J'm'interroge a écrit : Mais ce n'est pas parce qu'une description est un discours qu'elle ajoute nécessairement les entités dont elle parle.
vic a écrit : 11 juil.26, 23:30
Le langage est un discours sur ce qui est sensé être perçu , et non ce qui est perçu .
On peut tout à fait suspecter que le discours appauvrissant toujours ce qui semble perçu ( parce que la sensation est toujours plus subtile et complexe que ce que le langage peut en traduite ) puisse introduire un malentendu . Le fait de s'appuyer sur un ensemble de malentendus pouvant ensuite devenir des illusions en cascade . La description par le langage ne garantie absolument pas que ce qui est décrit est ce qui est effectivement perçu .
Et oui on suspecte une entité "langage" qui vienne se rajouter à l'expérience vécue très justement .
Tu soulèves un point important, et je vais y répondre simplement :
Je suis d'accord sur un point : le langage n'est pas la perception. Il ne restitue pas la perception dans son intégralité, et il peut appauvrir, déformer, ou simplifier ce qui se présente.
Mais je ne demande pas au langage de restituer la perception. Je lui demande de désigner ce qui se présente. Une description n'a pas à être une copie fidèle de l'expérience. Elle doit seulement permettre de reconnaître ce dont on parle.
La question n'est pas de savoir si le langage traduit fidèlement l'expérience. La question est de savoir si l'on peut montrer ce que l'on affirme. Si une description renvoie à ce qui se présente, même approximativement, elle est empirique. Si elle n'y renvoie à rien, elle est postulée.
Le langage n'est pas une entité qui s'ajoute à l'expérience, il en fait partie. C'est un outil pour désigner. Son usage peut être maladroit, imprécis, appauvrissant. Mais cela ne rend pas toute description suspecte par principe. Cela rend simplement nécessaire de vérifier, à chaque fois, ce à quoi la description renvoie. C'est tout.
J'minterroge a écrit : Tu affirmes que le langage est déjà une théorie. C'est précisément ce que tu affirmes, pas ce que tu établis.
vic a écrit : 11 juil.26, 23:30
La théorie du langage , c'est qu'elle permettrait de rendre compte de ce que l'on perçoit et de nos sentiments .
Si c'était le cas , on n'aurait pas autant de malentendus entre les humains pour des raisons de communication .
Donc cette idée que tu défends est déjà purement théorique .
C'est donc un outil théorique que tu utilises , sensé démontrer qu'il n'y a pas de théorie dans ton processus utilisé .
Pour toi , le langage est sensé capturer les sentiments en montrer le phénomène concret et le valider , alors que c'est une théorie .
Le malentendu commence dès que l'on croit que la description est la perception. En s'appuyant sur ces descriptions appauvries, notre esprit construit des raisonnements, des attentes et des théories. C'est là que l'illusion s'installe : nous finissons par vivre dans un monde de concepts superposés, réagissant non plus à ce que nous percevons réellement, mais à ce que le langage nous dit que nous devrions percevoir. Nous finissons par voir des « arbres », des « tables » ou des « ennemis », plutôt que des flux purs de formes, de couleurs et d'intensités.
Le langage s'invite comme une « entité » ou une structure tierce qui se rajoute à l'expérience. C'est ce que la tradition de la sémantique générale (comme les travaux d'Alfred Korzybski) ou certaines philosophies orientales (comme le bouddhisme zen) tentent de déconstruire. Le langage crée un filtre permanent, un commentaire interne qui commente le film de notre vie en temps réel, au point qu'il devient presque impossible de faire l'expérience du monde sans ce bruit de fond conceptuel.
La description n'est jamais une garantie de fidélité ; elle est une traduction, et comme tout traducteur, le langage est un peu traître (traduttore, traditore). Il ne nous donne pas le perçu, il nous donne une version négociable et partageable du perçu.
Tu soulèves plusieurs points. Je vais y répondre simplement, point par point :
1. « Le langage ne rend pas compte fidèlement de la perception. »
Je suis d'accord. Je n'ai jamais dit le contraire. Une description n'est pas une restitution intégrale de l'expérience. C'est une désignation. Elle ne prétend pas capturer la perception dans sa richesse, elle prétend indiquer ce à quoi elle renvoie.
2. « Le langage est une théorie. »
Non. Le langage est un outil. Il peut être utilisé pour décrire, pour postuler, pour raconter, pour prescrire. Ce n'est pas le langage qui est théorique, c'est l'usage qu'on en fait. Dire « ceci est rouge » n'est pas une théorie. Dire « la rougeur est une propriété de la lumière » en est une. La différence est observable.
3. « La description appauvrit l'expérience. »
C'est vrai. Mais ce n'est pas une raison pour renoncer à décrire. C'est une raison pour être conscient de ce que la description fait : elle simplifie, elle sélectionne, elle organise. Mais elle peut quand même désigner ce qui se présente, même si elle ne le restitue pas intégralement.
4. « Le langage crée un filtre, un commentaire interne. »
C'est possible. Mais je ne cherche pas à parler d'une expérience sans langage. Ça c'est plutôt ton truc. Je cherche à distinguer ce qui se présente de ce qui est ajouté. Que le langage soit un filtre, c'est une chose. Que l'on puisse, malgré ce filtre, constater des différences entre ce qui est décrit et ce qui est postulé, c'en est une autre. Et ces différences, je les observe.
5. « La description est une traduction, et le traducteur est un traître. »
Je suis d'accord. Une description n'est jamais parfaitement fidèle. Mais elle peut être suffisamment fidèle pour permettre de reconnaître ce dont on parle. C'est tout ce que je demande : que l'on puisse, à partir d'un propos, montrer à quoi il renvoie. Si c'est possible, il est empirique, c'est une description. Si ce n'est pas possible, il est théorique, ce n'est pas une description mais une thèse. La question de la fidélité est une question de degré, la question de la référence est une question de nature.
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Tu poses le langage comme une structure qui vient se superposer à un indifférencié premier, un flux d'expérience encore sans séparation ni catégories. Selon cette conception, les mots ne décriraient pas simplement ce qui est vécu : ils introduiraient des découpages, des distinctions et des objets là où il n'y aurait initialement qu'un donné non différencié.
Tu affirmes sans l'établir l'existence de cet indifférencié antérieur au langage. En effet, tu ne peux pas l'observer directement comme un fait séparé, puisque dès que tu en parles, tu passes déjà par des distinctions et des concepts. L'idée d'un donné absolument indifférencié n'est donc pas une évidence qui s'imposerait d'elle-même, c'est déjà une proposition théorique, invérifiable qui plus est.
Que le langage introduise des catégories et organise notre manière de formuler l'expérience est une chose. Mais affirmer qu'il crée les distinctions qui se présentent à partir d'un indifférencié qui constituerait un état premier de cette expérience en est une autre. Cette affirmation n'est pas une simple description d'un phénomène donné, elle propose une interprétation particulière de la relation entre l'indifférencié et les distinctions produites par le langage, tout en éludant ce qui se présente indépendamment du langage.
Le problème n'est donc pas de nier que le langage puisse être imparfait ou qu'il puisse générer des malentendus. Les mots ne sont évidemment pas les choses, et une description n'est jamais l'expérience elle-même. Mais il faut distinguer le constat d'une différence entre l'expérience et sa formulation, et la théorie selon laquelle la formulation viendrait recouvrir un indifférencié originaire.
Lorsque tu dis que le langage est une théorie, tu soulignes quelque chose d'important : les mots ne sont pas de simples reproductions neutres. Ils introduisent des distinctions, organisent des relations et rendent certaines choses formulables. Mais l'affirmation selon laquelle ces distinctions seraient ajoutées à un indifférencié préalable constitue elle-même une théorie du rapport entre expérience et langage.
Cette affirmation laisse également de côté un élément important : le fait que l'expérience ne se présente pas nécessairement comme un indifférencié auquel le langage viendrait ensuite imposer ses découpages. Il se présente aussi des choses, des formes, des différences et des identités dans l'expérience elle-même, indépendamment du langage. Le langage ne part donc pas forcément d'un fond totalement indéterminé auquel il ajouterait ensuite des distinctions. Il peut aussi être une manière de reprendre, de stabiliser et de communiquer des différences manifestes dans ce qui est vécu.
Il y a alors une difficulté : pour parler d'un « avant » du langage, il faut déjà construire une opposition entre ce qui serait antérieur au langage et ce qui serait produit par lui. La notion même d'un indifférencié originaire n'est donc pas accessible en dehors d'une formulation conceptuelle, autrement dit : théorique.
La question n'est donc pas de nier que le langage transforme ou structure notre rapport à l'expérience, mais de reconnaître que l'idée d'un indifférencié auquel il viendrait se superposer repose elle-même sur une construction théorique. Elle suppose que les distinctions apparaissent avec le langage, alors que des choses, des formes, des différences et des identités se présentent déjà dans l'expérience, indépendamment de toute formulation linguistique.
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1. S’en tenir au concret, c’est-à-dire à ce qui se présente, tel que cela se présente, sans ajout purement spéculatif.
2. Ne rien affirmer qui ne réfère à rien d’identifiable dans ce qui se présente.
3. Ne rien postuler qui ne puisse s’y vérifier.
4. Reconnaître toute construction théorique pour ce qu’elle est : une construction langagière.