métaphysique : problème corps-esprit
- Jean Blique
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métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 06 janv.15, 13:12Bonsoir,
j'ai cru remarquer que beaucoup de forumeur se plaisent à réinventer la métaphysique, et ignorant parfaitement ce qui a déjà été dit et contre-dit. Je vais donc tenter d'écrire une petite introduction à la métaphysique et à son histoire, avec pour fil directeur le problème corps-esprit, c'est à dire, que sont le corps et l'esprit ? et quel relation entretiennent-ils ? (une question indispensable avant de se demander, par exemple, ce qu'il y a après la mort, si les animaux ont une âme, etc)
Je présente principalement les 5 doctrines suivantes :
Descartes - dualisme (le corps et l'esprit sont deux choses différentes)
Spinoza - monisme neutre (le corps et l'esprit sont deux aspects d'une même chose, qui n'est ni le corps, ni l'esprit)
Leibniz - monadisme (l'univers est composé d'une infinité de monades, toutes à l'image de l'univers entier)
Berkeley - monisme spiritualiste (il n'y a rien d'autres que l'esprit)
La Mettrie - monisme matérialiste (il n'y a rien d'autres que la matière)
Vous pouvez très bien ne lire qu'une partie de l'article si le reste ne vous intéresse pas. La partie "moyen-âge", notamment, est surtout une introduction historique et technique. Toutes les réactions sont les bienvenues (question, remarques, prises de parti, ou pourquoi pas correction)
Le Moyen-Âge
Le début du moyen-âge, marqué par la perte de la culture antique, reste influencé (notamment à travers Saint Augustin et les pères de l’Église) par Platon, selon lequel l'âme est une entité intermédiaire entre le monde tel que nous le montre nos sens, toujours changeant et imparfait (auquel appartient les corps) et tel que nous le concevons par notre intellect, parfait et immuable.
Par la suite, l'influence de Aristote, disciple et adversaire de Platon, deviendra dominante. Il sera d'abord redécouvert, traduit et commenté dans le monde musulman, puis dans le monde chrétien. Pour comprendre sa pensée, il me faut introduire un peu de vocabulaire.
Les choses elles-mêmes sont des substances, ayant des attributs. Les attributs qui font que la substance est ce qu'elle est constituent sont essence, les autres sont des accidents. Par exemple, un vase est une substance, qu'il soit creux est un attribut essentiel (s'il ne l'était pas, ce ne serait pas un vase), et qu'il soit transparent est un attribue accidentel (il pourrait très bien être rouge, il n'en serait pas moins un vase).
Chez Aristote, la substance et l'essence (ousia) ne sont pas distingué, mais par commodité, j'adopte le jargon de ses successeurs latins du moyen-âge, qui nous sera encore utile par la suite.
Pour Aristote, chaque substance est composé de sa matière (hylè) et de sa forme (morphè), qui constitue son essence. On appelle cette doctrine hylémorphisme. L'âme (psychè) est chez lui la forme du corps des êtres vivants et ce qui les faits vivre. Ainsi, les animaux et les plantes sont eux aussi doté d'une âme, et celle-ci se dissipe lors de la mort. Par contre, il y a une ambiguïté à propos de l'Esprit (noûs), conçu comme la rationalité universelle, et qui semble distinct de l'âme individuelle.
Chez Averroès, originaire d'Espagne, grand commentateur d'Aristote et plus grand représentant musulman du rationalisme, l'âme individuelle se dissout bien lors de la mort et seul l'Esprit universel, qui est en chacun de nous, survie. Cette doctrine eu une très grande influence dans les universités européennes du moyen-âge, et c'est principalement grâce aux traductions et aux commentaires d'Averroès qu'Aristote fut découvert en Europe.
Thomas d'Aquin, originaire d'Italie, combattit l'influence d'Averroès et offrit une nouvelle interprétation d'Aristote, en accord avec la théologie chrétienne, en faisant du noûs l'âme individuelle et immortelle de la tradition. Sa doctrine gagna progressivement en influence au cours du moyen-âge, jusqu'à devenir la théologie officiel de l’Église catholique de le contre-réforme jusqu'à nos jours.
L'âge classique
Les trois métaphysiciens que je vais ici présenter, Descartes, Spinoza et Leibniz, appartiennent à cette période marqué par les monarchies absolues et les grosses perruques. Sur le plan intellectuel, elle se situe globalement entre la mort des anciennes sciences avec Galilée (dont est contemporain Descartes) et la naissance des sciences modernes avec Newton (dont est contemporain Leibniz). Les penseurs de cette époque chercherons à retrouver des connaissances fiables sur le monde à partir de leur seul raison. On les qualifie donc de rationaliste. Il en ressortira de très riches systèmes métaphysiques et des réponses originales au problème corps-esprits.
Descartes – dualisme
René Descartes, français et sincère catholique, est un intellectuel qui sent toutes les anciennes connaissances vaciller sous ses pieds. Il tente donc de créer une nouvelle science toute entière, et passe sa vie à voyager, réfléchir et débattre avec tous les savants de son époque.
Pour lui, le seul attribut essentiel des corps est d'être étendue dans l'espace, et le seul attribut essentiel des esprits est leur faculté de pensée. Il y a donc pour lui deux sortes de substances, radicalement différentes : les substances étendues, et les substances pensantes. Moi, être rationnel, je suis une substance pensante, et mon corps, une substance étendue. Par contre, pour Descartes, les animaux n'étant pas capable de raisonnement, ils sont tel des machines, uniquement composés de substances étendues.
Le dualisme est la manière la plus intuitive de répondre au problème corps-esprit lorsque l'on met de coté toutes nos connaissances, cependant, il pose un problème majeur : pour que mon esprit ai conscience de la faim lorsque mon corps à faim, et pour que mon corps lève le bras lorsque mon esprit pense à lever le bras, il faut que mon corps et mon esprit interagissent. Or, comment une substance pensante, qui n'est nulle part et qui n'est que pensée, peut-elle interagir avec une substance étendue, qui dans la physique de Descartes ne peut que réagir qu'au contact de quelque chose (dans l'espace, donc) ?
Descartes tente de résoudre le problème en supposant un point de rencontre entre les deux substances, situés, au niveau du corps, dans une glande du cerveau qu'il nomme « glande pinéale », mais cette théorie a été jugé très douteuse. La plupart de ses successeurs, tel Malebranche, en sont venu à croire qu'il n'y avait véritablement aucun contact entre l'esprit et le corps, et que les deux ne se comportaient en concert que parce que Dieu les avaient réglés ainsi.
Spinoza – monisme neutre
Baruch Spinoza, juif hérétique des pays-bas, est un fervent défenseur des idées de Descartes, mais dont il senti l'insuffisance au niveau métaphysique. Il eu une vie ascétique et solitaire, gagnait son pain en nettoyant des lunettes astronomiques, et se tenait informer de ce qui se passait dans le monde, mais sans se montrer ni chercher à agir – tant qu'on le laissait penser librement.
Spinoza pousse la logique de Descartes jusqu'à ses ultimes conséquences, et conclue qu'il n'y a qu'une seule substance dont l'étendue et la pensée sont deux attributs. Ainsi, la pensée et la matière (ou plutôt, l'espace, qui se manifeste par la matière) sont deux aspects d'une même chose, que l'on peut appeler « Dieu » ou « Nature ».
Chaque chose est un « mode » de la substance, se manifestant comme un Corps du coté de l'étendu, et comme une « Idée » du coté de la pensée (l'âme étant l'Idée d'un corps vivant). Ainsi, mon corps et mon esprit son deux aspect d'une même chose, comme les deux faces d'une pièce.
Il faut ajouter de que Dieu/Nature de Spinoza n'est pas anthropomorphe, il n'a aucune finalité, aucune préférence et ne recherche aucun but. Il est aussi entièrement déterminé causalement, cependant, il n'y a pas d'interaction causale d'un attribut à un autre. Chaque pensée est causé par d'autres pensées, et chaque mouvement d'un corps est causé par les mouvements d'autres corps. Ainsi, bien que tous les deux soient parfaitement déterminé, l'esprit et le corps n'ont aucune action l'un sur l'autre. Ils sont tout au plus parallèle, puisque tous les deux reflets d'une même chose.
Leibniz – monadisme
Leibniz est un penseur allemand cherchant à réconcilier catholicisme et protestantisme par la philosophie et la science. Il eu une vie de courtisan très mondain, cherchant plus souvent à rendre sa pensée séduisante qu'à véritablement montrer sa cohérence. Néanmoins, derrière sa poésie conceptuelle se cache un système très inspiré de Spinoza, auquel il tente de proposer une alternative.
Pour Leibniz, il y a une infinité de substances qu'il nomme « monade ». Toutes les monades perçoivent le monde, bien que certaines le fassent sans s'en apercevoir (comme nous lorsque nous sommes inconscient, ou comme les plantes). Les monades douées de conscience son nommée « âme », et les âmes douées de raison sont nommées « esprit », mais il n'y a qu'une différence de degrés entre tous ces niveaux de monades, et non pas une différence radicale et inaltérable comme celle de Descartes entre les substances pensantes et étendues.
Étant simple, c'est à dire, n'étant pas composé d'autres choses, les monades sont éternelles et incorruptibles. Elles n’interagissent jamais, ne se « touchent » ni ne se « voient » jamais, mais se comporte comme si elle le faisait par l'Harmonie préétablie. Chaque monade ne voit donc que ce qui est à l'intérieur d'elle, ainsi, chaque chose est une image de l'Univers tout entier.
Un corps est composé d'une monade centrale, qui est à l'image du corps tout entier, et d'une infinité d'autres corps, eux même tous constitués d'une monade centrale et d'autres corps, etc, à l'infini, notre âme étant donc la monade centrale de notre corps.
La pensée des lumières
La physique de Descartes et le rationalisme classique s’éteignent doucement avec la victoire éclatante de la science Newtonienne. Nos « philosophes des lumières » rejette le rationalisme au profit de l'empirisme, basé non pas sur la raison mais sur l'expérience. Il s'en suis un abandon de la métaphysique : la plupart des grands concepts de l'antiquité avaient disparu au moyen-âge, la distinction entre « accident » et « essence » se dissipe progressivement chez les grands classiques, et chez les lumières, c'est l'idée même de « substance » qui est mise de coté. Le problème corps-esprit tombe lui aussi dans l'ombre, les hommes modernes préférant soit un agnosticisme raisonnable, soit une foi aveugle.
Deux penseurs en marge des lumières, Berkeley et La Mettrie, vont tout de même avancer des solutions assez emblématique au problème, offrant un beau contraste avec les pensées classiques, bien qu'elle soit un peu plus pauvre. Aucun des deux ne fait vraiment partie des « lumières » : le premier est jugé trop religieux, le second, pas assez.
Berkeley – monisme spiritualiste
L’évêque irlandais George Berkeley est l'un de ces religieux conservateurs qui s'opposèrent à la libre-pensée. Pour contrer la monté du matérialisme, il envisagea une métaphysique originale, niant l'existence de la matière. Attaqué de tous les cotés (trop hétérodoxe pour les religieux, pas assez logique pour les philosophes), il renonça à ses idées, et embarque pour l'Amérique, donant son nom à une ville et à sa prestigieuse université.
La doctrine de Berkeley est simple : être, c'est percevoir ou être perçu. Il n'y a donc pour lui que deux types d'êtres, les esprits (humains ou Divin) existant par eux-même, et les idées, n'existant que parce qu'elles apparaissent aux esprits.
Cette théorie est généralement violemment rejeter par les philosophes, qui se sont tous fait un plaisir d'y trouver de nombreuses incohérence, malgré tout, elle réapparaît régulièrement, de manière plus ou moins claire, chez les spiritualistes et les apprenti-métaphysiciens.
L'immatérialisme se retrouve déjà soupçonné dans une étape du raisonnement de Descartes – et c'est de ce raisonnement-ci que Berkeley se revendique. Seulement, il ne le pousse pas jusqu'au bout. Descartes, lorsqu'il envisage que ce perçoivent ses sens puissent n'avoir pas plus de fermeté qu'un rêve, va jusqu'à envisager le solipsisme : c'est à dire, que rien d'autre n'existe que son propre esprit, et que les autres personnes n'existent pas plus que des personnages de rêve. Descartes retourne ensuite à l'objectivité extérieur par l'usage de quelques raisonnements très audacieux, et dont on doute aujourd'hui de la validité (je n'entrerais pas dans les détails), mais Berkeley reste coincé dans un entre-deux.
Une fois que l'on accepte de nier l'extériorité de la matière, il n'y a aucune raison valide de continuer à croire en l'existence d'autres personnes. Et réciproquement, admettre qu'il y ait d'autres esprits dont l'expérience est cohérente avec la nôtre rend assez absurde la négation de l'existence d'un terrain d'expérience commune, qu'on le nomme « matière » ou non.
La Mettrie – monisme matérialiste
La Mettrie est un médecin français, libertin, athée, matérialiste et hédoniste, rejeté par les philosophes des lumières qui le voyaient un peu comme une parodie de leur propre critique de la religion. N'admettant aucun autre but dans la vie que la jouissance, il serait mort d'indigestion après avoir s'être goinfré déraisonnablement.
Descartes, souvenez vous, avait déjà avancé que tous les corps n'étaient pas accompagné d'esprit, seul les êtres rationnels étant des « substances pensantes ». Ainsi, même des êtres qui semblent animés -tels les animaux- peuvent être de simples amas de matière, comparable à des automates. Constatant que le corps de l'homme contient les mêmes mécanismes que le corps des animaux, La Mettrie en conclu que nous sommes nous même des « homme-machine », comparables aux animaux-machines !
Cette solution au problème paraît très intuitive à quiconque s'intéresse au fonctionnement du corps humain, et notamment de son cerveau, et n'a cessé de gagner en importance depuis. Néanmoins, elle est souvent jugé assez grossière par les philosophes, et inapte à rendre raison de notre expérience subjective quotidienne.
Un philosophe actuel, David Chalmers, imagine un argument amusant contre cette théorie, faisant appel au concept de « zombie philosophique ». C'est à dire : un être qui ressemble à un humain, dont le corps est identique à celui d'un humain, et dont le comportement est le même que celui d'un humain, mais qui serait totalement dépourvu de conscience. Je peux en effet parfaitement imaginer, par exemple, ne pas avoir conscience de mon bras, et que celui-ci bouge tout seul, comme une machine. De même, je peux imaginer une personne toute entière qui n'en serait pas une… D'après Chalmers, le monisme matérialiste permet de croire que n'importe qui autour de nous peut être un tel « zombi », ce qui heurte le sens commun.
En ce qui me concerne, je ne suis pas vraiment convaincu par l'argument de Chalmers, mais il me semble tout de même que les idées de La Mettrie offrent une vision du monde incomplète, et ne permettant pas de décrire la totalité de mon expérience intérieure.
On peut aussi remarquer que Berkeley et La Mettrie s'emparent tout deux de morceaux « faciles » de la pensée de Descartes pour construire des doctrines minimales, quitte à laisser quelques zones d'ombres. Spinoza et Leibniz, eux, s'attaquaient aux aspects les plus difficiles de Descartes, et tentaient de les résoudre quel qu'en soit le prix. Ne serait-ce que pour cette noblesse, je préfère les métaphysiciens classiques.
j'ai cru remarquer que beaucoup de forumeur se plaisent à réinventer la métaphysique, et ignorant parfaitement ce qui a déjà été dit et contre-dit. Je vais donc tenter d'écrire une petite introduction à la métaphysique et à son histoire, avec pour fil directeur le problème corps-esprit, c'est à dire, que sont le corps et l'esprit ? et quel relation entretiennent-ils ? (une question indispensable avant de se demander, par exemple, ce qu'il y a après la mort, si les animaux ont une âme, etc)
Je présente principalement les 5 doctrines suivantes :
Descartes - dualisme (le corps et l'esprit sont deux choses différentes)
Spinoza - monisme neutre (le corps et l'esprit sont deux aspects d'une même chose, qui n'est ni le corps, ni l'esprit)
Leibniz - monadisme (l'univers est composé d'une infinité de monades, toutes à l'image de l'univers entier)
Berkeley - monisme spiritualiste (il n'y a rien d'autres que l'esprit)
La Mettrie - monisme matérialiste (il n'y a rien d'autres que la matière)
Vous pouvez très bien ne lire qu'une partie de l'article si le reste ne vous intéresse pas. La partie "moyen-âge", notamment, est surtout une introduction historique et technique. Toutes les réactions sont les bienvenues (question, remarques, prises de parti, ou pourquoi pas correction)
Le Moyen-Âge
Le début du moyen-âge, marqué par la perte de la culture antique, reste influencé (notamment à travers Saint Augustin et les pères de l’Église) par Platon, selon lequel l'âme est une entité intermédiaire entre le monde tel que nous le montre nos sens, toujours changeant et imparfait (auquel appartient les corps) et tel que nous le concevons par notre intellect, parfait et immuable.
Par la suite, l'influence de Aristote, disciple et adversaire de Platon, deviendra dominante. Il sera d'abord redécouvert, traduit et commenté dans le monde musulman, puis dans le monde chrétien. Pour comprendre sa pensée, il me faut introduire un peu de vocabulaire.
Les choses elles-mêmes sont des substances, ayant des attributs. Les attributs qui font que la substance est ce qu'elle est constituent sont essence, les autres sont des accidents. Par exemple, un vase est une substance, qu'il soit creux est un attribut essentiel (s'il ne l'était pas, ce ne serait pas un vase), et qu'il soit transparent est un attribue accidentel (il pourrait très bien être rouge, il n'en serait pas moins un vase).
Chez Aristote, la substance et l'essence (ousia) ne sont pas distingué, mais par commodité, j'adopte le jargon de ses successeurs latins du moyen-âge, qui nous sera encore utile par la suite.
Pour Aristote, chaque substance est composé de sa matière (hylè) et de sa forme (morphè), qui constitue son essence. On appelle cette doctrine hylémorphisme. L'âme (psychè) est chez lui la forme du corps des êtres vivants et ce qui les faits vivre. Ainsi, les animaux et les plantes sont eux aussi doté d'une âme, et celle-ci se dissipe lors de la mort. Par contre, il y a une ambiguïté à propos de l'Esprit (noûs), conçu comme la rationalité universelle, et qui semble distinct de l'âme individuelle.
Chez Averroès, originaire d'Espagne, grand commentateur d'Aristote et plus grand représentant musulman du rationalisme, l'âme individuelle se dissout bien lors de la mort et seul l'Esprit universel, qui est en chacun de nous, survie. Cette doctrine eu une très grande influence dans les universités européennes du moyen-âge, et c'est principalement grâce aux traductions et aux commentaires d'Averroès qu'Aristote fut découvert en Europe.
Thomas d'Aquin, originaire d'Italie, combattit l'influence d'Averroès et offrit une nouvelle interprétation d'Aristote, en accord avec la théologie chrétienne, en faisant du noûs l'âme individuelle et immortelle de la tradition. Sa doctrine gagna progressivement en influence au cours du moyen-âge, jusqu'à devenir la théologie officiel de l’Église catholique de le contre-réforme jusqu'à nos jours.
L'âge classique
Les trois métaphysiciens que je vais ici présenter, Descartes, Spinoza et Leibniz, appartiennent à cette période marqué par les monarchies absolues et les grosses perruques. Sur le plan intellectuel, elle se situe globalement entre la mort des anciennes sciences avec Galilée (dont est contemporain Descartes) et la naissance des sciences modernes avec Newton (dont est contemporain Leibniz). Les penseurs de cette époque chercherons à retrouver des connaissances fiables sur le monde à partir de leur seul raison. On les qualifie donc de rationaliste. Il en ressortira de très riches systèmes métaphysiques et des réponses originales au problème corps-esprits.
Descartes – dualisme
René Descartes, français et sincère catholique, est un intellectuel qui sent toutes les anciennes connaissances vaciller sous ses pieds. Il tente donc de créer une nouvelle science toute entière, et passe sa vie à voyager, réfléchir et débattre avec tous les savants de son époque.
Pour lui, le seul attribut essentiel des corps est d'être étendue dans l'espace, et le seul attribut essentiel des esprits est leur faculté de pensée. Il y a donc pour lui deux sortes de substances, radicalement différentes : les substances étendues, et les substances pensantes. Moi, être rationnel, je suis une substance pensante, et mon corps, une substance étendue. Par contre, pour Descartes, les animaux n'étant pas capable de raisonnement, ils sont tel des machines, uniquement composés de substances étendues.
Le dualisme est la manière la plus intuitive de répondre au problème corps-esprit lorsque l'on met de coté toutes nos connaissances, cependant, il pose un problème majeur : pour que mon esprit ai conscience de la faim lorsque mon corps à faim, et pour que mon corps lève le bras lorsque mon esprit pense à lever le bras, il faut que mon corps et mon esprit interagissent. Or, comment une substance pensante, qui n'est nulle part et qui n'est que pensée, peut-elle interagir avec une substance étendue, qui dans la physique de Descartes ne peut que réagir qu'au contact de quelque chose (dans l'espace, donc) ?
Descartes tente de résoudre le problème en supposant un point de rencontre entre les deux substances, situés, au niveau du corps, dans une glande du cerveau qu'il nomme « glande pinéale », mais cette théorie a été jugé très douteuse. La plupart de ses successeurs, tel Malebranche, en sont venu à croire qu'il n'y avait véritablement aucun contact entre l'esprit et le corps, et que les deux ne se comportaient en concert que parce que Dieu les avaient réglés ainsi.
Spinoza – monisme neutre
Baruch Spinoza, juif hérétique des pays-bas, est un fervent défenseur des idées de Descartes, mais dont il senti l'insuffisance au niveau métaphysique. Il eu une vie ascétique et solitaire, gagnait son pain en nettoyant des lunettes astronomiques, et se tenait informer de ce qui se passait dans le monde, mais sans se montrer ni chercher à agir – tant qu'on le laissait penser librement.
Spinoza pousse la logique de Descartes jusqu'à ses ultimes conséquences, et conclue qu'il n'y a qu'une seule substance dont l'étendue et la pensée sont deux attributs. Ainsi, la pensée et la matière (ou plutôt, l'espace, qui se manifeste par la matière) sont deux aspects d'une même chose, que l'on peut appeler « Dieu » ou « Nature ».
Chaque chose est un « mode » de la substance, se manifestant comme un Corps du coté de l'étendu, et comme une « Idée » du coté de la pensée (l'âme étant l'Idée d'un corps vivant). Ainsi, mon corps et mon esprit son deux aspect d'une même chose, comme les deux faces d'une pièce.
Il faut ajouter de que Dieu/Nature de Spinoza n'est pas anthropomorphe, il n'a aucune finalité, aucune préférence et ne recherche aucun but. Il est aussi entièrement déterminé causalement, cependant, il n'y a pas d'interaction causale d'un attribut à un autre. Chaque pensée est causé par d'autres pensées, et chaque mouvement d'un corps est causé par les mouvements d'autres corps. Ainsi, bien que tous les deux soient parfaitement déterminé, l'esprit et le corps n'ont aucune action l'un sur l'autre. Ils sont tout au plus parallèle, puisque tous les deux reflets d'une même chose.
Leibniz – monadisme
Leibniz est un penseur allemand cherchant à réconcilier catholicisme et protestantisme par la philosophie et la science. Il eu une vie de courtisan très mondain, cherchant plus souvent à rendre sa pensée séduisante qu'à véritablement montrer sa cohérence. Néanmoins, derrière sa poésie conceptuelle se cache un système très inspiré de Spinoza, auquel il tente de proposer une alternative.
Pour Leibniz, il y a une infinité de substances qu'il nomme « monade ». Toutes les monades perçoivent le monde, bien que certaines le fassent sans s'en apercevoir (comme nous lorsque nous sommes inconscient, ou comme les plantes). Les monades douées de conscience son nommée « âme », et les âmes douées de raison sont nommées « esprit », mais il n'y a qu'une différence de degrés entre tous ces niveaux de monades, et non pas une différence radicale et inaltérable comme celle de Descartes entre les substances pensantes et étendues.
Étant simple, c'est à dire, n'étant pas composé d'autres choses, les monades sont éternelles et incorruptibles. Elles n’interagissent jamais, ne se « touchent » ni ne se « voient » jamais, mais se comporte comme si elle le faisait par l'Harmonie préétablie. Chaque monade ne voit donc que ce qui est à l'intérieur d'elle, ainsi, chaque chose est une image de l'Univers tout entier.
Un corps est composé d'une monade centrale, qui est à l'image du corps tout entier, et d'une infinité d'autres corps, eux même tous constitués d'une monade centrale et d'autres corps, etc, à l'infini, notre âme étant donc la monade centrale de notre corps.
La pensée des lumières
La physique de Descartes et le rationalisme classique s’éteignent doucement avec la victoire éclatante de la science Newtonienne. Nos « philosophes des lumières » rejette le rationalisme au profit de l'empirisme, basé non pas sur la raison mais sur l'expérience. Il s'en suis un abandon de la métaphysique : la plupart des grands concepts de l'antiquité avaient disparu au moyen-âge, la distinction entre « accident » et « essence » se dissipe progressivement chez les grands classiques, et chez les lumières, c'est l'idée même de « substance » qui est mise de coté. Le problème corps-esprit tombe lui aussi dans l'ombre, les hommes modernes préférant soit un agnosticisme raisonnable, soit une foi aveugle.
Deux penseurs en marge des lumières, Berkeley et La Mettrie, vont tout de même avancer des solutions assez emblématique au problème, offrant un beau contraste avec les pensées classiques, bien qu'elle soit un peu plus pauvre. Aucun des deux ne fait vraiment partie des « lumières » : le premier est jugé trop religieux, le second, pas assez.
Berkeley – monisme spiritualiste
L’évêque irlandais George Berkeley est l'un de ces religieux conservateurs qui s'opposèrent à la libre-pensée. Pour contrer la monté du matérialisme, il envisagea une métaphysique originale, niant l'existence de la matière. Attaqué de tous les cotés (trop hétérodoxe pour les religieux, pas assez logique pour les philosophes), il renonça à ses idées, et embarque pour l'Amérique, donant son nom à une ville et à sa prestigieuse université.
La doctrine de Berkeley est simple : être, c'est percevoir ou être perçu. Il n'y a donc pour lui que deux types d'êtres, les esprits (humains ou Divin) existant par eux-même, et les idées, n'existant que parce qu'elles apparaissent aux esprits.
Cette théorie est généralement violemment rejeter par les philosophes, qui se sont tous fait un plaisir d'y trouver de nombreuses incohérence, malgré tout, elle réapparaît régulièrement, de manière plus ou moins claire, chez les spiritualistes et les apprenti-métaphysiciens.
L'immatérialisme se retrouve déjà soupçonné dans une étape du raisonnement de Descartes – et c'est de ce raisonnement-ci que Berkeley se revendique. Seulement, il ne le pousse pas jusqu'au bout. Descartes, lorsqu'il envisage que ce perçoivent ses sens puissent n'avoir pas plus de fermeté qu'un rêve, va jusqu'à envisager le solipsisme : c'est à dire, que rien d'autre n'existe que son propre esprit, et que les autres personnes n'existent pas plus que des personnages de rêve. Descartes retourne ensuite à l'objectivité extérieur par l'usage de quelques raisonnements très audacieux, et dont on doute aujourd'hui de la validité (je n'entrerais pas dans les détails), mais Berkeley reste coincé dans un entre-deux.
Une fois que l'on accepte de nier l'extériorité de la matière, il n'y a aucune raison valide de continuer à croire en l'existence d'autres personnes. Et réciproquement, admettre qu'il y ait d'autres esprits dont l'expérience est cohérente avec la nôtre rend assez absurde la négation de l'existence d'un terrain d'expérience commune, qu'on le nomme « matière » ou non.
La Mettrie – monisme matérialiste
La Mettrie est un médecin français, libertin, athée, matérialiste et hédoniste, rejeté par les philosophes des lumières qui le voyaient un peu comme une parodie de leur propre critique de la religion. N'admettant aucun autre but dans la vie que la jouissance, il serait mort d'indigestion après avoir s'être goinfré déraisonnablement.
Descartes, souvenez vous, avait déjà avancé que tous les corps n'étaient pas accompagné d'esprit, seul les êtres rationnels étant des « substances pensantes ». Ainsi, même des êtres qui semblent animés -tels les animaux- peuvent être de simples amas de matière, comparable à des automates. Constatant que le corps de l'homme contient les mêmes mécanismes que le corps des animaux, La Mettrie en conclu que nous sommes nous même des « homme-machine », comparables aux animaux-machines !
Cette solution au problème paraît très intuitive à quiconque s'intéresse au fonctionnement du corps humain, et notamment de son cerveau, et n'a cessé de gagner en importance depuis. Néanmoins, elle est souvent jugé assez grossière par les philosophes, et inapte à rendre raison de notre expérience subjective quotidienne.
Un philosophe actuel, David Chalmers, imagine un argument amusant contre cette théorie, faisant appel au concept de « zombie philosophique ». C'est à dire : un être qui ressemble à un humain, dont le corps est identique à celui d'un humain, et dont le comportement est le même que celui d'un humain, mais qui serait totalement dépourvu de conscience. Je peux en effet parfaitement imaginer, par exemple, ne pas avoir conscience de mon bras, et que celui-ci bouge tout seul, comme une machine. De même, je peux imaginer une personne toute entière qui n'en serait pas une… D'après Chalmers, le monisme matérialiste permet de croire que n'importe qui autour de nous peut être un tel « zombi », ce qui heurte le sens commun.
En ce qui me concerne, je ne suis pas vraiment convaincu par l'argument de Chalmers, mais il me semble tout de même que les idées de La Mettrie offrent une vision du monde incomplète, et ne permettant pas de décrire la totalité de mon expérience intérieure.
On peut aussi remarquer que Berkeley et La Mettrie s'emparent tout deux de morceaux « faciles » de la pensée de Descartes pour construire des doctrines minimales, quitte à laisser quelques zones d'ombres. Spinoza et Leibniz, eux, s'attaquaient aux aspects les plus difficiles de Descartes, et tentaient de les résoudre quel qu'en soit le prix. Ne serait-ce que pour cette noblesse, je préfère les métaphysiciens classiques.
Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 06 janv.15, 16:29Sincèrement elle est bien faite ta récapitulation philosophique. Mais au départ les métaphysiciens ont posé une questionn absurde: Le cerveau est-il supérieur au corps qui le nourrit et l'oxygène? 
- Jean Blique
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 06 janv.15, 23:57En fait, pas tout à fait... les tout premiers, ceux de l'antiquité, ne pouvaient même pas se poser cette question, puisqu'ils n'étaient même pas certain que le cerveau était le responsable des pensées ! Aristote, par exemple, croyait que le cerveau ne servait qu'à refroidir le sang, et que c'était dans le coeur que tout avait lieu. Mais ça, ça remonte à loin...
Ce n'est pas vraiment du cerveau qu'il est question, lorsque l'on parle d'esprit, mais plutôt, ce dont tu fais l'expérience quand tu penses. Une pensées n'est situé nul part... quand tu penses à ton bras, tu ressens ton bras et à la portion d'espace qu'il occupe, mais quand tu fais un calcul mathématique, ou bien, quand tu pense à quelqu'un, tu ne pense pas à l'espace dans lequel est situé ton cerveau.
Parmi ceux que j'ai présenté, il n'y a qu'un seul penseur qui assimile l'esprit au cerveau : c'est La Mettrie, et c'est loin d'être le plus brillant d'entre eux.
Ce n'est pas vraiment du cerveau qu'il est question, lorsque l'on parle d'esprit, mais plutôt, ce dont tu fais l'expérience quand tu penses. Une pensées n'est situé nul part... quand tu penses à ton bras, tu ressens ton bras et à la portion d'espace qu'il occupe, mais quand tu fais un calcul mathématique, ou bien, quand tu pense à quelqu'un, tu ne pense pas à l'espace dans lequel est situé ton cerveau.
Parmi ceux que j'ai présenté, il n'y a qu'un seul penseur qui assimile l'esprit au cerveau : c'est La Mettrie, et c'est loin d'être le plus brillant d'entre eux.
Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 05:07Oui justement j'ai utilisé le mot moderne cerveau plutót qu'esprit pour démontrer que les philosophes réflechissent sur la nature toujours à partir de cette opposition artificielle entre corps et esprit. C'est l'essence même de la métaphysique; opposer l'émotionnel et le rationnel...une illusion, une illusion psycho affective. La métaphysique ce n'est que ça.Jean Blique a écrit :En fait, pas tout à fait... les tout premiers, ceux de l'antiquité, ne pouvaient même pas se poser cette question, puisqu'ils n'étaient même pas certain que le cerveau était le responsable des pensées !
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 06:05Oh, j'ai bien peur que ce ne soit pas si simple... Et d'ailleurs, ne blâmez pas la métaphysique : en défendant le matérialisme, vous en faites vous aussi. S'il y a bien une chose qu'il faut retenir de mon post, c'est que la métaphysique n'est pas nécessairement le dualisme.
Le cerveau et l'esprit ne sont pas la même chose. Si vous êtes matérialiste, vous pouvez tout au plus dire que c'est un effet du cerveau, un peu comme la musique est un effet de l'instrument. Dire que les deux sont la même chose revient à dire que vous avez une "musique" entre les mains quand vous vous contentez de tenir un instrument, ce qui serait un abus de langage.
Cela posé, reste à définir ce qu'est cet étrange "effet" du cerveau. Le cerveau est une chose matériel, étendu dans l'espace, et généralement, dans ce que l'on constate autour de nous, les causes matériels (par exemple, vibration des cordes d'une harpe) provoquent des effets matériels (dans notre exemple, le son, vibration d'air), eux aussi clairement situable dans l'espace. Mais peut-on dire qu'il en est de même pour une pensée ? J'ai une cause matériel - sécrétion de neurotransmetteur ou échange électromagnétique dans mon cerveau - et un effet psychique - je pense à une musique de harpe. Mais ici, contrairement à notre premier cas, nous n'avons pas un événement localisé dans l'espace et le temps suivit d'un autre événement lui aussi localisé dans l'espace et le temps ; non, nous avons bien plutôt un événement ainsi localisé et extérieur à moi, et un autre événement, qu'un pur matérialiste dira être au même endroit et en même temps (bien qu'il soit peut-être plus juste de dire qu'il ne soit nul part, et dans une temporalité différente de celle objective, mais peu importe). Tout ça semble nous rapprocher plutôt de Spinoza : l'esprit et la matière serait une seule et même chose, mais conçu sous différents aspect. Si vous êtes matérialiste, vous pouvez attribuer à la matière une "priorité ontologique", un statut de "plus réel", mais si vous essayez de le définir clairement, vous verrez que ce n'est pas si facile.
Le cerveau et l'esprit ne sont pas la même chose. Si vous êtes matérialiste, vous pouvez tout au plus dire que c'est un effet du cerveau, un peu comme la musique est un effet de l'instrument. Dire que les deux sont la même chose revient à dire que vous avez une "musique" entre les mains quand vous vous contentez de tenir un instrument, ce qui serait un abus de langage.
Cela posé, reste à définir ce qu'est cet étrange "effet" du cerveau. Le cerveau est une chose matériel, étendu dans l'espace, et généralement, dans ce que l'on constate autour de nous, les causes matériels (par exemple, vibration des cordes d'une harpe) provoquent des effets matériels (dans notre exemple, le son, vibration d'air), eux aussi clairement situable dans l'espace. Mais peut-on dire qu'il en est de même pour une pensée ? J'ai une cause matériel - sécrétion de neurotransmetteur ou échange électromagnétique dans mon cerveau - et un effet psychique - je pense à une musique de harpe. Mais ici, contrairement à notre premier cas, nous n'avons pas un événement localisé dans l'espace et le temps suivit d'un autre événement lui aussi localisé dans l'espace et le temps ; non, nous avons bien plutôt un événement ainsi localisé et extérieur à moi, et un autre événement, qu'un pur matérialiste dira être au même endroit et en même temps (bien qu'il soit peut-être plus juste de dire qu'il ne soit nul part, et dans une temporalité différente de celle objective, mais peu importe). Tout ça semble nous rapprocher plutôt de Spinoza : l'esprit et la matière serait une seule et même chose, mais conçu sous différents aspect. Si vous êtes matérialiste, vous pouvez attribuer à la matière une "priorité ontologique", un statut de "plus réel", mais si vous essayez de le définir clairement, vous verrez que ce n'est pas si facile.
Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 06:40Si si c'est aussi simple. Tu crois qu'un noyau atomique sans ses électrons et sa force gravitationnelle serait ce qu'il est? Tu crois qu'une idée n'est pas le produit de la matière? Tu crois que l'âme d'un être, sa puissance n'est pas l'effet d'un croisement entre matière et lumière? Tu crois qu'un spermatozoïde et un ovule ne portent pas en leur sein l'esprit de la nature à naitre? "l'esprit et la matière serait une seule et même chose, mais conçu sous différents aspect" dirait Spinoza. La biologie est creative. L'atomique conduit à l'anatomique. La métaphysique est une dissociation cognitive que les philosophes perpétuent...Jean Blique a écrit :Oh, j'ai bien peur que ce ne soit pas si simple...
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 07:28Je te le redis : cesse de critiquez la métaphysique, tu en fais toi même. La seule manière de ne pas en faire, c'est le scepticisme, le "vrai", celui qui te fait affirmer que tu ne sais rien (pas même qu'il y a de la matière, pas même si tu es éveillé ou en train de rêver).
Qu'un noyau atomique serait ce qu'il est sans ses électrons et sa force gravitationnelle ? Oui, bien sûr. Sans ses électrons, il serait un ion positif, mais le noyau serait le même. Et sans la force gravitationnelle... ca ne changerais pas grand chose, puisque cette force est pour ainsi dire nulle à cette échelle (ce sont les forces forte, faible, et électromagnétique qui maintiennent les atomes en place). Mais je te taquine..
Ensuite, tu dis des choses curieuses. Tu dis que les idées sont "produites" par la matière, que l'âme est un "effet" de la matière (incluons-y la lumière pour rendre les choses plus simple) et que l'esprit est "porté" déjà dès l'ovule et le spermatozoïde "en leur sein". J'espère que vous faites une distinction claire entre tous ces concepts (âme, idée, esprit), car tu leur prêtes des relations totalement différentes avec la matière ! A moins que tu ne dises que qu'être produit par X, être l'effet de X, et être en le sein de X soit la même chose ?Si tu essayes de me définir tout ça, nous aboutirons sans doute à une métaphysique intéressante.
Mais j'ai envie de prendre une direction différente. Je vais te proposer une petite réflexion directement issu des deux premières méditations de Descartes. Imaginons que, comme certains membre de ce forum, je doute de l'existence de mon corps (et donc de mon cerveau). En effet, je vois des corps autour de moi, mais j'en vois aussi quand je rêve, alors qu'il n'y en a pas. Je peux donc être amené à croire à des corps alors qu'il n'y en a pas. Il pourrait tout aussi bien ne pas y avoir de corps, d'ailleurs. Par contre, que je crois ou que je ne crois pas, je le fait toujours à travers mon esprit. Quoi qu'il advienne, je ne peux pas croire que ce moi qui tantôt croit et tantôt ne croit pas ne soit pas là pour croire ou ne pas croire. Donc, je peux croire que j'existe tout en croyant que mon corps n'existe pas.
Voilà, je trouve, un problème majeur du matérialisme naïf : il n'offre aucune réponse à la possibilité du solipsisme (que mon esprit soit la seule chose qui existe véritablement). Je ne dis pas qu'il est impossible de trouver une réponse matérialiste, mais il va falloir métaphysiquer un peu si l'on veut montrer que le matérialisme est préférable au solipsisme...
Qu'un noyau atomique serait ce qu'il est sans ses électrons et sa force gravitationnelle ? Oui, bien sûr. Sans ses électrons, il serait un ion positif, mais le noyau serait le même. Et sans la force gravitationnelle... ca ne changerais pas grand chose, puisque cette force est pour ainsi dire nulle à cette échelle (ce sont les forces forte, faible, et électromagnétique qui maintiennent les atomes en place). Mais je te taquine..
Ensuite, tu dis des choses curieuses. Tu dis que les idées sont "produites" par la matière, que l'âme est un "effet" de la matière (incluons-y la lumière pour rendre les choses plus simple) et que l'esprit est "porté" déjà dès l'ovule et le spermatozoïde "en leur sein". J'espère que vous faites une distinction claire entre tous ces concepts (âme, idée, esprit), car tu leur prêtes des relations totalement différentes avec la matière ! A moins que tu ne dises que qu'être produit par X, être l'effet de X, et être en le sein de X soit la même chose ?Si tu essayes de me définir tout ça, nous aboutirons sans doute à une métaphysique intéressante.
Mais j'ai envie de prendre une direction différente. Je vais te proposer une petite réflexion directement issu des deux premières méditations de Descartes. Imaginons que, comme certains membre de ce forum, je doute de l'existence de mon corps (et donc de mon cerveau). En effet, je vois des corps autour de moi, mais j'en vois aussi quand je rêve, alors qu'il n'y en a pas. Je peux donc être amené à croire à des corps alors qu'il n'y en a pas. Il pourrait tout aussi bien ne pas y avoir de corps, d'ailleurs. Par contre, que je crois ou que je ne crois pas, je le fait toujours à travers mon esprit. Quoi qu'il advienne, je ne peux pas croire que ce moi qui tantôt croit et tantôt ne croit pas ne soit pas là pour croire ou ne pas croire. Donc, je peux croire que j'existe tout en croyant que mon corps n'existe pas.
Voilà, je trouve, un problème majeur du matérialisme naïf : il n'offre aucune réponse à la possibilité du solipsisme (que mon esprit soit la seule chose qui existe véritablement). Je ne dis pas qu'il est impossible de trouver une réponse matérialiste, mais il va falloir métaphysiquer un peu si l'on veut montrer que le matérialisme est préférable au solipsisme...
Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 08:42La métaphysique est un matérialisme philosophique dichotmisé. Penser sur le monde de la matière n'est pas métaphysique c'est un processus psychophysiologique. Tu ne défends pas la philsophie mais une philosophie et son prisme surtout si tu te dis solipsiste. Je pense donc je suis...tu prends un détour pour dire tout simplement je suis.Jean Blique a écrit :Je te le redis : cesse de critiquez la métaphysique, tu en fais toi même. La seule manière de ne pas en faire, c'est le scepticisme, le "vrai
D'où l'importance de l'éveil.car c'est à ton réveil que tu sais que tu as rêvé,que tu as imaginé pas pendant. Conclusion: nos sens physiques participent à nos états de conscience.Jean Blique a écrit :En effet, je vois des corps autour de moi, mais j'en vois aussi quand je rêve, alors qu'il n'y en a pas.
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 09:13Très bon exposé.Jean Blique a écrit :Bonsoir,
j'ai cru remarquer que beaucoup de forumeur se plaisent à réinventer la métaphysique, et ignorant parfaitement ce qui a déjà été dit et contre-dit. Je vais donc tenter d'écrire une petite introduction à la métaphysique et à son histoire, avec pour fil directeur le problème corps-esprit, c'est à dire, que sont le corps et l'esprit ? et quel relation entretiennent-ils ? (une question indispensable avant de se demander, par exemple, ce qu'il y a après la mort, si les animaux ont une âme, etc)
Je présente principalement les 5 doctrines suivantes :
Descartes - dualisme (le corps et l'esprit sont deux choses différentes)
Spinoza - monisme neutre (le corps et l'esprit sont deux aspects d'une même chose, qui n'est ni le corps, ni l'esprit)
Leibniz - monadisme (l'univers est composé d'une infinité de monades, toutes à l'image de l'univers entier)
Berkeley - monisme spiritualiste (il n'y a rien d'autres que l'esprit)
La Mettrie - monisme matérialiste (il n'y a rien d'autres que la matière)
Vous pouvez très bien ne lire qu'une partie de l'article si le reste ne vous intéresse pas. La partie "moyen-âge", notamment, est surtout une introduction historique et technique. Toutes les réactions sont les bienvenues (question, remarques, prises de parti, ou pourquoi pas correction)
Le Moyen-Âge
Le début du moyen-âge, marqué par la perte de la culture antique, reste influencé (notamment à travers Saint Augustin et les pères de l’Église) par Platon, selon lequel l'âme est une entité intermédiaire entre le monde tel que nous le montre nos sens, toujours changeant et imparfait (auquel appartient les corps) et tel que nous le concevons par notre intellect, parfait et immuable.
Par la suite, l'influence de Aristote, disciple et adversaire de Platon, deviendra dominante. Il sera d'abord redécouvert, traduit et commenté dans le monde musulman, puis dans le monde chrétien. Pour comprendre sa pensée, il me faut introduire un peu de vocabulaire.
Les choses elles-mêmes sont des substances, ayant des attributs. Les attributs qui font que la substance est ce qu'elle est constituent sont essence, les autres sont des accidents. Par exemple, un vase est une substance, qu'il soit creux est un attribut essentiel (s'il ne l'était pas, ce ne serait pas un vase), et qu'il soit transparent est un attribue accidentel (il pourrait très bien être rouge, il n'en serait pas moins un vase).
Chez Aristote, la substance et l'essence (ousia) ne sont pas distingué, mais par commodité, j'adopte le jargon de ses successeurs latins du moyen-âge, qui nous sera encore utile par la suite.
Pour Aristote, chaque substance est composé de sa matière (hylè) et de sa forme (morphè), qui constitue son essence. On appelle cette doctrine hylémorphisme. L'âme (psychè) est chez lui la forme du corps des êtres vivants et ce qui les faits vivre. Ainsi, les animaux et les plantes sont eux aussi doté d'une âme, et celle-ci se dissipe lors de la mort. Par contre, il y a une ambiguïté à propos de l'Esprit (noûs), conçu comme la rationalité universelle, et qui semble distinct de l'âme individuelle.
Chez Averroès, originaire d'Espagne, grand commentateur d'Aristote et plus grand représentant musulman du rationalisme, l'âme individuelle se dissout bien lors de la mort et seul l'Esprit universel, qui est en chacun de nous, survie. Cette doctrine eu une très grande influence dans les universités européennes du moyen-âge, et c'est principalement grâce aux traductions et aux commentaires d'Averroès qu'Aristote fut découvert en Europe.
Thomas d'Aquin, originaire d'Italie, combattit l'influence d'Averroès et offrit une nouvelle interprétation d'Aristote, en accord avec la théologie chrétienne, en faisant du noûs l'âme individuelle et immortelle de la tradition. Sa doctrine gagna progressivement en influence au cours du moyen-âge, jusqu'à devenir la théologie officiel de l’Église catholique de le contre-réforme jusqu'à nos jours.
L'âge classique
Les trois métaphysiciens que je vais ici présenter, Descartes, Spinoza et Leibniz, appartiennent à cette période marqué par les monarchies absolues et les grosses perruques. Sur le plan intellectuel, elle se situe globalement entre la mort des anciennes sciences avec Galilée (dont est contemporain Descartes) et la naissance des sciences modernes avec Newton (dont est contemporain Leibniz). Les penseurs de cette époque chercherons à retrouver des connaissances fiables sur le monde à partir de leur seul raison. On les qualifie donc de rationaliste. Il en ressortira de très riches systèmes métaphysiques et des réponses originales au problème corps-esprits.
Descartes – dualisme
René Descartes, français et sincère catholique, est un intellectuel qui sent toutes les anciennes connaissances vaciller sous ses pieds. Il tente donc de créer une nouvelle science toute entière, et passe sa vie à voyager, réfléchir et débattre avec tous les savants de son époque.
Pour lui, le seul attribut essentiel des corps est d'être étendue dans l'espace, et le seul attribut essentiel des esprits est leur faculté de pensée. Il y a donc pour lui deux sortes de substances, radicalement différentes : les substances étendues, et les substances pensantes. Moi, être rationnel, je suis une substance pensante, et mon corps, une substance étendue. Par contre, pour Descartes, les animaux n'étant pas capable de raisonnement, ils sont tel des machines, uniquement composés de substances étendues.
Le dualisme est la manière la plus intuitive de répondre au problème corps-esprit lorsque l'on met de coté toutes nos connaissances, cependant, il pose un problème majeur : pour que mon esprit ai conscience de la faim lorsque mon corps à faim, et pour que mon corps lève le bras lorsque mon esprit pense à lever le bras, il faut que mon corps et mon esprit interagissent. Or, comment une substance pensante, qui n'est nulle part et qui n'est que pensée, peut-elle interagir avec une substance étendue, qui dans la physique de Descartes ne peut que réagir qu'au contact de quelque chose (dans l'espace, donc) ?
Descartes tente de résoudre le problème en supposant un point de rencontre entre les deux substances, situés, au niveau du corps, dans une glande du cerveau qu'il nomme « glande pinéale », mais cette théorie a été jugé très douteuse. La plupart de ses successeurs, tel Malebranche, en sont venu à croire qu'il n'y avait véritablement aucun contact entre l'esprit et le corps, et que les deux ne se comportaient en concert que parce que Dieu les avaient réglés ainsi.
Spinoza – monisme neutre
Baruch Spinoza, juif hérétique des pays-bas, est un fervent défenseur des idées de Descartes, mais dont il senti l'insuffisance au niveau métaphysique. Il eu une vie ascétique et solitaire, gagnait son pain en nettoyant des lunettes astronomiques, et se tenait informer de ce qui se passait dans le monde, mais sans se montrer ni chercher à agir – tant qu'on le laissait penser librement.
Spinoza pousse la logique de Descartes jusqu'à ses ultimes conséquences, et conclue qu'il n'y a qu'une seule substance dont l'étendue et la pensée sont deux attributs. Ainsi, la pensée et la matière (ou plutôt, l'espace, qui se manifeste par la matière) sont deux aspects d'une même chose, que l'on peut appeler « Dieu » ou « Nature ».
Chaque chose est un « mode » de la substance, se manifestant comme un Corps du coté de l'étendu, et comme une « Idée » du coté de la pensée (l'âme étant l'Idée d'un corps vivant). Ainsi, mon corps et mon esprit son deux aspect d'une même chose, comme les deux faces d'une pièce.
Il faut ajouter de que Dieu/Nature de Spinoza n'est pas anthropomorphe, il n'a aucune finalité, aucune préférence et ne recherche aucun but. Il est aussi entièrement déterminé causalement, cependant, il n'y a pas d'interaction causale d'un attribut à un autre. Chaque pensée est causé par d'autres pensées, et chaque mouvement d'un corps est causé par les mouvements d'autres corps. Ainsi, bien que tous les deux soient parfaitement déterminé, l'esprit et le corps n'ont aucune action l'un sur l'autre. Ils sont tout au plus parallèle, puisque tous les deux reflets d'une même chose.
Leibniz – monadisme
Leibniz est un penseur allemand cherchant à réconcilier catholicisme et protestantisme par la philosophie et la science. Il eu une vie de courtisan très mondain, cherchant plus souvent à rendre sa pensée séduisante qu'à véritablement montrer sa cohérence. Néanmoins, derrière sa poésie conceptuelle se cache un système très inspiré de Spinoza, auquel il tente de proposer une alternative.
Pour Leibniz, il y a une infinité de substances qu'il nomme « monade ». Toutes les monades perçoivent le monde, bien que certaines le fassent sans s'en apercevoir (comme nous lorsque nous sommes inconscient, ou comme les plantes). Les monades douées de conscience son nommée « âme », et les âmes douées de raison sont nommées « esprit », mais il n'y a qu'une différence de degrés entre tous ces niveaux de monades, et non pas une différence radicale et inaltérable comme celle de Descartes entre les substances pensantes et étendues.
Étant simple, c'est à dire, n'étant pas composé d'autres choses, les monades sont éternelles et incorruptibles. Elles n’interagissent jamais, ne se « touchent » ni ne se « voient » jamais, mais se comporte comme si elle le faisait par l'Harmonie préétablie. Chaque monade ne voit donc que ce qui est à l'intérieur d'elle, ainsi, chaque chose est une image de l'Univers tout entier.
Un corps est composé d'une monade centrale, qui est à l'image du corps tout entier, et d'une infinité d'autres corps, eux même tous constitués d'une monade centrale et d'autres corps, etc, à l'infini, notre âme étant donc la monade centrale de notre corps.
La pensée des lumières
La physique de Descartes et le rationalisme classique s’éteignent doucement avec la victoire éclatante de la science Newtonienne. Nos « philosophes des lumières » rejette le rationalisme au profit de l'empirisme, basé non pas sur la raison mais sur l'expérience. Il s'en suis un abandon de la métaphysique : la plupart des grands concepts de l'antiquité avaient disparu au moyen-âge, la distinction entre « accident » et « essence » se dissipe progressivement chez les grands classiques, et chez les lumières, c'est l'idée même de « substance » qui est mise de coté. Le problème corps-esprit tombe lui aussi dans l'ombre, les hommes modernes préférant soit un agnosticisme raisonnable, soit une foi aveugle.
Deux penseurs en marge des lumières, Berkeley et La Mettrie, vont tout de même avancer des solutions assez emblématique au problème, offrant un beau contraste avec les pensées classiques, bien qu'elle soit un peu plus pauvre. Aucun des deux ne fait vraiment partie des « lumières » : le premier est jugé trop religieux, le second, pas assez.
Berkeley – monisme spiritualiste
L’évêque irlandais George Berkeley est l'un de ces religieux conservateurs qui s'opposèrent à la libre-pensée. Pour contrer la monté du matérialisme, il envisagea une métaphysique originale, niant l'existence de la matière. Attaqué de tous les cotés (trop hétérodoxe pour les religieux, pas assez logique pour les philosophes), il renonça à ses idées, et embarque pour l'Amérique, donant son nom à une ville et à sa prestigieuse université.
La doctrine de Berkeley est simple : être, c'est percevoir ou être perçu. Il n'y a donc pour lui que deux types d'êtres, les esprits (humains ou Divin) existant par eux-même, et les idées, n'existant que parce qu'elles apparaissent aux esprits.
Cette théorie est généralement violemment rejeter par les philosophes, qui se sont tous fait un plaisir d'y trouver de nombreuses incohérence, malgré tout, elle réapparaît régulièrement, de manière plus ou moins claire, chez les spiritualistes et les apprenti-métaphysiciens.
L'immatérialisme se retrouve déjà soupçonné dans une étape du raisonnement de Descartes – et c'est de ce raisonnement-ci que Berkeley se revendique. Seulement, il ne le pousse pas jusqu'au bout. Descartes, lorsqu'il envisage que ce perçoivent ses sens puissent n'avoir pas plus de fermeté qu'un rêve, va jusqu'à envisager le solipsisme : c'est à dire, que rien d'autre n'existe que son propre esprit, et que les autres personnes n'existent pas plus que des personnages de rêve. Descartes retourne ensuite à l'objectivité extérieur par l'usage de quelques raisonnements très audacieux, et dont on doute aujourd'hui de la validité (je n'entrerais pas dans les détails), mais Berkeley reste coincé dans un entre-deux.
Une fois que l'on accepte de nier l'extériorité de la matière, il n'y a aucune raison valide de continuer à croire en l'existence d'autres personnes. Et réciproquement, admettre qu'il y ait d'autres esprits dont l'expérience est cohérente avec la nôtre rend assez absurde la négation de l'existence d'un terrain d'expérience commune, qu'on le nomme « matière » ou non.
La Mettrie – monisme matérialiste
La Mettrie est un médecin français, libertin, athée, matérialiste et hédoniste, rejeté par les philosophes des lumières qui le voyaient un peu comme une parodie de leur propre critique de la religion. N'admettant aucun autre but dans la vie que la jouissance, il serait mort d'indigestion après avoir s'être goinfré déraisonnablement.
Descartes, souvenez vous, avait déjà avancé que tous les corps n'étaient pas accompagné d'esprit, seul les êtres rationnels étant des « substances pensantes ». Ainsi, même des êtres qui semblent animés -tels les animaux- peuvent être de simples amas de matière, comparable à des automates. Constatant que le corps de l'homme contient les mêmes mécanismes que le corps des animaux, La Mettrie en conclu que nous sommes nous même des « homme-machine », comparables aux animaux-machines !
Cette solution au problème paraît très intuitive à quiconque s'intéresse au fonctionnement du corps humain, et notamment de son cerveau, et n'a cessé de gagner en importance depuis. Néanmoins, elle est souvent jugé assez grossière par les philosophes, et inapte à rendre raison de notre expérience subjective quotidienne.
Un philosophe actuel, David Chalmers, imagine un argument amusant contre cette théorie, faisant appel au concept de « zombie philosophique ». C'est à dire : un être qui ressemble à un humain, dont le corps est identique à celui d'un humain, et dont le comportement est le même que celui d'un humain, mais qui serait totalement dépourvu de conscience. Je peux en effet parfaitement imaginer, par exemple, ne pas avoir conscience de mon bras, et que celui-ci bouge tout seul, comme une machine. De même, je peux imaginer une personne toute entière qui n'en serait pas une… D'après Chalmers, le monisme matérialiste permet de croire que n'importe qui autour de nous peut être un tel « zombi », ce qui heurte le sens commun.
En ce qui me concerne, je ne suis pas vraiment convaincu par l'argument de Chalmers, mais il me semble tout de même que les idées de La Mettrie offrent une vision du monde incomplète, et ne permettant pas de décrire la totalité de mon expérience intérieure.
On peut aussi remarquer que Berkeley et La Mettrie s'emparent tout deux de morceaux « faciles » de la pensée de Descartes pour construire des doctrines minimales, quitte à laisser quelques zones d'ombres. Spinoza et Leibniz, eux, s'attaquaient aux aspects les plus difficiles de Descartes, et tentaient de les résoudre quel qu'en soit le prix. Ne serait-ce que pour cette noblesse, je préfère les métaphysiciens classiques.
Mon seul petit désaccord perso concerne ce que tu dis sur la position de Berkeley.
Sa position spiritualiste ne va pas jusqu'au solipsisme pour au moins une excellente raison: qu'ils soient seuls ou multiples, les esprits (ou 'percevants') ne sont pas les idées qui sont développées à leur sujet.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 09:19Bonjour j'm'interroge,
Oui, je suis bien conscient que Berkeley n'est pas solipsiste, mais je lui en fait le reproche, justement. Je ne vois pas en quoi les arguments qui lui font rejeter la matière lui permettent de conserver les autres. Je le vois comme une sorte de semi-solipsiste incohérent... Un peu comme quelqu'un qui dirais croire à la matière, mais ne pas croire que les autres personnes soient conscientes.
Inti,
Avoir un discours sur la réalité, hors des limites (floues) de notre science mathématique, c'est de la métaphysique, même si c'est pour nier l'existence de ce qui n'est pas décrit par la science actuelle. La métaphysique, ce n'est pas sorcier. un type dont j'ai perdu le nom a dit que nous en faisons tous comme nous respirons...
Je ne suis pas solipsiste, je ne fais que montrer que le matérialisme "de base" n'offre pas de réponse évidente au solipsisme. Pour justifier rationnellement une préférence du matérialisme au solipsisme, il faut l'étoffer un peu, et donc, faire de la métaphysique.
Ton argument de l'éveil est assez faible... n'as-tu jamais rêvé que tu te réveillais ? En ce qui me concerne, ça m'arrive très souvent, et ce type de rêve m'a toujours laissé une très forte impression de réalité. Pourtant, ce n'était que des rêves.
Oui, je suis bien conscient que Berkeley n'est pas solipsiste, mais je lui en fait le reproche, justement. Je ne vois pas en quoi les arguments qui lui font rejeter la matière lui permettent de conserver les autres. Je le vois comme une sorte de semi-solipsiste incohérent... Un peu comme quelqu'un qui dirais croire à la matière, mais ne pas croire que les autres personnes soient conscientes.
Inti,
Avoir un discours sur la réalité, hors des limites (floues) de notre science mathématique, c'est de la métaphysique, même si c'est pour nier l'existence de ce qui n'est pas décrit par la science actuelle. La métaphysique, ce n'est pas sorcier. un type dont j'ai perdu le nom a dit que nous en faisons tous comme nous respirons...
Je ne suis pas solipsiste, je ne fais que montrer que le matérialisme "de base" n'offre pas de réponse évidente au solipsisme. Pour justifier rationnellement une préférence du matérialisme au solipsisme, il faut l'étoffer un peu, et donc, faire de la métaphysique.
Ton argument de l'éveil est assez faible... n'as-tu jamais rêvé que tu te réveillais ? En ce qui me concerne, ça m'arrive très souvent, et ce type de rêve m'a toujours laissé une très forte impression de réalité. Pourtant, ce n'était que des rêves.
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 09:40Pourquoi lui ferais-tu ce reproche? Rien dans son approche ne lui permet de rejeter la possibilité d'autres esprits. Si la matière ne résiste pas à Berkeley, il en montre en effet l'impossibilité en dehors de son 'apparaître', ce que confirme la science moderne, l'existence des autres reste quant à elle tout à fait envisageable. Plus même, poser l'existence des autres répond selon lui à une exigence de cohérence.Jean Blique a écrit :Oui, je suis bien conscient que Berkeley n'est pas solipsiste, mais je lui en fait le reproche, justement. Je ne vois pas en quoi les arguments qui lui font rejeter la matière lui permettent de conserver les autres. Je le vois comme une sorte de semi-solipsiste incohérent... Un peu comme quelqu'un qui dirais croire à la matière, mais ne pas croire que les autres personnes soient conscientes.
En parlant de cohérence, il l'explique peut-être par 'Dieu', mais il avait au moins déjà compris qu'elle était à la base de toute perception.
=> Cela le fait sortir d'un cadre purement substantialiste, métaphysique donc, pour le faire entrer dans une vision très, très, actuelle.
On y reviendra à Berkeley!
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 09:42(Pas si naïf que ça l'idéalisme de Berkeley!...)
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 09:53Faible en quoi?/Comment as-tu fait pour savoir que tu as déjà rêver que tu te réveillais et que ce n'était pas la réalité? En reprenant sens et conscience.Jean Blique a écrit :Ton argument de l'éveil est assez faible... n'as-tu jamais rêvé que tu te réveillais ? En ce qui me concerne, ça m'arrive très souvent, et ce type de rêve m'a toujours laissé une très forte impression de réalité. Pourtant, ce n'était que des rêves
Justement non. Réflechir sur la matérialité n'est pas faire de la métaphysique. Ça c'est le souhait monopolisant des métaphysiciens. Réfléchir sur la matérialité c'est psychophysiologique, rationnel et émotionnel à la fois.Jean Blique a écrit : Pour justifier rationnellement une préférence du matérialisme au solipsisme, il faut l'étoffer un peu, et donc, faire de la métaphysique.
Je pense que de respirer de l'oxygène et d'en rejetter le gaz tient plus delà biochimie et de l'astrophysique que de la métaphysique.Jean Blique a écrit :La métaphysique, ce n'est pas sorcier. un type dont j'ai perdu le nom a dit que nous en faisons tous comme nous respirons.
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Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 10:11J'm'interroge
L'immatérialisme n'est pas nécessairement naïf en lui-même, mais celui de Berkeley l'est un peu...
Il rejette la matière (en gros) parce que je n'en ai pas d'intuition directe, parce que je n'ai d'elle qu'un voile subjectif d'apparence et que (d'après Berkeley) je n'ai aucune raison de supposer qu'il y a "quelque chose" derrière. Mais en quoi est-ce différent avec les autres ? L'audition que j'ai de vous n'est pas différente de celle que j'ai d'un arbre qui tombe dans la forêt, la vision que j'ai de vous n'est pas différente de celle que j'ai de n'importe quel morceau de matière, etc.
La seule différence est que je présume que vous pensez... mais je n'ai pas accès à vos pensées, je ne fais que le supposer. En quoi cette supposition diffère-t-elle de mes suppositions à propos de l'existence et du fonctionnement de la matière ?
Et si l'on accepte tout de même, dans une perspective immatérialiste, d'accorder l'existence à d'autres esprit que moi, reste à savoir lesquels... Pour Berkeley, ce sont les humains, qui ont un esprit. Pourquoi tous ? Il est tout à fait possible de croire que certain en sont dépourvu et se contente d'agir comme si ce n'était pas le cas (des "hyliques", d'anciens gnostiques y croyaient). Et pourquoi que nous ? Pourquoi pas certains animaux ?
On peut tout à fait imaginer une autre alternative à l'extrême brûlant qu'est le solipsisme et l'entre-deux tiède que l'immatérialisme : qu'il n'y ait bien que des esprits, mais que toute chose en ai ! Mais là, nous nous écartons de Berkeley, et nous rapprochons de Leibniz.
Il me semble que Berkeley prend de nombreuses directions intéressantes, mais s'arrête toujours à mi-chemin.
inti,
vous dites "Réfléchir sur la matérialité c'est psychophysiologique, rationnel et émotionnel à la fois." Appelons "métaphysique" ce facteur rationnel de nos croyance. De toute manière, les deux autres ne sont pas digne de confiance.
A propos de l'argument du rêve, je ne vois pas où vous voulez en venir. Imaginez une personne qui rêve qu'elle se réveille un millier de fois, et une autre qui dans son rêve ne se réveille pas. Où est la différence ? toutes les deux rêvent.
L'argument du rêve est le suivant : tout ce dont je fais l'expérience est susceptible d'être irréel, donc il est possible que tout ce à quoi je crois par mon expérience soit irréel (en fait, la place du "tout" dans la phrase est la seule différence entre la prémisse et la conclusion)
L'éveil n'est qu'une expérience parmi d'autre, susceptible elle aussi d'être trompeuse, et n'a donc pas plus de poids que "quelqu'un m'a dit que je ne rêvais pas, donc je ne rêve pas".
si vous voulez cassez directement l'argument, il vous faut soit nier la prémisse (que l'on puisse faire l'expérience de chose qui ne sont pas là), soit nier la validité de la conclusion à partir de la prémisse, mais ça me semble assez difficile.
Pour l'instant, vous ne m'avez toujours rien dit qui puisse me laisser croire que le solipsisme est plus faible que le matérialisme.
L'immatérialisme n'est pas nécessairement naïf en lui-même, mais celui de Berkeley l'est un peu...
Il rejette la matière (en gros) parce que je n'en ai pas d'intuition directe, parce que je n'ai d'elle qu'un voile subjectif d'apparence et que (d'après Berkeley) je n'ai aucune raison de supposer qu'il y a "quelque chose" derrière. Mais en quoi est-ce différent avec les autres ? L'audition que j'ai de vous n'est pas différente de celle que j'ai d'un arbre qui tombe dans la forêt, la vision que j'ai de vous n'est pas différente de celle que j'ai de n'importe quel morceau de matière, etc.
La seule différence est que je présume que vous pensez... mais je n'ai pas accès à vos pensées, je ne fais que le supposer. En quoi cette supposition diffère-t-elle de mes suppositions à propos de l'existence et du fonctionnement de la matière ?
Et si l'on accepte tout de même, dans une perspective immatérialiste, d'accorder l'existence à d'autres esprit que moi, reste à savoir lesquels... Pour Berkeley, ce sont les humains, qui ont un esprit. Pourquoi tous ? Il est tout à fait possible de croire que certain en sont dépourvu et se contente d'agir comme si ce n'était pas le cas (des "hyliques", d'anciens gnostiques y croyaient). Et pourquoi que nous ? Pourquoi pas certains animaux ?
On peut tout à fait imaginer une autre alternative à l'extrême brûlant qu'est le solipsisme et l'entre-deux tiède que l'immatérialisme : qu'il n'y ait bien que des esprits, mais que toute chose en ai ! Mais là, nous nous écartons de Berkeley, et nous rapprochons de Leibniz.
Il me semble que Berkeley prend de nombreuses directions intéressantes, mais s'arrête toujours à mi-chemin.
inti,
vous dites "Réfléchir sur la matérialité c'est psychophysiologique, rationnel et émotionnel à la fois." Appelons "métaphysique" ce facteur rationnel de nos croyance. De toute manière, les deux autres ne sont pas digne de confiance.
A propos de l'argument du rêve, je ne vois pas où vous voulez en venir. Imaginez une personne qui rêve qu'elle se réveille un millier de fois, et une autre qui dans son rêve ne se réveille pas. Où est la différence ? toutes les deux rêvent.
L'argument du rêve est le suivant : tout ce dont je fais l'expérience est susceptible d'être irréel, donc il est possible que tout ce à quoi je crois par mon expérience soit irréel (en fait, la place du "tout" dans la phrase est la seule différence entre la prémisse et la conclusion)
L'éveil n'est qu'une expérience parmi d'autre, susceptible elle aussi d'être trompeuse, et n'a donc pas plus de poids que "quelqu'un m'a dit que je ne rêvais pas, donc je ne rêve pas".
si vous voulez cassez directement l'argument, il vous faut soit nier la prémisse (que l'on puisse faire l'expérience de chose qui ne sont pas là), soit nier la validité de la conclusion à partir de la prémisse, mais ça me semble assez difficile.
Pour l'instant, vous ne m'avez toujours rien dit qui puisse me laisser croire que le solipsisme est plus faible que le matérialisme.
Re: métaphysique : problème corps-esprit
Ecrit le 07 janv.15, 10:20Ton discours est celui de tous les philosophes qui se sont perdus dans les méandres de la métaphysique et qui se sont faits les guides de ce labyrinthe.
Le solipsisme est une idée,un produit de la matière.
. Tu vois que la matérialité produit du spirituel.
Tu veux dire que l'esprit serait plus vrai que son support physique? Ton solipsisme serait donc sans fondement naturel? En effet je suis d'accord, je pense qu'il n'a aucun fondement. Quant à la métaphysique son seul fondement sont nos propres sentiments face à la nature.Jean Blique a écrit :Pour l'instant, vous ne m'avez toujours rien dit qui puisse me laisser croire que le solipsisme est plus faible que le matérialisme.
Le solipsisme est une idée,un produit de la matière.
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