Car qu'est-ce que le hasard, finalement? C'est ce qui est imprévisible. Mais pourquoi est-ce imprévisible? Parce qu'on ne connaît pas tous les facteurs. Mais ces facteurs existent, aussi nombreux soient-ils! Et à eux seuls, même s'il est impossible d'en faire la liste exhaustive (dans cette situation donnée), ils expliquent cette situation!
Ainsi, tout s'explique par des facteurs, par l'action d'agents déterminés, et l'ensemble des agents que nous ignorons, nous les désignons sous le nom de "hasard". Dans ce cas particulier du veau, il faut compter chaque action de l'environnement sur son développement, son alimentation, etc. Si l'ensemble était parfaitement connu, alors l'ensemble serait parfaitement explicable et tout "hasard" serait éliminé de l'analyse.
Là, tu fais erreur.
On considère très souvent que ce qui est imprévisible à nos yeux est du au hasard. Lorsque l'on se penche d'un peu plus près sur les différentes situations qui nous amène à parler de hasard, on peut distinguer différents cas de figures.
Si on lance une pièce en l'air, on a l'habitude de dire qu'elle va retomber par hasard côté pile, côté face ou sur la tranche. En réalité, et comme tu le soulignes, il ne s’agit pas véritablement de hasard : il est possible de connaître tous les paramètres (vitesse du lancé de la pièce, vitesse de rotation de la pièce, importance des frottement de l’air, etc…) aux différents temps T que durent le mouvement de la pièce.
Ainsi, il est nécessaire de connaître tous les paramètres pour pouvoir « prédire » le devenir de la pièce.
Jusque là, je suis tout à fait d’accord avec toi : il ne s’agit pas véritablement de hasard.
Car dans le cas de la pièce de monnaie, nous nous trouvons dans système linéaire (linéaire= toutes interventions extérieure sur un système à un effet toujours proportionnel, c'est-à-dire que l’on peut donc prédire de façon précise). En d’autres termes, on connaît tous les paramètres qui interviennent et on sait comment ils interviennent (effet proportionnel).
Mais il existe d’autre système : les système complexes. Là, tout est différent. On parle de science de la complexité. Cynthia L. Mills, vétérinaire et auteur d’ouvrage scientifique de vulgarisation, donne une définition abordable de la complexité : tout système sensible à l’interaction de nombreuses composantes, y compris les rétroactions, de sorte que toute prédiction linéaire ou indirectement mesurable devient difficile. La complexité se réfère également aux structures d’auto-organisation qui apparaissent dans les systèmes chaotiques.
Les biologistes ont longtemps cru qu’en décodant le génome de tel ou tel organisme, le schéma de construction de l’organisme apparaîtrait tel quel. De ce fait, les biologistes pensaient que chaque gène commandait une information : par exemple, le gène 3452 commande la formation d’un bras ; on active le gène et un bras apparaît.
Mais les scientifiques se sont très vite rendus compte de deux choses. D’une, ce sont bien plus les interactions entre gènes qui commandent l’activation ou non d’un programme plutôt qu’un gène seul. De ce fait, un même gène peut intervenir dans plusieurs interactions et réseaux de gènes. De deux, et cela, tout le monde peut s’en apercevoir, il est difficile de décrire le monde du vivant par la seule compilation rigoureuse des différentes parties de celui-ci. Les organismes sont plus que la somme de tous les gènes : ils interagissent entre eux, nous venons de le voir, mais une fois associés, de nouvelles propriétés apparaissent : c’est l’émergence.
Il est intéressant de constater que cette complexité est beaucoup plus concrète et présente autours de nous qu’il n’y parait.
Le jeu d’une équipe de football en est un parfait exemple. Une équipe de football est bien plus que la simple somme de toute les individualité des joueurs : une fois réunis, la force de l’équipe n’est pas simplement la somme de la force et du talent de chaque joueur. De cette équipe naît, émerge une caractéristique supplémentaire et imprévisible qui va au-delà de la compilation du savoir-faire des joueurs. Cette émergence permet à l’entraîneur de concevoir des stratégies qu’il ne pourrait proposer s’il n’avait pas tous ces joueurs…ou qui peuvent ne pas fonctionner en fonction de l’état des joueurs eux même, de l’état des liens entre eux, des interactions au sein du terrain, etc…
Cette émergence se retrouve également en linguistique ; ou en météorologie.
La météo démontre bien l’impossibilité de déterminer le temps à venir avec exactitude tant les paramètres interagissent entre eux en permanence et conduisent à l’émergence de nouveaux phénomènes.
En ce sens, nous pouvons parler de hasard car l’émergence est imprévisible.
La science des réseaux d’interactions et des modules fonctionnels se penche sur ces émergences.
L’émergence ne peut être étudiée par la science du linéaire : c’est le domaine de la complexité et de l’imprévisibilité.
Dans le cas du veau, il y a émergence car le veau, comme tout organisme, est bien plus que la somme de ses caractères génétiques. Dans l’exemple que je prenais, je parlais d’un veau cloné, donc ayant la même mère, et des conditions environnementales (nourriture, température, etc…) identiques pour les deux veaux clonés. En ce sens que l’environnement et les conditions du développement sont connus et identique pour chacun des veau.
Mais le développement, lui, est lié à cette émergence. Et ne répond pas par conséquent à la simple physique linéaire.
En résumé, la compilation des caractères biologiques conduit à l’émergence de nouvelles caractéristiques totalement imprévisible.
Et c’est là que joue le hasard.