structuration au langage.
Cela se distingue ainsi :
- d’une phénoménologie classique trop facilement reconduite vers des structures transcendantales,
- et d’un empirisme naïf qui réduirait l’expérience à de simples données sensorielles atomiques.
La position conserve :
- la richesse structurée du vécu, mais
- sans postuler de fond ontologique caché ni de sujet transcendantal nécessaire.
____
Plus précisément :
Je pars du constat que ce qui se présente n’est jamais un flux indifférencié. Il y a toujours, dans l’expérience elle-même, des distinctions, des variations, des contrastes qui ne dépendent pas du langage pour exister. Le langage intervient ensuite, mais il ne produit pas ces différenciations premières.
Dans ce contexte, je distingue plusieurs rôles du langage. D’un côté, il stabilise et nomme des distinctions déjà présentes dans le donné, en les rendant réutilisables et partageables. De l’autre, il peut aussi introduire des découpages nouveaux, fabriquer des catégories ou des entités qui ne correspondent pas directement à des différenciations repérables dans ce qui se présente. Il n’est donc pas seulement un outil de description, mais aussi un opérateur de structuration.
La reconnaissance des distinctions repose par ailleurs sur des réseaux d’associations d’idées et de régularités internes au système de représentation. Ces réseaux permettent d’identifier des ensembles d’apparaîtres et de stabiliser des repères sans qu’il soit nécessaire de postuler une structure métaphysique cachée derrière l’expérience. Ce sont des modalités de repérage internes, qui organisent la manière dont ce qui se présente est saisi.
Je distingue alors un critère central : celui de la référentialité dans le donné. Une notion ou une théorie est valable, au sens où je l’entends, lorsqu’elle renvoie à des différenciations effectivement identifiables dans ce qui se présente et qu’elle peut s’y vérifier d’une manière ou d’une autre. À l’inverse, une notion est creuse lorsqu’elle ne renvoie à aucune différenciation identifiable dans le donné et ne trouve aucun point de vérification dans ce champ de l’expérience.
Je précise cependant qu’une notion creuse au niveau référentiel peut malgré tout avoir des effets dans le système de représentation, au sens où elle peut y circuler, structurer des enchaînements de discours ou organiser des prises de position. Mais ces effets ne constituent pas une “efficacité propre” au sens fort : ils restent internes au jeu des représentations, sans garantir aucun ancrage dans des différenciations identifiables dans le donné.
.
1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.
-
- Sujets similaires
- Réponses
- Vues
- Dernier message
-
- 25 Réponses
- 2097 Vues
-
Dernier message par Démocrite
-
- 6 Réponses
- 1187 Vues
-
Dernier message par Saint Glinglin
Qui est en ligne
Utilisateurs parcourant ce forum : J'm'interroge, Mic, vic et 10 invités