La notion de Démiurge"appartient à Platon"(Timée), où un artisan divin façonne le monde en organisant une matière préexistante.
Chez Aristote, le monde est éternel (sans commencement ni fin). Son concept fondamental est le "Premier Moteur immobile" : un être parfait, immobile, pensé pure, qui met le monde en mouvement non pas en agissant directement, mais en attirant le monde à lui comme un objet de désir/d'amour (cause finale).
Hors , pour Aristote , ce Premier Moteur ne connaît même pas le monde et ne l'a pas créé.
En effet , Aristote a toujours été clair sur ce sujet , et s'opposait à cette histoire de démiurge créateur de l'univers de Platon .
Pour lui, le monde était sans commencement .
Source et citation d'aristote qui le prouve :
La confusion ou plutôt le rapprochement fait par les croyants (en particulier juifs, chrétiens et musulmans) s'est construite au fil de l'histoire intellectuelle par un processus d'assimilation et de synthèse.
1. La fusion du platonisme et du christianisme (Antiquité tardive)
Avant la redécouverte d'Aristote au Moyen Âge, la théologie chrétienne (notamment avec Saint Augustin) s'est développée dans un cadre néoplatonicien.
Le "Démiurge de Platon" et le "Logos" (la Parole divine) ont été identifiés au Dieu créateur de la Genèse.
Quand les textes d'Aristote sont réintroduits plus tard, le concept de « Dieu » chez les croyants est déjà teinté par cette figure du Démiurge/Artisan divin.
2. Le travail des philosophes monothéistes (Moyen Âge)
Au Moyen Âge, des penseurs musulmans (Avicenne, Averroès), juifs (Maïmonide) et chrétiens (Thomas d'Aquin) redécouvrent la rigueur logique d'Aristote. Pour utiliser sa philosophie sans renier leur foi, ils doivent concilier l'éternité du monde aristotélicienne avec la création biblique.
Thomas d'Aquin (XIIIᵉ siècle) prend le "Premier Moteur immobile" d'Aristote et réinterprète sa logique : si Dieu est la cause première de tout mouvement et de tout être, alors cette « cause première » (Aristote) "est" le Dieu créateur/ordonnateur (foi chrétienne).
On a ainsi appliqué la démonstration métaphysique d'Aristote à l'action créatrice et providentielle du Dieu monothéiste.
3. La vulgarisation et les raccourcis de vocabulaire
Dans le langage courant et l'apologétique religieuse :
Les distinctions subtiles entre "Platon" (Artisan/Démiurge), "Aristote" (Moteur immobile/Cause première) et la "Bible" (Créateur "ex nihilo") se sont floutées.
On a fini par attribuer à Aristote l'idée générale d'un « Dieu grand architecte ou démiurge », alors qu'il s'agissait d'un placage de la théologie chrétienne sur la métaphysique grecque.
Analogie de la mobylette :
Ca n'est pas parce qu'il faut un moteur à une mobylette que ça prouve que le moteur de la mobylette a créé la mobylette .
C'est exactement le cœur du raisonnement d'Aristote.
L'analogie de la mobylette illustre parfaitement sa rupture avec Platon :
"Pour Platon", il faut un mécanicien (le Démiurge) qui assemble le cadre et le moteur pour fabriquer la mobylette.
"Pour Aristote", la mobylette (le Monde) a toujours existé, le cadre a toujours été là, et le moteur n'a jamais été fabriqué. Le « Premier Moteur » n'est pas celui qui a construit l'engin, c'est l'aimant ou l'horizon qui donne permet à la mobylette de rouler.
Pour Aristote :
Le Premier Moteur n'est pas celui qui a construit l'engin : il agit comme un aimant qui attire la mobylette, déclenchant son mouvement sans jamais la toucher ni la fabriquer.
En termes philosophiques, les théologiens du Moyen Âge ont commis une confusion entre deux types de causes :
1) La cause finale (ce vers quoi on tend) : C'est le Moteur d'Aristote. Il ne produit rien, ne fabrique rien. Il est le modèle parfait que le monde imite en étant en mouvement.
2) La cause efficiente (ce qui fabrique/déclenche) : C'est le Démiurge de Platon ou le Dieu de la Genèse. C'est l'ouvrier qui assemble la matière.
Thomas d'Aquin et d'autres croyants ont pris le "Moteur" d'Aristote en disant : « S'il y a un moteur, c'est bien la preuve qu'il y a un Dieu ». Mais ils lui ont subrepticement attribué le rôle du constructeur de la mobylette, ce qu'Aristote refusait catégoriquement.