l'âge de raison

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Le dialogue interreligieux est une forme organisée de dialogue entre des religions ou spiritualités différentes. Ultérieurement, la religion a considéré l'autre comme n'étant pas la vérité révélée. C'est ainsi que les premiers contacts entre l'islam et le christianisme furent souvent difficiles, et donnèrent lieu à des guerres impitoyables comme les croisades.
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medico

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Ecrit le 13 déc.06, 06:13

Message par medico »

L'âge de raison

Claude Imbert

Ce pape priant dans la mosquée Bleue d'Istanbul annonce-t-il le jour béni où chrétiens et musulmans, fidèles séparés du même Dieu, enterreraient leur catastrophique querelle ? Hélas, non ! Les religions ne font pas de tels miracles (1). La prière exotique du pape ne fut qu'un beau rai de lumière dans la nuit ! Et chrétiens et musulmans ne dissiperont pas de sitôt une différence cimentée par l'Histoire.

Tous les pays d'Occident ont épousé une laïcité que l'islam ignore. Celle d'une rigoureuse séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais aucun n'a, comme la France, vécu si intensément le divorce de la religion chrétienne et d'un espace public régenté par la République. Cette séparation, achevée depuis un siècle, nous paraît, aujourd'hui, si évidente, si « naturelle » que nous ne parvenons pas à comprendre ni même à imaginer son épaisse absence dans l'univers islamique.

Car dans cet univers la religion baigne, irrigue, infuse toute la société. La présence incessante du Coran dans les moeurs, la langue, dans le rituel quotidien des prières modèle et régente l'ensemble de la vie publique. Tous les Etats musulmans ne sont pas des théocraties avérées comme l'iranienne, gouvernée par ses prêtres. Mais partout la société, le peuple, le commerce, la rue respirent la soumission à Dieu.

Pourtant, la plupart des pays arabes aspirent à une laïcité d'Etat. Mais tous affrontent la même résistance du tréfonds coranique. Ainsi, la laïcité turque, imposée depuis un demi-siècle par Atatürk et garantie depuis par l'armée, se trouve contestée. La moderne et féministe Tunisie connaît les mêmes traverses ! Dans l'ensemble arabo-islamique, chaque élection libre propulse des partis islamiques.


Or la grande affaire, c'est que le principe de laïcité aura très largement contribué à l'essor de l'Occident. A ce qu'on appelle la « modernité ». A l'épanouissement économique et politique de chaque homme.

Cette limitation de la religion dans l'ordre du savoir et du pouvoir vient, chez nous, de loin. Du credo chrétien où l'on distingue ce qui relève de Dieu de ce qui revient à César. De la Réforme qui, la première, avec le libre examen des textes sacrés, desserra le carcan catholique. Et depuis deux ou trois siècles de l'esprit des Lumières qui exalta cet affranchissement de la tutelle divine.

Aujourd'hui, après les désastres des deux religions de substitution - fascisme et communisme -, l'Occident plutôt secoué s'interroge ici et là sur ses propres ratés, sur les délires de sa Raison déraisonnante. Nos Etats s'interrogent sur la capacité d'une « religion » civile et privée de transcendance divine à rassembler des individus autonomes, désorientés, dispersés. L'Occident se bat la coulpe d'avoir ignoré l'obscur, le pathos, le « reptilien » de la condition humaine. D'en avoir sous-estimé le Mal. Un ardent guérillero intellectuel s'en prend carrément aux Lumières, aux « aveuglantes Lumières » (2), à leur savoir clair et peu profond. Et combien de politiques cyniques se souviennent que les religions divines furent les consolatrices inégalées des miséreux et des opprimés, leur « opium du peuple » ?


Tous ces doutes honorent peut-être mais troublent sûrement un Occident inhibé par la mauvaise conscience. Miné, en Europe surtout, par une repentance exorbitante et un défaitisme immérité.

Car enfin la modernité à l'occidentale roule toujours sur son erre. Elle fait toujours rêver les peuples du monde entier.

Pour y accéder, tous, il est vrai, ne partent pas égaux. L'univers arabo-islamique souffre plus que l'Asie du décalage historique où sa religion l'a confiné. Où la censure obscurantiste de la loi divine a ruiné les sciences et techniques, qui firent jadis l'orgueil du monde arabe. Où tout échec est désormais imputé à l'Occident, à l'Amérique, à Israël... Où la femme peine à quitter son antique servitude.

Cela dit, dans les pays d'islam, de plus en plus d'intellectuels, agnostiques, voire croyants, soulèvent la chape qui les écrase. Nombre de femmes rayonnent librement dans les professions où elles peuvent enfin accéder.

L'islam aux cent têtes ne peut ni ne veut proclamer sa Réforme, mais il se laisse arracher divers apanages par la contagion moderniste. Patience !

Epargnons-lui, quant à nous, impatience et condescendance. Aidons-le à dénouer les bandelettes qui l'entravent. A combattre ses « fous ». Avec le courage de notre âge de raison. Sans nous conduire en rejetons indignes. Et comme des enfants gâtés de l'Histoire !

1. Elie Barnavi, « Les religions meurtrières » (Flammarion). 2. Régis Debray, « Aveuglantes Lumières » (Gallimard).


© le point 07/12/06 - N°1786 - Page 3 - 703 mots

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(Isaïe 30:15) Votre force résidera en ceci : dans le fait de rester calmes et [aussi] dans la confiance . AM - JW - Les Témoins de Jéhovah

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