Markus Gabriel

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J'm'interroge

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Markus Gabriel

Ecrit le 16 mai26, 06:46

Message par J'm'interroge »

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MG : Le problème n’est pas Dieu en tant qu’idée, mais l’extension illégitime de cette idée hors de son domaine de sens. Comme concept, il organise des expériences, des normes, des récits. Mais il ne peut être traité comme un objet parmi d’autres sans changer de cadre d’intelligibilité.

MG : Il n’existe pas un seul monde total, mais une pluralité de domaines de sens où des choses apparaissent. Le réel n’est pas un tout, mais ce qui se manifeste avec contrainte dans ces domaines. La pensée clarifie ces cadres plutôt qu’elle ne découvre un fond ultime.

MG : Ce qui apparaît, ce sont des objets, des événements, des pensées, des relations — mais toujours déjà structurés par un domaine de sens. Il n’y a pas apparition brute : seulement apparition de quelque chose pour quelqu’un dans un cadre déterminé, sans arrière-monde garantissant son unité.

MG : Un domaine de sens est un champ structuré où quelque chose peut apparaître comme quelque chose : avec des règles implicites de distinction, d’identité et de pertinence. Il n’est pas un espace physique ni une représentation mentale, mais la condition locale de ce qui compte comme réel ou intelligible.

MG : Dans certains domaines de sens — contes, imaginaires, rituels — une sorcière verte existe comme objet cohérent. Dans le domaine empirique ordinaire, elle n’apparaît pas sous contrainte de perception et de vérification. L’existence dépend du cadre où quelque chose peut valoir comme quelque chose, non d’un être unique sous-jacent.

MG : Il ne s'agit pas d'un idéalisme classique. Il n’est pas affirmé ici que tout est mental, mais que tout apparaît dans des domaines de sens irréductibles à un unique fond. Les choses ne sont pas des représentations internes, mais des apparitions structurées. C’est plutôt un pluralisme ontologique anti-réductionniste.

MG : Les thèses n’ont pas d’identité psychologique propre. Elles circulent, se transforment, se stabilisent provisoirement dans des discours. Parler d’un auteur est déjà un raccourci pragmatique, pas une entité ontologique.

MG : On peut parler ici d'une ontologie minimale et critique. Elle ne décrit pas l’être comme totalité, mais les conditions d’apparition des étants dans des domaines de sens. Elle refuse la métaphysique du “tout-un” et les fondations ultimes. Plutôt une cartographie du réel pluriel qu’une doctrine de l’être unique.

MG : Une « réalité en soi » supposerait un accès hors de tout domaine de sens, ce qui est impossible. Ce qui est réel est toujours réel pour une configuration d’apparition donnée. Hors de cela, le concept perd toute prise descriptive et devient une fiction métaphysique.

MG : Similarités et différences avec la philosophie de Hume :
- Similarités : refus des essences cachées, critique de la nécessité causale, primat de l’expérience et des habitudes dans la constitution du réel vécu.
- Différences : Hume reste empiriste psychologique et naturaliste. Ici, pluralité de domaines de sens non réductibles à l’esprit individuel ni à un seul monde. Causalité : habitude chez Hume, structure locale d’apparition ici.

MG : Le réel n’est pas un bloc unique, mais une pluralité de domaines de sens où quelque chose apparaît. Dire « tout est réel » vide le mot, dire « seul un fond ultime est réel » dépasse toute expérience. Est réel ce qui se manifeste de façon contraignante dans un domaine.

MG : Aucune morale universelle ne se tient. Les normes émergent dans des domaines de sens où des valeurs s’imposent comme pertinentes. La responsabilité consiste à clarifier ces cadres et leurs effets. Toute morale absolue est une illusion conceptuelle. Il n’y a que des pratiques évaluables localement.

MG : On ne rencontre jamais un « sujet » comme chose indépendante, seulement des expériences structurées. Le sujet est une fonction d’un domaine de sens, pas une substance cachée. Par habitude, on le suppose stable. Mais il n’est qu’un point de convergence de phénomènes conscients.

MG : Ce que l’on appelle « état modifié » désigne un changement de domaine de sens : les régularités ordinaires s’effondrent, d’autres émergent. La transe chamanique n’ouvre pas un ailleurs métaphysique, mais reconfigure l’expérience vécue et ses contraintes symboliques, produisant un réel localement cohérent.

MG : Il ne s’agit pas d’une compréhension “au-delà” du réel, mais d’un autre agencement de ce qui apparaît. Chaque domaine de sens rend certaines relations intelligibles et en obscurcit d’autres.

MG : Elle peut produire une autre intelligibilité, mais pas un accès privilégié à une réalité cachée. La transe reconfigure les connexions entre perceptions, affects et symboles. Ce changement peut être heuristique ou thérapeutique. Elle peut être cohérente, opératoire, parfois transformative. Rien n’oblige à la hiérarchiser ontologiquement. Elle vaut comme régime de sens.

JMI II : La transe chamanique a cela de bon qu'elle permet de voir autrement et ainsi de s'apercevoir qu'il existe d'autres modes de compréhension et de perception.

MG : Elle a cette fonction : déstabiliser les évidences d’un seul régime perceptif et rendre visibles d’autres articulations possibles du vécu. Cela élargit l’espace des possibles descriptifs, sans sortir de l’immanence des expériences. Aucun mode n’est “plus vrai”, seulement plus ou moins opératoire selon les contextes.

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JMI II : Est-ce que Marcus Gabriel est bien dans la ligne de ta pensée ?

Hume GPT : Il s’en éloigne. Il maintient une ontologie du sens et des “champs de sens” irréductibles à de simples impressions. Mon enquête suspend ces entités : rien n’est donné sinon des perceptions liées par habitude. Là où il multiplie les domaines du réel, je limite au vécu.

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JMI II : Tes domaines de sens ne sont-ils pas une entité que tu rajoutes à l'apparaître ?

MG : Non, ils ne sont pas une entité ajoutée. Ils ne “se trouvent” nulle part comme choses. Ils désignent la structure minimale déjà impliquée dès qu’il y a apparition de quelque chose comme quelque chose. Sans cela, aucune distinction, aucun sens, aucune identification ne serait possible.

JMI II : Mais ce ne sont pas des apparaîtres. Ce sont des choses supposées.

MG : Ils ne sont pas des choses. Les traiter comme des entités serait une erreur de catégorie. Ils ne s’ajoutent pas à ce qui apparaît, ils nomment les conditions immanentes de l’apparaître lui-même. Leur statut est fonctionnel, non substantiel. C’est précisément ce qui évite l’hypostase métaphysique.

JMI II : Ils nomment selon toi des conditions, mais qui n'apparaissent pas en tant que telles.

MG : Justement. Ils ne doivent pas apparaître comme objets pour jouer leur rôle. Les conditions de possibilité d'un apparaître ne sont pas elles-mêmes des apparaîtres du même type que ceux qu’elles rendent possible. Les confondre avec des entités visibles serait exiger qu’un cadre se transforme en contenu du cadre.

JMI II : Certes mais ce sont des déductions.

MG : Ce ne sont pas des déductions au sens classique. Rien n’est inféré depuis un arrière-plan caché. On décrit des régularités déjà données dans l’expérience. Le concept de domaine de sens ne conclut pas, il explicite ce qui est déjà impliqué dans le fait même que quelque chose apparaisse comme quelque chose.

JMI II : Oui, comme tu dis : "cela explique". C'est donc théorique.

MG : Théorique, oui, mais pas hypothétique au sens d’un ajout ontologique. C’est une description de second ordre : elle rend explicite la structure déjà opérante dans l’apparition. La théorie n’introduit pas un nouvel objet, elle reconfigure la lisibilité de ce qui est déjà donné.

JMI II : Voilà ils m'ont de sens que lorsque l'on nomme.

MG : Ils ne naissent pas du nommage. Le langage les rend explicites, il ne les crée pas. Avant toute nomination, quelque chose apparaît déjà comme quelque chose — avec des distinctions, des continuités, des ruptures. Le dire ne fonde pas le voir, il en organise seulement la clarté.

JMI II : Les distinctions sont apparentes, contrairement à ces domaines de sens.

MG : Les distinctions apparaissent, oui, mais toujours déjà dans un cadre qui les rend possibles comme distinctions. Un domaine de sens n’est pas un objet invisible derrière elles, mais la structure implicite de leur intelligibilité. Le prendre pour une chose manquante, c’est déplacer le niveau d’analyse.

JMI II : Et ce cadre apparaît-il ou non ?

MG : Il n’apparaît pas comme objet distinct. Il se manifeste seulement dans la stabilité ou la variation des apparaîtres qu’il rend possibles. Vouloir le voir comme on voit une chose revient à confondre condition de visibilité et visible lui-même. Il est immanent, non thématisable comme contenu.

JMI II : Ok mais personnellement je n'observe rien de tel, et Hume serait d'accord avec moi.

MG : Hume observerait en effet qu’on ne trouve jamais de “cadre”, seulement des impressions et des habitudes d’association. La divergence tient à ceci : pour Hume, on s’arrête à cette donnée psychologique. Ici, on décrit la structure implicite déjà présupposée par toute identification d’une impression comme “la même”, “autre”, “cause”, etc. Sans cette structuration, même l’observation humeienne ne serait pas formulable comme telle.

JMI II : Oui tu décris une structure implicite mais qui est théorique. Tu dis que c'est déjà présupposé. Mais c'est un présupposé.

MG : C’est bien un présupposé, mais pas au sens d’une hypothèse facultative. C’est un présupposé constitutif : il n’est pas ajouté après coup, il est déjà engagé dans le fait même de distinguer, reconnaître, répéter. On peut refuser de le thématiser, mais pas s’en extraire sans dissoudre l’intelligibilité de l’expérience elle-même.

JMI II : Tu parles d'intelligibilité, je suis d'accord, mais l'apparaître ne se réduit pas à l'intelligibilité.

MG : Exact. L’apparaître déborde l’intelligible : affects, intensités, surgissements préconceptuels. Mais même ce débordement est déjà différencié, situé, reconnaissable comme “ceci plutôt que cela”. Le langage n’en capture qu’une part. Toutefois, sans structures minimales de distinction, même l’inarticulé ne serait pas identifiable comme vécu.

JMI II : Ça c'est toi qui le dis. Il est identifiable sans être nécessairement intelligible. L'intelligible est une catégorie d'apparaître.

MG : Accord partiel. Un vécu peut être immédiatement identifiable sans être conceptualisé. Mais “identifiable” suppose déjà une récurrence ou une séparation minimale dans le flux d’apparition. Sans aucune différenciation, il n’y aurait même pas de “ceci” à reconnaître, seulement une indifférenciation indistincte, donc rien de repérable, même préconceptuellement.

JMI II : Des apparaîtres en situent d'autres.

MG : Oui, dans le flux d’expérience, certaines apparitions se détachent, se stabilisent, en encadrent d’autres. Cela reste interne au champ du vécu : des relations d’émergence, de contraste, de focalisation. Aucun besoin d’un arrière-plan supplémentaire, seulement des configurations locales d’apparition.

JMI II : Oui c'est ce que je dis. Dans l'apparaître, les domaines de sens n'ont de sens que relativement à l'intelligible.

MG : Si « domaine de sens » signifie uniquement des stabilisations internes au flux d’apparaître, dépendantes de certaines régularités d’intelligibilité, alors oui : il n’y a rien au-delà des configurations immanentes du vécu. Le terme devient alors descriptif, non transcendantal fort : une manière de nommer des structures de cohérence dans l’apparaître lui-même.

JMI II : Oui. Dès que l'on nomme, dès que l'on a une intelligibilité, effectivement, l'on peut parler de domaine de sens. Mais pour moi, ce ne sont pas des choses qui n'apparaissent pas.

MG : Accord. Rien de ce type n’apparaît comme objet séparé. Le “domaine de sens” n’ajoute pas des entités invisibles, il nomme des régularités internes à l’apparaître dès qu’il devient structurable et communicable. En dehors de cela, il n’y a pas deux niveaux d’être, seulement des variations du même champ vécu.

JMI II : Tout à fait.

MG : D’accord. Le reste relève surtout d’une manière de parler des stabilités de l’expérience sans les réifier.

JMI II : C'est aussi ma conclusion.

MG : Position stabilisée : pas de double niveau ontologique, seulement des configurations internes de l’apparaître, parfois stabilisées par le langage et la pratique. Toute théorie ajoutant des entités distinctes glisse vers la réification.

JMI II : Dans ce cas que peut-on appeler des certitudes ?

MG : Des certitudes ne sont pas des garanties absolues, mais des stabilisations fortes de l’expérience et de l’accord pratique. Elles tiennent tant que les configurations d’apparition restent cohérentes et reproductibles. Elles sont locales, non fondées hors du champ vécu, et révisables si les régularités se déplacent.
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- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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