C'est le moment de faire un petit résumé.
En effet, comme ça part dans tous les sens, et comme chacun développe sa propre théorie, il est nécessaire pour nos lecteurs de faire le point à ce stade.
Il existe dans ce débat deux positions.
1) Celle des Thomas, de MLP, de Luxus, et de quelques autres qui ne peuvent concevoir la résurrection d'un mort en dehors de la résurrection de son corps.
- Pour eux, Dieu ne sait pas redonner la vie à un humain mort depuis plus ou moins longtemps sans recréer à l'identique son corps pourtant volatilisé, décomposé, et dont les atomes peuvent se retrouver partout et même dans d'autres corps humains.
Leur lecture est littérale. Par exemple quand Jésus, ressuscité, montre ses mains et ses pieds, il ne peut s'agir pour eux que de son véritable corps.
Ils affirment que le corps ressuscité est le corps spirituel incorruptible dont parle Paul en I Cor 15:53. Il s'agirait donc d'un corps à la fois spirituel et physique définitif en ce sens que c'est celui que ces ressuscités auraient éternellement au ciel.
2) L'autre position est la suivante.
- Dieu est capable de redonner vie à une personne parce qu'il sait conserver dans ce qui est plus qu'une mémoire, les sentiments, souvenirs, projets d'un individu au moment de sa mort dans une sorte de sauvegarde spirituelle qui ne constitue pas une survie mais une sorte de dépôt.
Dieu est également capable d'implanter à nouveau ces éléments dans toutes sortes de corps qu'ils soient physiques ou spirituels au sens divin du terme.
Car il y a deux types de résurrections à attendre: une résurrection terrestre et une résurrection céleste.
Analysons donc point par point ces deux hypothèses.
1)
Le corps que reçoivent les ressuscités à l'espérance céleste est définitif.
Nous sommes d'accord sur ce point, seulement il implique des conséquences extrêmement importantes.
- En effet I Jean 3:2 apporte l'élément suivant :
"ce que nous serons n'a pas encore été manifesté, nous serons semblables à LUI, parce que nous le verrons tel qu'il est "
Il n'est pas nécessaire de rechercher le mot résurrection dans ce texte pour comprendre que Jean, en utilisant l'expression "nous serons", fait une réflexion sur l'avenir des chrétiens à l'espérance céleste. Or, parlant de Dieu (voir le contexte), il affirme que les ressuscités célestes seront semblables à lui et il ajoute qu'ainsi, ils pourront voir Dieu tel qu'il est.
Rappelons que nos amis affirment que le corps dont disposeront, au ciel, Jean et ses frères sera physico-spirituel puisqu'ils tiennent absolument à ce que le corps humain ressuscité fasse partie du voyage.
Seulement Jean vient d'affirmer que les ressuscités seraient "semblables à Dieu".
Pourtant, Jésus a affirmé deux choses de façon très explicite : Jean 4:24 : Dieu est Esprit et Luc 24 : un esprit n'a ni chair ni os.
A ce stade de notre discussion la seule réponse de Thomas est : on ne sait pas comme ce sera là-haut !
Seulement, ça ne l'empêche pas d'affirmer que le corps sera du voyage.
Ainsi, il ne peut échapper à la conclusion logique qu'amène ce texte : si les ressuscités célestes sont semblables à Dieu, Dieu est alors semblable à eux et doit donc avoir un corps physico-spirituel dans l'hypothèse de nos amis
Toujours concernant le caractère définitif du corps reçu par les ressuscités célestes, nous trouvons le texte de II Cor 5:1-2.
- "Car nous savons que si notre maison terrestre, cette tente, vient à être détruite, nous devons avoir une construction qui vient de Dieu, une maison non faite par les mains, éternelle dans les cieux (...) qui vient du ciel "
Dans ce texte Paul est explicite. Il part de l'hypothèse où son corps humain physique va être détruit et il énonce la solution à ce problème en affirmant qu'un corps venant du ciel va venir remplacer le corps physique détruit.
Thomas nous avance l'hypothèse que l'expression "venant du ciel" indiquerait une sorte de livraison sur terre de ce nouveau corps.
Cependant Paul n'affirme pas, et de loin, que le corps physique détruit va être ressuscité car dans la suite du texte, ce corps reste détruit.
Ainsi le corps défini au verset 1 comme étant dans les cieux n'a pas besoin du corps physique détruit pour être offert aux chrétiens dans ce texte. Il vient tout simplement le remplacer ce qui indique une résurrection céleste.
Il a existé un certain nombre de résurrections terrestres qui ont impliqué que les corps des morts ont retrouvé la vie.
Seulement, il ne peut s'agir de la résurrection réservée à ceux qui iront au ciel puisque ces ressuscités, sans exception, ont à nouveau connu la mort au bout de quelques années. Il n'est donc pas question ici de corps spirituels incorruptibles.
A tout le moins, ces résurrections terrestres viennent démontrer que Dieu a bien un projet terrestre.
On nous avance aussi que la disparition du corps de Jésus impliquerait qu'il ait été ressuscité (le corps). Il ne s'agit pas d'une preuve car une preuve a pour effet de ne pouvoir valider qu'une seule hypothèse.
Or, la disparition du corps de Jésus peut tout aussi bien avoir été décidée par Dieu pour plusieurs autres raisons. Soit pour éviter que les pharisiens exhibent son corps pour nier la résurrection, soit pour éviter le culte idolâtrique du corps de Jésus, soit parce que Dieu ne voulait pas que le corps de son fils se décompose.
Ainsi, dès lors où une autre hypothèse permet d'expliquer la disparition du corps de Jésus autrement que celle de nos amis, leur prétendue preuve se réduit à un simple indice.
Je rappelle qu'un argument ou un indice est un élément qui serait vérifié dans une hypothèse donnée mais qu'il ne la valide pas pour autant.
C'est l'histoire de la condition nécessaire mais
non suffisante.
Si le corps était resté dans la tombe, ce serait une preuve contre cette hypothèse, mais si le corps a disparu, et comme une ou plusieurs autres explications sont possibles pour l'expliquer, ce n'est qu'un argument.
Un autre argument que l'on veut faire passer pour une preuve est le texte de Rév 11 qui décrit deux personnages sur la terre qui, après une oeuvre de prédication, vont être mis à mort et rester à l'état de cadavre pendant 1260 jours. A la fin de cette période, le texte indique qu'ils reprennent vie, se tiennent sur leurs pieds puis montent au ciel.
Le texte n'indique pas qu'il s'agit de la façon dont se fera la résurrection. Nous ne sommes pas dans une démonstration argumentée du type de celle de Paul en I Cor 15.
Nous sommes en plein cœur du livre de la Révélation dont chacun sait qu'il vient nous apporter des renseignements réels mais à travers des symbolismes quelques fois déroutants.
La première des précautions à prendre est donc de faire attention à ne pas faire une règle d'un symbolisme évident.
S'il fallait y voir une explication littérale de la résurrection céleste, il faudrait dans un premier temps s'étonner qu'il n'y ait que deux postulants eu égard au fait que I Thes 4 indique que la majorité des chrétiens oints célestes ressusciteront d'abord.
De même, nos amis tiennent absolument à ce que tous les chrétiens qui vivront au ciel ressuscitent au même moment, en même temps et en un clin d'oeil.
Visiblement, les deux personnages cités en Rév 11 ne font pas le compte.
On va nous objecter que ce chiffre est symbolique. Oui mais ... pourquoi pas le reste ??
On peut également constater qu'après leur montée au ciel au verset 12, il y a encore sur terre des humains qui rendent gloire à Dieu au verset 13.
Tout indique qu'il est plutôt très risqué de fonder une croyance aussi important sur ce texte très symbolique.
Un autre argument avancé par nos amis est la conversation que Jésus aura avec ses apôtres lorsqu'il leur apparaîtra après sa résurrection. Nous trouvons ce récit en Luc 24.
Quelques heures auparavant Jésus avait discuté avec quelques chrétiens sur le chemin d'Emmaus. Le verset 31 les décrit à table avec Jésus au moment où il se fait reconnaître par eux. Le texte indique qu'il disparaît à ce moment là.
Le verset 33 confirme la disparition miraculeuse puisqu'il explique qu'ils se lèvent de table juste après. C'est donc à table que Jésus disparaît.
Ensuite, à partir du verset 36, Jésus apparaît miraculeusement au milieu de ses apôtres d'une façon si extraordinaire qu'il sème la panique chez eux. Ils le prennent pour un esprit. Un examen du mot "esprit" dans les évangiles, lorsqu'il s'applique à des êtres surnaturels démontre que dans la bouche des apôtres, il s'agit de démons le plus souvent.
On comprend leur terreur exprimée au verset 36.
Jésus est obligé de les rassurer en montrant le corps dans lequel il s'est matérialisé et en leur indiquant qu'un esprit ne pouvait pas être physique comme il l'était
à ce moment là.
C'est là l'erreur de nos amis. Actes 10:40 nous apprend que la possibilité pour Jésus de se matérialiser est née de la volonté de Dieu et donc qu'il ne s'agit pas d'une propriété
innée du corps spirituel que Jésus avait retrouvé à sa résurrection.
Actes 10:40.
" Dieu l'a relevé (...) et lui a accordé de se manifester (...) à des témoins désignes d'avance".
Ainsi, devant ses apôtres, Jésus a pu dire qu'il n'était pas devant eux sous la forme d'un esprit, puisqu'il était matériel avec chair et sang, ce qui se signifie pas qu'il n'allait pas, après les avoir quitté, redevenir l'esprit donc parle I Pierre 3:18.
I Pierre 3:18.
Notre discussion ne pouvait pas ne pas s'arrêter sur ce texte.
"
ayant été mis à mort quant à la chair mais ayant été rendu à la vie quant à l'esprit "
Nous avons dans ce texte une opposition clairement affirmée.
Elle se traduit schématiquement ainsi
mort/chair mais résurrection/esprit.
L'allusion à la chair peut-elle avoir pour motif une défaillance spirituelle de Jésus. En d'autres termes, Pierre est-il en train de nous dire que Jésus était pécheur, défaillant alors qu'il était dans la chair.
Evidemment non !
Nous n'avons donc pas une opposition chair/esprit basée sur le fait que Jésus serait plus parfait esprit que chair. Jésus était parfait dans la chair et il est parfait en tant qu'esprit.
Cependant il y a la conjonction "mais" entre les deux parties de cette phrase ce qui nous nous oblige à trouver une opposition quoiqu'il arrive.
Cette opposition n'oppose pas les mots
chair et esprit, mais les mots "
mort et rendu à la vie".
C'est autour de cette idée que s'exprime Pierre ici.
Paul utilisera aussi l'expression " rendu à la vie " et précisément en I Cor 15 lorsqu'il dira :
"Ce que tu sèmes n’est pas rendu à la vie si d’abord il ne meurt "
Nous avons donc une allusion directe à la résurrection dans ce texte de I Pierre 3:18.
Cela démontre que le texte peut aussi se traduire ainsi :
ayant été mis à mort quant à la chair mais ayant été ressuscité quant à l'esprit "
Dans une argumentation biblique ou non, on ne peut opposer que des notions qui peuvent l'être.
On ne peut pas écrire par exemple : "
il a été mis à mort quand à la chair mais il a été ressuscité par l'esprit saint."
Il n'y pas d'opposition possible entre les deux explications. En quoi le fait d'être ressuscité par l'esprit-saint pourrait-il justifier la conjonction "mais" et en faire quelque chose s'opposé à la vie de Jésus en tant qu'homme. Les évangiles regorgent de preuves que Jésus disposait de l'esprit-saint à volonté.
Par ailleurs, la première affirmation fait directement allusion à la mort de Jésus dans la cadre de son corps de chair. L'opposition liée à la résurrection se doit de rester dans le même cadre lié au corps. Et d'ailleurs le texte dit bien " mais ressuscité quand à l'esprit".
Pierre vient donc de nous expliquer que Jésus a été ressuscité esprit.
I Cor 15:45.
Un autre texte a également été débattue. Il dit : "
le dernier Adam (Jésus) est devenu un esprit donnant la vie "
On nous objecte que l'expression "donnant la vie" interdirait de penser que le texte affirmerait que Jésus est devenu un esprit.
Je vous laisse y réfléchir, mais je ne vois pas la force de cette argument.
Si je dis que Jéhovah est un Dieu donnant la vie, l'ajout de l'expression "donnant la vie" vous semble t'il suffisant pour affirmer que Jéhovah n'est pas un Dieu ?
Je pense que Thomas cesse ici d'être crédible ! La pertinence d'une hypothèse se jauge aussi au sérieux des arguments que l'on oppose à des textes très explicites. Dans cet exemple, Thomas semble avoir choisi une échappatoire très discutable qu'il ne vient d'ailleurs même pas expliquer.
Car nous voudrions qu'il nous explique en quoi le fait qu'un esprit puisse donner la vie démontrerait que ce n'est pas un esprit.
Merci à lui !
Concernant la notion de corps.
Paul, quand il utilise le mot corps, n'a absolument pas l'idée d'une matérialité mais d'un cadre ou d'une nature.
Pierre parlera de nature divine en II pierre 1:4.
Paul en Philippiens 2:6, et parlant de Jésus, expliquera qu'il se trouvait au ciel dans la forme de Dieu.
Personne n'imagine que Dieu ait une forme, pourtant Paul a choisi cette expression matérielle.
De même, le corps dont parle Paul en I Cor 15:44 n'est pas physique puisqu'il est spirituel.
Thomas n'arrive pas à lier entre-eux les mots "esprit" et "spirituel" comme si pour lui ils n'avaient pas la même racine.
Esprit est un nom commun,
spirituel est un adjectif. Il caractérise un esprit.
Il suffit simplement de comprendre le verset 44.
"S'il y a un corps physique, il y a aussi un corps spirituel "
Si le mot corps avait chez Paul la notion de corps physique, il n'écrirait pas qu'il y a "un corps physique" ce qui reviendrait à un pléinasme, comme s'il disait qu'il y a un corps physique physique.
Dans l'opposition du texte, le point commun est le mot
corps et la différence se trouve entre les mots "physiques" et "spirituel".
Un corps spirituel ne peut donc pas être physique puisque Paul a écrit le mot "aussi" pour indiquer qu'à côté du corps physique, il y avait aussi un corps spirituel.
Quand on dit : j'ai un vélo mais aussi une moto, personne ne pensera que ta moto est le vélo amélioré.
Quand donc Paul écrit qu'il y a un corps physique et
aussi un corps spirituel, il indique deux sortes de corps bien distincts.
Dès lors où nos amis affirment que les ressuscités ont un corps à la fois physique et spirituel, ils affirment qu'ils ont 2 corps.
Leur erreur vient précisément de là. Ils n'ont pas compris que pour Paul, le mot "corps" désigne plus la nature du corps, sa forme, aux sens que leur donnent Phil 2:6 et II Pierre 1:4.
Je répondrais aux derniers arguments de Thomas et je les mettrais à la suite de ce texte.
bonne journée à tous.