vic a écrit : 02 juin26, 05:36
Ce n'est pas une absence de conscience, c'est une absence de saisie
Quand je dis "ne penser à rien de particulier", cela signifie que l'esprit reste éveillé et lucide, mais qu'il ne s'accroche à aucune forme.
Justement c'est ça la subtilité .
C'est drôle.
Je parle de ta ta phrase :
"L'esprit reste éveillé et lucide, mais il ne s'accroche à aucune forme."
Cette formulation présuppose déjà plusieurs choses :
- qu'il y a des formes,
- qu'elles sont reconnues comme telles,
- qu'il existe un rapport possible à ces formes,
- qu'il est possible soit de s'y accrocher, soit de ne pas s'y accrocher.
Autrement dit, au moment même où tu veux décrire un tel état comme défini, consistant à ne rien penser de particulier, tu réintroduis tout un ensemble de distinctions.
Tu reconnais par là implicitement ce dont je parles depuis le début, car pour ne s'accrocher à aucune forme, encore faut-il qu'il y ait des formes.
Sinon la formule n'a aucun sens.
Or, si aucune forme ne se présente, alors il n'y a rien à quoi s'accrocher et ton "non-attachement aux formes" devient une formule vide.
(Et quand je dis "vide" ici ce n'est pas dans le sens bouddhiste ou empiriste.)
Ta formulation présuppose donc déjà :
- la présence de formes -------------------> Ce dont je parle
- leur reconnaissance, ---------------------> Ce dont je parle également
- et un certain rapport à celles-ci. --------> Ça par contre je le discute, mais ce n'est pas le point ici
Tu es donc très loin du "il n'y a plus rien qui se présente", ou du "les notions d'expérience, de vécu ou de perception sont déjà de trop".
En réalité, dès que tu essaies de décrire concrètement ce dont tu parles, tu réintroduis exactement ce que tu passais ton temps à nier : des phénomènes, des distinctions et des modes de reconnaissance.
Le désaccord n'est donc pas sur l'existence ou non de formes, mais sur la manière dont tu interprètes ensuite leur statut.
Et ce point est difficile à contourner pour toi, parce qu'il est tiré directement de tes propres mots.
- Si tu dis : "il n'y a aucune forme", alors sa phrase devient incohérente.
- Si tu dis : "il y a des formes mais on ne s'y attache pas", alors tu dois reconnaître qu'il y a bien quelque chose qui se présente indépendamment de l'attachement ou du non-attachement.
Ce qui est précisément ce que je soutiens depuis le début, contre quoi tu bloques.
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Pour ce qui est du reste de ton message :
Il illustre précisément ce que je te reproche depuis le début.
Depuis des pages, tu expliques que tu ne défends aucune thèse, que tu ne fais que suspendre les jugements, que tu ne dis « rien de particulier », et que c'est moi qui te prête une métaphysique que tu n'aurais pas.
Mais que trouves-t-on dans ton message ?
- Une « matrice » qui contiendrait tous les points de vue.
- Une « totalité du champ » qu'il faudrait embrasser.
- Une « réalité » qui serait la simultanéité de tous les points de vue possibles.
- Un « espace qui contient tous les points de vue »
- Une « conscience fondamentale » sans laquelle rien ne pourrait apparaître.
- Une « condition d'existence de toutes choses » qui serait invisible et insaisissable.
- Un « espace » dans lequel toutes les potentialités se déploieraient.
- Un « sujet qui observe »
- Un ensemble de « toutes les potentialités »
Ce ne sont pas des suspensions de jugement. Ce sont des affirmations.
Tu ne décris plus ce qui s'observe. Tu proposes un modèle général de ce qu'il en serait du réel, de la conscience, de la perception et de l'existence.
Et c'est précisément là que se situe notre désaccord.
Moi, lorsque je parle de perception, de reconnaissance ou d'un état méditatif, je parle de ce qui se présente.
Toi, tu passes constamment de ce qui se présente à des propositions sur ce qui rendrait possible toute présentation : une matrice, une totalité, une conscience fondamentale, un espace contenant tous les points de vue, etc.
Autrement dit, tu quittes le terrain descriptif pour entrer dans un discours métaphysique.
Que ce discours soit inspiré du bouddhisme, de l'Advaita, du Dzogchen ou d'autre chose n'est pas la question.
La question est simplement celle-ci :
Comment peux-tu soutenir depuis le début que tu ne défends aucune thèse particulière, alors que tu viens d'énoncer toute une série de propositions, métaphysiques qui plus est, sur la structure ultime du réel, de la conscience et de l'expérience ?
C'est exactement ce que j'appelle une ontologisation.
Et c'est précisément ce que, pour ma part, j'essaie d'éviter. Je ne cherche pas ici ce qui rendrait l'expérience possible en dernière instance. Je m'en tiens à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajouter derrière cela une matrice invisible, une totalité, une conscience fondamentale ou une condition ultime de l'existence.
Autrement dit : je ne postule aucune "réalités" supposées de ce genre, car invérifiables.
La différence entre nous n'est donc pas que je serais attaché aux phénomènes et toi au lâcher-prise. La différence est que je reste au niveau de l'observation, tandis que tu réintroduis constamment, sous couvert de ne rien affirmer, des thèses générales sur ce qu'il en est réellement des choses.
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En empiriste strict, je ne m'oppose pas au fait de chercher à théoriser, je considère simplement comme creuse toute construction théorique explicative ou prédictive qui ne se vérifie pas dans l'expérience et/ou suppose des entités qui ne s'y reconnaissent ou ne s'y vérifient pas.
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1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.