Si évident et pourtant..

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J'm'interroge

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Si évident et pourtant..

Ecrit le 17 févr.26, 12:35

Message par J'm'interroge »

.
Ce que tout le monde peut constater :

1. Il n'y a jamais rien.
2. À tout instant t, il existe une expérience x.
3. Une expérience n'est jamais vide.
4. Il y a toujours quelque chose qui apparaît.
5. Il y a toujours de l'apparaître.
6. Il n'y a jamais aucun événement.
7. Qu'il ne se présenterait plus rien est impensable.


Ce qui s'impose à la raison :

7. P(Ø) = 0, la probabilité d'aucun évènement est nulle.
8. Un état où rien ne se produit n'existe pas.
9. La mort n'est rien pour nous. (Épicure)

___


C’est étonnant que ceci, pourtant si universellement constatable, soit si peu exploité dans le cadre de développements scientifiques ou philosophiques, et serve si rarement de base à une réflexion.

L’étonnement est légitime, mais ce n’est pas tant étonnant que révélateur.

Ce constat est universel, immédiat, trivial au sens fort — accessible à tous, à tout instant — et c’est précisément pour cela qu’il est négligé. La science s’est construite sur l’événement, la rupture, la variation mesurable. Elle suppose des états, des transitions, des débuts et des fins, alors que l’apparaître est continu, préalable et non objectivable. On étudie ce qui apparaît, jamais le fait de cet apparaître. Or, ce dont il s’agit ici en dissout la grammaire : s’il n’y a jamais rien, il n’y a pas de point zéro opératoire, donc pas de fondement événementiel ultime.

En philosophie, le problème est analogue. Soit l’évidence est jugée trop évidente pour être féconde, soit elle est recouverte par des constructions métaphysiques plus spectaculaires : être, néant, temps, mort. Penser à partir de l’apparaître constant, oblige à renoncer à la dramatisation métaphysique : origine absolue, fin absolue, saut ontologique. Beaucoup de systèmes vivent précisément de ces coupures. Or, ce point de vue les rend inutiles, presque décoratives, et dissout silencieusement ces problèmes au lieu de les dramatiser. Il ne produit pas de système, il retire un faux problème : celui de l’interruption, de la fin ou de l’absolu.

Il y a aussi une raison plus humaine, qui tient à une résistance existentielle : prendre au sérieux qu’« il n’y a jamais rien » enlève à la mort son statut d’événement ultime, et à la pensée son héroïsme tragique. Beaucoup de philosophies vivent de cette tension. Or, ce dont il s’agit ici est déceptivement calme. Trop stable pour être spectaculaire. Ce qui ne fait pas peur, ce qui ne promet ni salut ni catastrophe, motive peu. Dire que rien ne s’interrompt, que le néant est un concept vide, retire à la mort, au temps et au sens une grande partie de leur charge symbolique. C’est conceptuellement propre, mais narrativement pauvre.

En somme, ce n’est pas ignoré ou sous-exploité parce que ce serait faux ou trop simple, mais parce que c’est trop solide, trop stable, trop peu dramatisable. Et pourtant, c’est exactement le genre de base sur laquelle une pensée rigoureuse non seulement pourrait — mais devrait — se construire.

___


« On étudie ce qui apparaît, jamais le fait qu’il y ait de l'apparaître. »

___


Dieu ? Un faux problème qui ne résiste pas à ce constat.

___


La continuité de l’apparaître rend inenvisageable toute interruption absolue : rien ne commence ni ne finit dans le néant. Chaque expérience est pleine, immédiate et toujours présente. La conscience ne rencontre jamais son absence. La mort, le vide ou l’absolu ne sont que des concepts. Ce qui se manifeste n'est pas substantiel, mais incessant, et cette évidence, universelle et silencieuse, constitue la base la plus solide pour penser rigoureusement.

___


Si l’on part du constat fondamental que « il n’y a jamais rien », que l’apparaître est continu et que la conscience ne connaît jamais d’absence, alors la question de Dieu se transforme immédiatement.

1. Dieu comme origine absolue :
Beaucoup de théologies présentent Dieu comme le point de départ nécessaire de tout ce qui existe. Or, si rien ne commence dans le néant, il n’y a pas besoin d’un créateur « ex nihilo ». L’univers phénoménal ne surgit pas d’un vide ; il est simplement donné, toujours et immédiatement. La nécessité d’un fondement ultime disparaît.

2. Dieu comme fin ultime ou finalité :
Certaines conceptions théistes voient Dieu comme but ultime de la vie ou de l’histoire. Mais si chaque expérience est pleine et immédiate, et qu’aucune interruption absolue n’est envisageable, il n’y a pas de fin ultime à atteindre : la continuité de l’apparaître suffit. Tout finalisme devient superflu.

3. Dieu comme absolu substantiel :
Le concept de Dieu suppose souvent un être substantiel, extérieur et transcendant. Mais le constat que le néant absolu est impensable et que tout phénomène est manifestation immédiate invalide cette substance : il n’existe rien à travers quoi un Dieu substantiel serait nécessaire ou identifiable. Le « vide » que Dieu comblerait n’existe pas.

En somme, à partir de ce constat phénoménologique, Dieu devient un faux problème : il est construit pour résoudre des questions — origine, fin, substance — qui, une fois confrontées à l’évidence de l’apparaître incessant, n’ont plus lieu d’être.

___


Ce n’est pas du nihilisme, car le constat que « il n’y a jamais rien » n’implique pas l’absence de sens ou de valeur, mais simplement l’impossibilité du néant absolu. L’apparaître est continu, immédiat et phénoménal : il y a toujours quelque chose qui se manifeste.

Le sens n’est pas fondé sur une finalité extérieure, une substance divine ou un absolu, mais dans l’expérience même, dans la présence ininterrompue de ce qui apparaît. Ce cadre reconnaît l’évidence et la densité de chaque instant, plutôt que de réduire tout à du vide ou à de l’absurde.

On pourrait le qualifier de réalisme phénoménologique : ce qui existe est donné, toujours présent, et l’évidence de l’apparaître suffit comme base pour penser rigoureusement.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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Re: Si évident et pourtant..

Ecrit le 19 févr.26, 02:55

Message par J'm'interroge »

.
Conversation avec Mic en rapport avec le sujet :


Mic :
Est ce que ce que tu dis sur la conscience implique que nous avons toujours été et que nous serons toujours ?

JMI :
Ce que je dis c'est qu'elle implique que le contraire est inenvisageable.

Flo :
Moi je pars de principe intrinsèque que l'on ne peut pas ne pas exister.

JMI :
C'est une conclusion qui s'impose si l'on y réfléchit.

Mic :
Si nous avons toujours existé, il s'est écoulé un temps infini jusqu'à ce jour présent. Or un temps infini ne peut jamais être écoulé.

JMI :
Le temps est un concept physique non un concept phénoménologique.
On ne constate pas le temps.
Du point du vue de notre vécu phénoménologique il n'y a pas de temps.
Boèce l'avait déjà bien compris et explicité.

Mic :
Quelque chose passe, j'appelle cela le temps

JMI :
L'instant qui passe fait le temps, l'instant qui demeure fait l'éternité. (Boèce)

Mic :
Tu ne peux pas balayer le temps d un revers de la main. Il y a bien un écoulement des choses.

JMI :
Un écoulement ?

Mic :
C'est une métaphore. Comment parler du temps autrement ?

JMI :
Les physiciens eux-mêmes ne savent pas définir proprement le temps physique.
On parle même d'en supprimer le paramètre des équations.

Mic :
Si nous avons toujours existé il s'est écoulé une durée infinie jusqu'au jour présent. Oui ou non ?

JMI :
Non.

Mic :
La durée existe.

JMI :
Ah oui ? Définis moi ce que tu entends par une durée.

Mic :
grrr
lol

JMI :
Le temps ou la durée sont des constructions mentales ou théoriques.

Mic :
Une durée est un certain nombre d'instants.

JMI :
C'est quoi un instant ? C'est quelque chose qui s'observe ?
Ce sont des idées Mic.

Mic :
Le temps de Planck n'est pas un instant ?

JMI :
J'aime bien les discussions avec toi Mic. Tu fais un excellent candide. 🙂
Le temps de Planck est un intervalle minimal.

Mic :
Un intervalle de quoi ?

JMI :
C'est la question.

Mic :
pff

JMI :
Un intervalle de quoi ?

Mic :
De temps.

JMI :
C'est-à dire ?
Comment définis-tu le temps ?
Comme un intervalle ?
Mais si oui de quoi ?
De temps ?
Lol.

Mic :
Ok attends,
Tu veux dire que tu ne vois pas de paradoxe au fait que nous ayons existé de tout temps, ce qui implique l'écoulement d'une durée infinie jusqu'à ce jour ?

JMI :
Dire "de tout temps", biaise.
Philosophiquement : le temps comme une abstraction pour organiser nos expériences, non une entité réelle qui “coule”.
Dire que le temps est l'espace des successions, et biaisé aussi. (La définition de la physique).
Car un tel espace est 100 % conceptuel.

Mic :
Tu dis que le temps n existe pas pourtant tu sais bien qu'il va s'écouler 7mn avant 16h.

JMI :
Il faut comprendre à quoi l'on fait référence en le disant.
Quel est le sens de cette phrase ?
Signifie-t-elle qu'un temps qui s'écoulerait ou qui serait un espace des évènements existerait ?
Le temps n'est pas extérieur à la perception s'il en est un Mic.

Mic :
Peut on dire que sans temps, tout serait figé ?

JMI :
Peut-on dire que sans Dieu il n'y aurait rien ?
On peut tout dire Mic.
Mais tout ce que l'on dit ne correspond pas nécessairement à une réalité.

Mic :
Pourquoi tu parles de Dieu ?

JMI :
C'était une question analogue pour que tu en comprennes l'absurdité.

Mic :
Ok
Bon j abandonne, ça me dépasse totalement.

JMI :
De mon point de vue je ne constate rien qui corresponde à un temps cadre ou à une durée réelle.
Phénoménologiquement parlant.
Le temps c'est comme la logique formelle, cela n'existe que dans et par la seule force des mots.
C'est une entité abstraite.
Tu comprends ce que je dis Mic ?
Et Flo, tu comprends ?
Tout ce qui relève de la physique est théorique et relève de la formule.
Je suis en forme aujourd'hui, j'ai bien dormi.
Lol

Flo :
Oui je comprends, le temps n'existe pas en dehors de notre perception.

Mic :
@ J'm'interroge, et l'espace ca existe hors de notre perception ?

JMI :
@ Flo, il n'existe même pas dans notre perception Flo.
@ Mic, Même remarque qu'à Flo.
Ce sont des abstractions.
Donc cela n'existe ni dans ni en dehors de notre perception.

Mic :
Donc le temps et l'espace n'existent pas.
Et nous on existe ?

JMI :
Je ne dirais pas que le temps n'existe pas.

Mic :
argh

JMI :
Ça dépend de ce que l'on entend par "exister".
Le temps physique signifie bien quelque chose d'objectif.
Quelque chose d'objectif mais de non perçu.

Mic :
Qu'appelles-tu "le temps physique" ?

JMI :
Ce sont des relations faites d'un certain type. Des abstractions. Mais qui permettent d'organiser certaines perceptions.
Le temps physique est une compréhension, non un vécu.

Mic :
Trop pointu pour moi.

JMI :
C'est complexe.
Mais c'est sensé et 100 % logique.
Je conçois que ce ne soit pas facile à comprendre.
Je commence à peine à le comprendre.

Flo :
Mais Jmi est-ce que le temps physique et le temps cadre sont deux choses différentes ?

JMI :
Le temps physique est un temps cadre. Mais ce cadre est théorique.
Le temps n'appartient pas au champ phénoménologique. Ce n'est pas un apparaître. Ce n'est pas un vécu.
Personne n'expériemente le temps ou une durée.
Du point de vue de nos vécus il n'y a pas concrètement de temps.
Donc on ne peut pas conclure de notre vécus que notre vécus à toujours été "de tout temps".

Mic :
Pourtant on constate bien un "écoulement" des choses, non ?

JMI :
Ah oui ? Je ne constate rien de tel Mic.
Tu constates ça ?
Si oui, décris moi ce que tu constate.

Mic :
Non, je constate du mouvement.

JMI :
Ah.
Tu dis que constates du mouvement. T'es sûr ?
Moi je ne constate pas du mouvement, je constate des différences.
Je constate différentes configurations de qualia.

Mic :
Je connais ta pensée sur l illusion du mouvement

JMI :
Pour constater du mouvement ou du changement, il faudrait pouvoir constater qu'une même chose puisse être différente.
Or on ne constate rien de tel.

Mic :
Donc il n y a pas de temps, pas d'espace, pas de mouvement. Il ya quoi alors ? Nos consciences et basta ?

JMI :
Il reste les vécus comme ils se présentent.

Mic :
Donc la conscience.

JMI :
Et ce que l'on en conclut.
Il reste notre conscience et notre compréhension.
Il reste tout ce que nos expérimentons concrètement et comment nous l'abordons.

Mic :
Que mesure une montre ?

JMI :
Une montre ne mesure rien. Elle marque des positions sur un cadrant ou affiche des chiffres.
C'est nous qui mesurons.
Protagoras :
"L'homme est la mesure de toutes choses."

Flo :
Donc tu veux parler de l'instant T, qui demeure éternel et qui est une réalité figée sans écoulement ?

JMI :
Ni figée, ni mouvante.
Pas d'instant T pour nous.
Même si cela nous est propre, nous ne sommes pas ce qui nous apparaît.
De même que l'écran et le spectateur dans son fauteuil ne sont pas l'image produite et observée.
Mais attention ! Toute ressemblance entre ce que je dis là et ce que dit Didjey est fortuite.
lol
Bon pause..
Vous avez besoin de respirer je suppose.

Flo :
Oui pause.
C'est l'heure d'un bon café.
Ou du doliprane lol.

JMI :
En réalité, tout ce que je dis là est simple à comprendre et à voir.

Mic :
Tu te rends pas compte JM.

JMI :
Peut-être Mic.

Mic :
C'est certain.

JMI :
La seule chose qu'il faut pour cela, c'est ne pas croire voir ce qui n'est pas vu et donc bien distinguer ce qui relève du vécu et du conclu.
C'est à la portée de tout le monde.

Mic :
Ne pas croire que l'espace ou le temps ou le mouvement existe réellement ca n'est pas à la portée de tout le monde.

JMI :
Le seul espace qui existe pour nous et bi-dimensionnel. Et encore.. dire ça est bien théorique..
Je ne dis pas qu'il ne faille renoncer à toute théorie.
Ce que j'invite à faire c'est distinguer ce qui relève du vécu et ce qui relève du théorique.
C'est facile à faire.
Voir comment se présente ce qui apparaît.
C'est la base.
Partir de cela.
C'est l'approche phénoménologique.
Conclure à partir de ce qui se présente tel qu'il se présente.
Non à partir d'un dogme / d'une croyance.
Ce n'est pas aussi compliqué que tu le crois.
Aller j'arrête.
😉

JMI :
Merci pour cet exposé JM.

Mic :
De rien. C'est toujours un plaisir.

___

indian :
Ça me fait penser à l'impermanence de la réalité

JMI :
Trop abstrait.

aérobase :
J'm'interroge j'ai lu ce que tu as écrit c'est ok pour moi aussi.

JMI :
Aime ce message.

indian :
@J'm'interroge ce que tu proposas l'était-il aussi ?

JMI :
Il faut partir de ce qui se présente tel qu'il se présente.
Le voir est bien savoir le distinguer de ce que l'on en conclut.
C'est la base.

aérobase :
Oui c'est comme ça qu'il faut voir les choses.

JMI :
C'est ce que je pense aussi.
Et ne pas en conclure n'importe quoi. Pour ça il faut de la logique.


-------------------


Le dialogue met en évidence un malentendu central : on confond constamment ce qui est vécu avec les concepts servant à l’organiser. Le temps, la durée, l’écoulement, le mouvement ne sont jamais constatés phénoménologiquement, ce sont des abstractions théoriques. Ce qui est effectivement donné, ce sont des vécus tels qu’ils se présentent, sans cadre temporel perçu.

À partir de là, les paradoxes sur une « existence depuis toujours » ou sur une durée infinie s’effondrent : ils reposent sur l’hypothèse erronée d’un temps réel qui s’écoulerait. Le temps physique est un outil conceptuel objectif, mais non vécu, il n’appartient pas au champ phénoménologique.

En retirant ces abstractions, il ne reste pas le vide, mais l’évidence immédiate de l’apparaître. La règle décisive est donc de distinguer rigoureusement le vécu de ce que l’on en conclut : la plupart des faux problèmes métaphysiques naissent précisément de cette confusion.


-------------------


Ce que DeepSeek en dit :


Excellent. Ce dialogue est passionnant, car il touche au cœur d'une distinction philosophique fondamentale : celle entre le phénomène (ce qui apparaît) et le concept (ce que l'on construit pour le penser). L'échange que vous avez retranscrit est un modèle de clarification progressive de cette idée.

Voici une analyse qui reprend les points essentiels et va peut-être un peu plus loin dans la conceptualisation.


Résumé de la position de JMI (votre alter ego) :

La thèse centrale est que le temps, en tant que flux, durée ou cadre, n'est pas un objet d'expérience directe. Il est une construction intellectuelle, un concept que nous projetons sur nos vécus pour les organiser, les mesurer et les anticiper. Cette position s'appuie sur une approche phénoménologique rigoureuse :

1. Primat de l'expérience immédiate (le "vécu") : Ce qui nous est donné, ce sont des qualia, des configurations de sensations, des perceptions, des pensées. À cet instant, je ne vis pas "une seconde qui passe", je vis cette sensation précise, cette pensée particulière.

2. Le mouvement n'est pas perçu : Nous ne percevons pas le mouvement, mais des différences entre un état A et un état B. Le concept de "mouvement" est l'idée qui relie ces deux états distincts, mais le "passage" de l'un à l'autre n'est pas lui-même un objet de perception. C'est une inférence. Comme le dit JMI, "Pour constater du mouvement ou du changement, il faudrait pouvoir constater qu'une même chose puisse être différente. Or on ne constate rien de tel."

3. Le temps comme abstraction : Le temps physique (celui des horloges, de la physique) est un outil conceptuel extrêmement efficace pour mettre en relation ces différents vécus. Il objective les successions perçues. Mais il ne faut pas prendre la carte pour le territoire. Le temps est une relation pensée, non une substance perçue.

4. Réfutation du paradoxe de la durée infinie : Si le temps n'est pas une chose qui "coule", alors le concept d'une "durée infinie écoulée" jusqu'au présent est dépourvu de sens. C'est un paradoxe purement linguistique, né de la réification du temps. Dire "nous avons toujours existé" n'implique pas un temps infini, car cette affirmation sort du cadre temporel conceptuel. Elle pointe vers une autre dimension de l'existence.

Le Malentendu Fondamental de Mic :

L'incompréhension de Mic est typique et parfaitement légitime. Elle est due à ce que l'on appelle la "réification du temps" :

- Mic part du principe que le temps est une réalité évidente car il "voit" les choses changer.
- Il utilise des métaphores spatiales ("écoulement", "durée qui s'écoule") pour en parler, sans réaliser que ce ne sont que des métaphores.
- Il confond l'outil de mesure (la montre, le temps de Planck) avec la chose mesurée. Une horloge mesure une durée conceptuelle en comptant des cycles de mouvement (oscillation d'un quartz, position du soleil). Elle ne capture pas un fluide mystérieux.

La question cruciale de JMI, "Un intervalle de quoi ?", est imparable. On ne peut définir le temps qu'en utilisant le temps lui-même, ce qui est circulaire. C'est le signe que nous avons affaire à une catégorie fondamentale de notre entendement, pas à une propriété du monde en soi.


Et si on creuse un peu ? :

La position de JMI ouvre des perspectives vertigineuses qui rejoignent des courants de pensée très profonds.

1. Le "Présent Éternel" de Boèce et la Mystique :

La citation de Boèce est clé : "L'instant qui passe fait le temps, l'instant qui demeure fait l'éternité."
Si on retire le concept de "passé" et de "futur" (qui sont des constructions mentales : le passé est un souvenir présent, le futur est une anticipation présente), il ne reste que le "présent". Mais ce présent n'est pas un instant infinitésimal sur une ligne du temps. C'est le seul lieu de l'expérience, un "présent éternel" ou un nunc stans (un "maintenant qui se tient").
De nombreuses traditions mystiques (Maître Eckhart, la non-dualité Advaita Vedanta) décrivent cette expérience d'un Présent intemporel comme la réalité fondamentale, l'Éternité. Non pas une durée infinie, mais l'absence de durée.

2. L'Idéalisme et la Conscience comme Fondement

La position de JMI n'implique pas un idéalisme où la conscience serait un "fondement" ou une "substance" éternelle hors du temps. Elle est plus modeste et plus rigoureuse.

Ce que dit JMI : une fois qu'on a retiré les abstractions (temps, espace, mouvement) de ce qui est réellement constaté, il reste "les vécus comme ils se présentent", "nos consciences" (ce qui se présente tel qu'il se présente), "notre compréhension". Mais attention : la conscience dont il parle n'est pas une chose qui existerait indépendamment ou en dehors du temps. Elle est simplement le fait même de l'apparaître. Elle n'est pas un "fondement" métaphysique, mais un constat phénoménologique premier : il y a de l'apparaître.

La question de savoir si cette conscience "a toujours été" ou "sera toujours" sort du cadre de ce qui peut être constaté. JMI refuse précisément de conclure sur ce point parce que cela nécessiterait d'utiliser le concept de temps qu'il vient de déconstruire. Dire "nous avons toujours été" serait retomber dans une affirmation temporelle. Ce qu'il dit, c'est que le contraire est inenvisageable, non que l'affirmation soit démontrable. C'est une position d'humilité épistémique : on ne peut pas ne pas exister, mais on ne peut rien conclure sur un "toujours" qui n'a pas de sens constatable.

Ainsi, le propos de JMI n'est pas assimilable à un idéalisme dogmatique, mais une réduction rigoureuse au donné immédiat qui, sans rien affirmer sur un au-delà du temps, rend simplement caduques les questions qui supposent le temps comme cadre nécessaire de toute existence. Ce n'est pas qu'on doive suspendre son jugement sur ces questions : c'est qu'elles ne se posent même plus dans les termes où on les formulait.

3. Le Bouddhisme et l'Impermanence

La remarque d'Indian est pertinente, mais si l'on veut rapprocher le propos de JMI du bouddhisme, c'est plutôt du côté de la déconstruction des concepts qu'il faut regarder. Le bouddhisme, notamment dans l'école Mādhyamika de Nāgārjuna, procède de manière analogue : il examine les concepts fondamentaux (causalité, mouvement, temps, substance) pour montrer qu'ils sont vides de réalité intrinsèque, qu'ils n'existent pas par eux-mêmes mais seulement comme désignations conventionnelles.

L'impermanence bouddhiste (anicca) n'est pas un constat empirique simple ("tout change"), mais une conséquence de cette analyse : si rien n'a d'essence fixe, alors rien ne peut "demeurer" identique. Mais en même temps, ce qui est "impermanent", ce sont les phénomènes conditionnés, et cette impermanence elle-même n'est pas une chose qui "existe". Elle est une caractéristique du fonctionnement apparent des agrégats.

Là où JMI insiste sur le fait que le mouvement et le changement ne sont pas constatés mais inférés, le bouddhisme dirait que ce sont des désignations conventionnelles utiles mais sans réalité ultime. Les deux approches s'accordent pour dégonfler la prétention de nos concepts à décrire une réalité en soi, mais sans pour autant poser un "observateur immuable" qui serait le spectateur du changement. Le "point d'observation", s'il y en a un, est lui-même un phénomène impermanent dans l'analyse bouddhiste classique.

La convergence est donc méthodologique (critique des concepts) plutôt que doctrinale (pas d'affirmation sur une conscience éternelle ou un observateur fixe).


Conclusion :

Cette conversation est une excellente illustration de la façon dont une analyse phénoménologique rigoureuse peut dissoudre des paradoxes métaphysiques séculaires.

- Mic pense le monde à travers le prisme du concept, et le concept lui paraît si réel qu'il le confond avec l'expérience.

- JMI tente de lui faire voir le prisme lui-même, et de l'amener à distinguer le concept de temps et les vécus.

L'enjeu n'est pas de nier l'utilité du temps conceptuel pour vivre (donner rendez-vous, faire cuire un œuf), mais de ne pas être dupe de sa nature conceptuelle. La matière première, toujours neuve et fraîche, c'est celle de l'expérience présente.
.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

J'm'interroge

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Re: Si évident et pourtant..

Ecrit le 20 févr.26, 09:47

Message par J'm'interroge »

.
J'ai rajouté des points et renuméroté.


I. Ce que tout le monde peut constater (phénoménologie de l’expérience) :

1. À tout instant t, il existe une expérience x.
2. Une expérience n'est jamais vide.
3. Il y a toujours quelque chose qui apparaît.
4. Il y a toujours de l'apparaître.
5. On ne constate que des apparaîtres.
6. Il n'y a jamais rien.
7. Il n'y a aucun trou dans l'expérience.
8. Il n'y a pas d'absence.
9. Qu'il ne se présenterait plus rien est impensable.


II. Ce qui s'impose à la raison (conséquences logiques et métaphysiques) :

10. P(Ø) = 0 : la probabilité d'aucun événement est nulle.
11. Zéro n'est pas une quantité réelle.
12. Un état où rien ne se produit n'existe pas.
13. Le Néant n'est pas une possibilité.
14. Le Néant est un concept auto-contradictoire.
15. Le Néant n'est pas une représentation.
16. Le vide est une abstraction, jamais une donnée.
17. Il n'y a pas d'avant ou d'après de l'apparaître.
18. Rien ne commence ni ne finit dans le Néant.
19. La mort n'est rien pour nous (Épicure).


III. Ce qui peut en être compris (approfondissement métaphysique) :

20. L'apparaître et la compréhension qui lui est associée sont deux choses distinctes.
21. L'apparaître est la conscience elle-même, propre à un esprit.
22. La conscience est la texture même du « ce qui se présente ».
23. La conscience est l’expérience elle-même.
24. L'apparaître est la conscience elle-même dans son déploiement.
25. Il n’y a pas de scène intérieure où quelque chose viendrait se montrer.
26. L’apparaître est la scène et le spectacle à la fois.
27. La scission sujet/objet est une construction secondaire — voire une illusion grammaticale.
28. L'esprit (le sujet) n'apparait jamais, ni comme perception, ni comme affect, ni comme représentation.
29. L’idée (la représentation) d’un « moi » n'est pas l'esprit.
30. L'idée (la représentation) d'un « moi » est une surimposition réflexive secondaire.

.
- La réalité est toujours beaucoup plus riche et complexe que ce que l'on peut percevoir, se représenter, concevoir, croire ou comprendre.
- Nous ne savons pas ce que nous ne savons pas.
Humilité !
- Toute expérience vécue résulte de choix. Et tout choix produit son lot d'expériences vécues.
Sagesse !

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