jean-pierre a écrit :Rebonjour , Didier !
On appelle celà un dialogue de sourds.
De circonvolutions en circonvolutions , la "traduction du monde nouveau "est amenée, en phs 2/6 , à introduire une intention : "...usurpation , A SAVOIR POUR être égal à Dieu" , intention
dont les éléments grammaticaux sont absents dans le texte grec ( TO +infinitif exprime un fait acquis :le fait d'être ;il ne peut EN AUCUN CAS exprimer un but comme si l'article était au génitif : TOU )
J'ai en ma possession , entre autres , cette "traduction du monde nouveau" qui , je le répète , est rejetée par TOUTE LA CHRETIENTE.
J'ai la chance de savoir pourquoi je la rejette personnellement , et vous ne me convaincrez pas du contraire.Vous vous trompez et vous entraînez dans vos erreurs de pauvres gens que vouis bernez.
Cordialement.
La
Traduction du monde nouveau n'introduit pas une "intention" (ou un "but") dans la deuxième partie de Phil. 2:6, mais une
apposition:
"
lequel, bien que se trouvant dans la forme de Dieu, n'a pas songé à une usurpation, c'est à dire: pour qu'il soit égal à Dieu". Cette traduction française rend le texte de la version anglaise où nous lisons: "
who, although he was existing in God's form, gave no consideration to a seizure, namely, that he should be equal to God".
Cette manière de rendre s'accorde non seulement avec le contexte littéraire, mais également avec la syntaxe grecque. Comme l'explique plusieurs ouvrages de référence, l'infinitif avec l'article [
to] peut se placer en
apposition avec le nom ou le pronom qui le précède. Nous trouvons un exemple de cet usage en 2 Cor. 2:1: "
J'ai décidé en effet pour moi ceci de [grec:
'to']
ne pas à nouveau dans la tristesse chez vous aller [grec:
'elthein' (infinitif')]" -
Nouveau Testament interlinéaire grec/français; M. Carrez; voir également
Syntax of the Moods and Tenses in New Testament Greek; E. De Witt Burton.
La
Traduction du monde nouveau considère donc l'accusatif "
harpagmon" comme le complément d'objet direct du verbe "
hêgêsato", et l'expression "
to einai isa theôi" [le fait d'être égal à Dieu] comme une
apposition à ce complément.
On peut aussi voir dans cette dernière expression ["
to einai isa theôi"] le complément d'objet direct du verbe "
hêgêsato", "harpagmon" étant dans ce cas l'attribut du complément. La traduction littérale pourrait être:
"
Lequel étant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à saisir d'être égal à Dieu" -
Ostervald; 1996
"
lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu" -
Segond, 1910
ou bien:
"
Lequel étant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu" -
Martin; 1744.
Dans le premier cas (
Ostervald,
Segond),
'harpagmon' est traduit dans le sens d'un substantif : "une proie
à arracher". Dans le deuxième (Bible
Martin), l'idée verbale exprimée par le mot "usurpation", dans le cadre de cette construction [
'harpagmon' considéré comme l'attribut du complément d'objet direct "
to einai isa theôi"] laisse entendre que Jésus ne considérait pas l'égalité avec Dieu comme une position usurpée, autrement dit qu'il se considérait comme l'égal de Dieu à juste titre. Ce choix de traduction, toutefois, ne s'accorde pas avec ce que Paul venait de dire:
"[Que] rien [ne se fasse] par esprit de parti, ou par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime [grec:
hêgoumenoi; même verbe que
'hêgêsato']
l’autre supérieur à lui-même (...) Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le christ Jésus, lequel, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu" - Phil. 2:3-6;
Darby.
Pour encourager les Philippiens à se revêtir d'humilité, considérant autrui comme supérieur à eux, Paul cite l'exemple de Jésus et la manière dont il considérait son Père. Si Jésus pensait que l'égalité avec Dieu n'était pas une
usurpation, comme le laisse entendre la Bible
Martin, de quelle valeur aurait été son exemple pour les Philippiens exhortés à
considérer les autres comme
supérieurs à eux? Non, Jésus considérait son Père comme supérieur à lui, sans quoi la remarque de Paul n'aurait aucun sens. Ainsi, la traduction "...
n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu" ne s'accorde pas avec le contexte immédiat, et doit donc être rejetée.
Par ailleurs, n'oublions pas que lorsque Jésus retourna au ciel, "
Dieu l'a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom supérieur à tout autre nom" - Phil. 2:9;
Bible en français courant. Cette "
plus haute place" (ou ce "nom supérieur à tout autre nom"), Jésus
ne la possédait pas avant de venir sur la terre. Il l'a reçue comme
récompense parce qu'il a "choisi de vivre dans l'humilité" (Phil. 2:8) et a "renoncé à tout ce qu'il avait" (Phil. 2:7). Si donc Jésus avait été l'égal de Dieu durant sa préexistence céleste, cela aurait signifié qu'il serait devenu
supérieur à ce dernier à son retour au ciel. Cela n'a aucun sens.
On en conclut que la traduction littérale: "...
n'a point regardé comme une proie à saisir d'être égal à Dieu" rend correctement la pensée de Paul.
Philippiens 2:6 atteste donc avec force que Jésus n'était pas l'égal de Dieu.
Bien cordialement,
Didier
PS: Il ne faut pas confondre ce qui relève de la grammaire ou de la syntaxe, avec ce qui relève de
l'interprétation. L'article
'to' suivi d'un infinitif évoque un
fait, cela est vrai. L'article substantive, en effet, le verbe qui est à l'infinitif, comme le montre de nombreuses grammaires de grec. Considérer toutefois ce
fait comme quelque chose d'"
acquis", dans le cas de Phil. 2:6, relève de
l'interprétation, non de la grammaire.