"Quand on est croyant, on sait que..."
Posté : 25 févr.26, 19:00
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Combien de fois ai-je déjà entendu cette introduction assertive : « Quand on est croyant, on sait que… » ?
Probablement des dizaines, voire des centaines de fois. Suffisamment, en tout cas, pour comprendre que cette formule agit à la fois comme une auto-persuasion rhétorique et comme une fin de non-recevoir à toute critique ou remise en question.
« Quand on est croyant, on sait que… » n’énonce pas un savoir : elle le présuppose et clôt la discussion avant même qu’elle ne commence. Ce n’est pas une conclusion, mais une dispense de démonstration. Une manière implicite de dire : si tu ne valides pas, c’est que tu n’es pas du bon côté.
Ironie discrète : en affirmant une certitude, la formule révèle surtout le besoin de la réaffirmer. Le savoir qui exige d’être proclamé ainsi est rarement aussi assuré qu’il le prétend.
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Cette formule n’est pas qu’un tic de langage : c’est un dispositif rhétorique de protection de la croyance et d'auto affirmation identitaire de celle-ci.
« Quand on est croyant, on sait que… » repose sur une confusion volontaire entre appartenance et connaissance. Le verbe savoir y est détourné de son sens épistémique pour devenir un marqueur identitaire. Il ne désigne plus un rapport au vrai, mais un signe de reconnaissance : ceux qui sont dedans savent, ceux qui sont dehors ne peuvent pas. Le critère n’est donc ni la preuve, ni la cohérence, ni même l’expérience, mais l’adhésion préalable.
La phrase renforce ainsi un cercle fermé : on est croyant donc on sait, et on sait parce qu’on est croyant. Tout ce qui viendrait de l’extérieur — doute, objection, contradiction — est disqualifié non pas sur le fond, mais sur la source. Ce n’est pas faux, c’est extérieur. Ce n’est pas discutable, c’est illégitime. La critique n’est pas réfutée : elle est rendue artificiellement inopérante et hors-sujet.
Il y a là une inversion subtile mais décisive : ce n’est plus la croyance qui découle d’un savoir, c’est le savoir qui est produit par la croyance. Le savoir devient performatif : il existe parce qu’il est affirmé depuis la bonne position. D’où la tonalité quasi incantatoire de la formule. Elle ne cherche pas à convaincre l’autre, elle sert surtout à se maintenir soi-même dans la certitude.
C’est ici que l’ironie devient intéressante. Plus une conviction est solide, moins elle a besoin de se formuler comme axiome identitaire. On n’a pas besoin de dire « quand on est mathématicien, on sait que le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés d'un triangle rectangle ». On le démontre, ou on passe à autre chose. Le rappel constant du statut de croyant trahit au contraire une fragilité latente : la certitude doit être martelée comme vraie pour se maintenir.
Enfin, cette formule a une fonction morale implicite. Elle ne dit pas seulement ce qui est vrai, elle suggère qui est légitime. Elle trace une frontière symbolique entre ceux qui savent et ceux qui, par définition, ne peuvent pas savoir. Le désaccord devient alors une faute de position, presque une défaillance morale. On ne se trompe pas : on est du mauvais côté.
En résumé, « quand on est croyant, on sait que… » n’est pas une affirmation de connaissance, mais une stratégie de clôture. Elle protège la croyance de l’examen en déclarant la question déjà réglée — et validée — par le simple fait d’y adhérer.
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Combien de fois ai-je déjà entendu cette introduction assertive : « Quand on est croyant, on sait que… » ?
Probablement des dizaines, voire des centaines de fois. Suffisamment, en tout cas, pour comprendre que cette formule agit à la fois comme une auto-persuasion rhétorique et comme une fin de non-recevoir à toute critique ou remise en question.
« Quand on est croyant, on sait que… » n’énonce pas un savoir : elle le présuppose et clôt la discussion avant même qu’elle ne commence. Ce n’est pas une conclusion, mais une dispense de démonstration. Une manière implicite de dire : si tu ne valides pas, c’est que tu n’es pas du bon côté.
Ironie discrète : en affirmant une certitude, la formule révèle surtout le besoin de la réaffirmer. Le savoir qui exige d’être proclamé ainsi est rarement aussi assuré qu’il le prétend.
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Cette formule n’est pas qu’un tic de langage : c’est un dispositif rhétorique de protection de la croyance et d'auto affirmation identitaire de celle-ci.
« Quand on est croyant, on sait que… » repose sur une confusion volontaire entre appartenance et connaissance. Le verbe savoir y est détourné de son sens épistémique pour devenir un marqueur identitaire. Il ne désigne plus un rapport au vrai, mais un signe de reconnaissance : ceux qui sont dedans savent, ceux qui sont dehors ne peuvent pas. Le critère n’est donc ni la preuve, ni la cohérence, ni même l’expérience, mais l’adhésion préalable.
La phrase renforce ainsi un cercle fermé : on est croyant donc on sait, et on sait parce qu’on est croyant. Tout ce qui viendrait de l’extérieur — doute, objection, contradiction — est disqualifié non pas sur le fond, mais sur la source. Ce n’est pas faux, c’est extérieur. Ce n’est pas discutable, c’est illégitime. La critique n’est pas réfutée : elle est rendue artificiellement inopérante et hors-sujet.
Il y a là une inversion subtile mais décisive : ce n’est plus la croyance qui découle d’un savoir, c’est le savoir qui est produit par la croyance. Le savoir devient performatif : il existe parce qu’il est affirmé depuis la bonne position. D’où la tonalité quasi incantatoire de la formule. Elle ne cherche pas à convaincre l’autre, elle sert surtout à se maintenir soi-même dans la certitude.
C’est ici que l’ironie devient intéressante. Plus une conviction est solide, moins elle a besoin de se formuler comme axiome identitaire. On n’a pas besoin de dire « quand on est mathématicien, on sait que le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés d'un triangle rectangle ». On le démontre, ou on passe à autre chose. Le rappel constant du statut de croyant trahit au contraire une fragilité latente : la certitude doit être martelée comme vraie pour se maintenir.
Enfin, cette formule a une fonction morale implicite. Elle ne dit pas seulement ce qui est vrai, elle suggère qui est légitime. Elle trace une frontière symbolique entre ceux qui savent et ceux qui, par définition, ne peuvent pas savoir. Le désaccord devient alors une faute de position, presque une défaillance morale. On ne se trompe pas : on est du mauvais côté.
En résumé, « quand on est croyant, on sait que… » n’est pas une affirmation de connaissance, mais une stratégie de clôture. Elle protège la croyance de l’examen en déclarant la question déjà réglée — et validée — par le simple fait d’y adhérer.
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